La Belgique encourage un dialogue interne à l’Espagne

La Belgique encourage l’Espagne, divisée à la suite du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, à organiser un dialogue interne pour trouver une solution à la crise institutionnelle qui la mine. Le Premier ministre Charles Michel (photo) a indiqué ce jeudi à la Chambre qu’il ne soutenait pas à ce stade un accompagnement de l’Union européenne ou une médiation internationale. "La priorité va au dialogue interne", estime Michel.

"Peut-être à terme conviendra-t-il d'évaluer cette position en fonction des évolutions et de l'état des lieux", a déclaré Charles Michel ce jeudi à la Chambre, renvoyant au sommet européen des 19 et 20 octobre. Selon la même logique, interrogé par le Vlaams Belang sur la question de la reconnaissance de l'indépendance de la Catalogne, le Premier ministre a souligné qu'il n'était "pas question de s'exprimer sur un sujet qui à ce stade-ci n'est pas posé".

Il a rappelé que l'initiative catalane était "contestée par la Cour constitutionnelle espagnole". Il s'agira d'examiner les développements. "Mais il faut être conséquent, on ne peut pas dire qu'on veut un dialogue et préjuger de ses conséquences", a précisé le chef du gouvernement fédéral. Soutenant la cause indépendantiste catalane, la N-VA s'est retrouvée au cœur des questions parlementaires, accusée tantôt d'influer sur la ligne politique du gouvernement fédéral, au détriment de la construction européenne, tantôt de tenir un double discours, séparatiste à l'étranger, pragmatique en Belgique. "Ce n'est pas à l'Union européenne de prendre une initiative, pas plus que d'arbitrer l'ordre constitutionnel espagnol. Vous essayez de faire croire que vous pouvez jouer un rôle. En réalité, votre allié nationaliste vous pousse à vous mettre au-delà du concert européen sur cette question", a estimé le député Olivier Maingain (DéFI) à l'adresse du Premier ministre.

La position de la N-VA critiquée

Mettant également en garde contre une initiative pouvant prendre la forme d'une "ingérence", Francis Delpérée (CDH) a dit ne pas vouloir d'une expression gouvernementale qui telle celle défendue par le vice-Premier ministre N-VA Jan Jambon prendrait la forme d'un 'je suis Catalan'. "L'avenir de l'Espagne doit se construire avec tous les peuples, vous fragilisez l'unité de l'Espagne en empruntant une voie dangereuse pour l'avenir de l'Union européenne, surtout quand on connaît la composante séparatiste de votre gouvernement", a jugé Julie Fernandez (PS).

Parmi ceux, y compris dans les rangs de la majorité, qui ont critiqué la position de la N-VA, le chef de groupe Open VLD, Patrick Dewael, a dit constater "qu'on ose souvent dire plus à l'étranger que dans son propre pays". Wouter De Vriendt (Groen) a fustigé "ceux qui abusent d'un agenda séparatiste qu'ils n'osent plus défendre dans leur propre pays mais qu'ils utilisent à l'étranger". Certains ont invité la Belgique à se montrer plus entreprenante. "Vous avez appelé au dialogue mais vous n'avez pas dit comment", a observé Gilles Van den Burre (Ecolo). Relayant l'appel de la maire de Barcelone, Ada Colau, adressé à l'UE, Raoul Hedebouw (PTB) a invité "la Belgique à intervenir au nom de la solidarité des peuples pour une justice sociale".

D'aucuns ont rappelé la tradition du compromis à la belge qui pourrait servir une cause étrangère. Le chef de groupe CD&V Servais Verherstraeten a cité l'ex-Premier ministre feu Jean-Luc Dehaene qui disait que "la Belgique n'est viable que si la majorité n'agit pas unilatéralement et la minorité ne bloque pas le système politique".

Enfin, quelques-uns se sont également étonnés du silence européen durant les heures qui ont suivi l'organisation mouvementée du référendum. Richard Miller (MR) a estimé qu'au-delà du dialogue que les Espagnols doivent nouer entre eux, "la Commission européenne doit aussi entendre les aspirations régionales". Il a ainsi posé la question d'un "meilleur équilibre entre l'Europe des Etats et l'Europe des Régions".

Le parlement a salué la condamnation par Charles Michel - l'une des rares en Europe - des violences policières observées dimanche lors de l'organisation du référendum.