Rapatriements : Francken présente ses excuses à Michel

Le Secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration (photo, à dr.) a présenté ce vendredi ses excuses au Premier ministre pour ses déclarations à la suite de l’annonce par Charles Michel (photo, à g.) de la suspension des rapatriements de ressortissants soudanais. Alors que l’ancien ministre Karel De Gucht réclame, dans un entretien accordé à Het Laatste Nieuws, la démission de Theo Francken - à la suite de mauvais traitements qu’auraient subis des Soudanais renvoyés depuis la Belgique dans leur pays -, le gouvernement affirme ne pas réclamer pareille démission et attendre les résultats de l’enquête officielle.

Le Secrétaire d'État Theo Francken (photo) avait jugé "absurde", jeudi sur la chaine commerciale VTM, d'insinuer qu'il n'y aurait plus de rapatriements de ressortissants soudanais jusqu'à la fin janvier - comme l'avait pourtant annoncé Charles Michel (MR) mercredi soir - parce qu'aucun rapatriement n'était planifié d’ici fin janvier. Le Premier ministre Michel avait précisé jeudi à la Chambre que les expulsions de ressortissants soudanais étaient suspendues jusqu'à ce qu'une enquête indépendante fasse la clarté sur les informations faisant état de mauvais traitements subis par des Soudanais renvoyés dans leur pays depuis la Belgique, qui a accepté sur son territoire une mission d'identification opérée par des fonctionnaires soudanais.

Le chef du gouvernement espère obtenir les résultats de cette enquête en janvier. La N-VA, de son côté, a continué jeudi de faire planer le doute sur la cohésion du gouvernement dans ce dossier. Elle a toutefois co-signé et approuvé une motion demandant au gouvernement de mettre en œuvre les mesures annoncées par le Premier ministre. Ce vendredi, Charles Michel a confirmé que cette motion sera mise en œuvre.

La pression s'accentuait toutefois sur Theo Francken, alors que la presse mettait en exergue les déclarations de ce dernier sur VTM, que certains ont lues comme un "recadrage" inédit du Premier ministre par un Secrétaire d'État qui a par le passé lui-même été recadré à plusieurs reprises par Charles Michel. Theo Francken a présenté ce vendredi matin ses excuses au Premier ministre.

Une démission pas à l’ordre du jour ?

Dans les rangs de la majorité, les propos les plus durs sont venus vendredi matin de l'ancien ministre des Affaires Etrangères et commissaire européen Karel De Gucht (Open VLD), qui a appelé à la démission du Secrétaire d’Etat à la Migration, dans les colonnes du quotidien Het Laatste Nieuws.

De Gucht (photo) a jugé que Theo Francken ne pouvait plus siéger dans le gouvernement fédéral. Il a invoqué les témoignages recueillis par un institut d'études proche des libéraux européens sur les mauvais traitements subis par des Soudanais renvoyés dans leur pays. Il précise qu'à ses yeux, toute la responsabilité du gouvernement est engagée dans ce dossier.

Le vice-Premier ministre Open VLD, Alexander De Croo, n'a pas embrayé. "Une démission n'est pas à l'ordre du jour", a-t-il dit lors de son arrivée au cabinet du Premier ministre où se tient la réunion hebdomadaire du gouvernement. A l'instar de ses collègues, il a insisté sur l'enquête indépendante qui sera menée, "de préférence avec les Nations unies". "Attendons de voir les résultats de l'enquête. Sur cette base, on verra si on peut reprendre des expulsions. Jusqu'à présent, il n'y a que des déclarations d'une ONG. Nous attendons de voir ce qu'une enquête officielle va donner", a souligné le vice-Premier ministre MR, Didier Reynders.

Le CD&V, pourtant très critique depuis que ces témoignages sont sortis, ne retire pas sa confiance à Theo Francken. "Je ne pense pas que c'est le moment de jouer l'homme", a commenté le vice-Premier ministre Kris Peeters. "Le dossier est suffisamment sérieux. On doit l'étudier sérieusement". L'unanimité n'est toutefois pas de mise à propos des responsabilités de chacun dans ce dossier. "C'est une décision du gouvernement, portée par le gouvernement et exécutée par le Secrétaire d'État", a martelé le vice-Premier ministre N-VA, Jan Jambon.

Une vision des choses que ne partagent pas les chrétiens-démocrates. "Il n'y a jamais eu de décision du gouvernement", a assuré Kris Peeters (photo). L'accueil, médiatisé, d'une mission d'identification composée de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur soudanais et l'expulsion de ressortissants soudanais suscitent la polémique depuis le mois de septembre.

Toujours prompt à réagir sur les réseaux sociaux, Theo Francken a répondu à l’appel à la démission, dénonçant une attaque qui ne visait que l'homme, et assurant qu'il ne faisait lui-même qu'appliquer la loi. Sur Twitter, il a ajouté que la compétence de la Migration était un "dossier chargé, et souvent émotionnel", mais qu'il travaillait "bien et volontiers" avec le Premier ministre. Et qu’il continuerait à en être ainsi.