Manifestation nationale contre la réforme des pensions

La manifestation organisée en front commun par les syndicats socialiste, chrétien et libéral (FGTB-CSC-CGSLB) pour protester contre les mesures prises (comme le relèvement de l’âge légal de la pension) et prévues par le gouvernement fédéral concernant les pensions a démarré à 11h ce mardi de la gare du Nord de Bruxelles. Elle a rassemblé 25.000 personnes selon la police (les syndicats espéraient y voir entre 20.000 et 50.000 personnes), et perturbait jusque dans l'après-midi en Flandre et Wallonie la circulation des transports en commun en raison de l’absence de conducteurs qui participent à la manifestation.

Les syndicats socialiste, chrétien et libéral avaient rendez-vous à 10h30 à la gare du Nord à Bruxelles pour réclamer "un système de pension transparent et prévisible". Le front commun syndical s'oppose au "démantèlement de nos pensions et (à) la précarité qui touche les pensionnés". Avec cette manifestation nationale, il entend montrer son profond désaccord avec la réforme du système des pensions initiée par le gouvernement fédéral.

"Nous voulons surtout conscientiser la population pour que les mesures prévues par le gouvernement ne passent pas aussi facilement que celles qui ont déjà été prises", précisait Nicolas Deprets, attaché de presse du secrétaire général de la FGTB. Celui-ci dénonce une série de projets sur la table du gouvernement comme la pension à points "dont on ne connaît rien à part le nom". Ce système, envisagé par le ministre fédéral des Pensions, Daniel Bacquelaine, accordera des points aux citoyens en fonction de leur carrière, qui seront ensuite convertis en pension. Or, "on ne connait pas et on ne connaitra pas la valeur du point accordée". "Elle sera utilisée comme une variable d'ajustement budgétaire, ce qui est très dangereux", craint l'attaché de presse.

Pour la CSC, "le gouvernement ne cherche par ce système qu'à relever l'âge de la pension au-delà de 67 ans". La CGSLB déplore pour sa part "que le gouvernement agisse dans son coin alors que nous aurions pu aboutir à des résultats plus satisfaisants autour de la table de négociation". "Puisque le gouvernement persiste à ignorer nos arguments et nos propositions, nous allons élever le ton." Le front commun revendique notamment le maintien des droits acquis dans les pensions des secteurs public et privé, une pension permettant de vivre dignement, une véritable reconnaissance de la pénibilité des carrières professionnelles ou encore une revalorisation des carrières des femmes.

Le cortège a démarré de la gare du Nord à 11h après les discours tenus par les représentants des trois syndicats Les manifestants empruntaient ensuite l'avenue Albert II, boulevard du Botanique, boulevards Pachéco et Berlaimont, boulevard de l'Empereur, rue des Alexiens, boulevard Maurice Lemonnier et boulevards du Midi/Poincaré. La FGTB espérait entre 30.000 et 50.000 manifestants, la CSC en souhaitait plus de 20.000.

Peu après 12h, la police évaluait à 25.000 le nombre de participants à la manifestation nationale.

Des perturbations sont à prévoir sur le réseau des Tec, certains agents participant à la manifestation. Le service de la Stib sera lui assuré normalement, garantissent les syndicats. Du côté de la SNCB, une forte affluence était attendue dans les gares bruxelloises. Le trafic ferroviaire risque toutefois d'être dérangé, la CGSP Cheminots ayant déposé un préavis de grève pour permettre à ses affiliés de manifester dans la capitale.

Le gouvernement dénonce une "campagne de désinformation"

Le Premier ministre Charles Michel (photo) estime que les syndicats et l'opposition propagent des "mensonges" et des "fake news" sur la réforme des pensions entreprise par son gouvernement. "Le gouvernement va faire des efforts supplémentaires pour expliquer les décisions prises à la population, de manière à ce que les gens ne soient plus inquiets", a déclaré Charles Michel.

"Nous réformons notre économie, mais une économie forte n'est pas notre objectif final", a-t-il ajouté. "C'est un instrument pour plus de cohésion sociale. Les réformes garantissent que nous n'allons pas vers un appauvrissement généralisé." Le Premier ministre estime par ailleurs que les effets des réformes de son gouvernement sont déjà visibles. "Depuis le début de la législature, 170.000 emplois ont été créées. Nous avons réalisé un taxshift qui permet un meilleur pouvoir d'achat et augmenté l'enveloppe sociale. Pour rendre les pensions payables, nous prenons aussi nos responsabilités", a conclu Charles Michel.

Plus tôt dans la matinée, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) avait déjà dénoncé en radio "une campagne de désinformation visant à tromper la population". "Chez les socialistes, on est passé du chantier des idées au chantier des mensonges", a-t-il lancé, tout en affirmant que des pensions "justes et dignes" seraient garanties à l'avenir.

Le libéral a affirmé vouloir rassurer la population en soulignant qu'il n'avait jamais été question de faire travailler tout le monde jusqu'à 67 ans. "Ce qui compte c'est d'allonger progressivement les carrières. On ne peut pas aujourd'hui rester avec une durée de carrière moyenne de 32 ans. Il faut une fois pour toute admettre que la durée de la carrière doit évoluer avec l'espérance de vie", a insisté Bacquelaine.

En ce qui concerne la pension à points, le ministre a précisé qu'il souhaitait pouvoir poser un texte sur la table du gouvernement d'ici le printemps 2018, tout en garantissant que l'avis des partenaires sociaux serait pris en compte.

Les syndicats nient semer la peur en répandant des mensonges sur les pensions, au contraire de ce qu'a affirmé le Premier ministre Charles Michel sur les ondes de la VRT mardi matin. "Nos calculs sont solides", réagit à la manifestation nationale le président du syndicat chrétien CSC, Marc Leemans (photo). "On touche aux pensions de dizaines de milliers de personnes", dénonce-t-il.

"L'information que nous donnons est basée sur les décisions du Comité national des pensions, les mesures prises par le gouvernement et publiées au Moniteur belge et les mesures issues des projets de loi". Selon le syndicaliste, certaines pensions diminueront de 250 à 300 euros par mois. "Si nous laissons le gouvernement mettre en place son système de pension à points, les citoyens verront la différence." Pour le président de la CSC, le gouvernement va chercher l'argent dans la poche des mauvaises personnes. "D'ici 2020, quelque 265 millions d'euros seront épargnés dans les pensions alors que la taxation des comptes-titres ne doit rapporter que 250 millions. On vise les gens normaux au lieu des riches", s'exclame-t-il. "Nous voulons une pension qui permette de vieillir dignement. Ce qui est devenu incertain."

Transports en commun perturbés par endroits

Vers 16h, bien que la manifestation syndicale nationale soit terminée, le trafic ferroviaire et sur le réseau des TEC en Wallonie restait perturbé. Du côté des chemins de fer, entre 60% et 90% des trains circulaient entre Bruxelles et les grandes villes wallonnes, indiquait Thierry Ney, porte-parole de la SNCB.

Du côté des transports en commun wallons, la situation restait pratiquement inchangée par rapport à mardi matin, avec entre 12% et 92% des services qui étaient assurés, selon les régions. A Bruxelles, le service sur le réseau des transports en commun Stib était assuré normalement toute la journée. 

En Flandre, le réseau De Lijn était lui perturbé dans toute la région, surtout autour de Gand et de Bruxelles. Les problèmes étaient les plus importants pour les bus et trams dans les provinces de Flandres orientale et occidentale et du Brabant flamand.

A Anvers, seul un bus sur deux avait quitté le dépôt en matinée. La société conseille aux usagers de consulter son site internet www.delijn.be.