Parler une autre langue que le néerlandais à l'école ? Les profs sont contre

Une grande majorité d'enseignants en Flandre pense que les élèves ne doivent pas être autorisés à parler une autre langue que le néerlandais à l'école. Un tiers est également convaincu qu'il est bon de punir les élèves qui parlent une autre langue dans l’enceinte de l’école. C’est ce qui ressort d’une étude de doctorat de l'Université de Gand.

Une chercheuse a interrogé 800 enseignants d’une cinquantaine d’écoles à Anvers, Gand et Genk. 75% d’entre eux estiment que leurs élèves ne peuvent parler que le néerlandais à l’école. 30% d’entre eux sont persuadés qu’il serait même bon de punir les élèves qui parlent une autre langue que le néerlandais à la cour de récréation.

Selon la chercheuse Reinhilde Pulinx, ces enseignants expriment cela avec la meilleure intention. Ils sont persuadés qu’une connaissance insuffisante du néerlandais est la cause de mauvais résultats scolaires de leurs élèves.

Mais la chercheuse a également découvert que les enseignants qui se défendent l’usage exclusif du néerlandais à l'école ont moins confiance en leurs élèves. Ils ne croient pas , par exemple, que leurs élèves veulent faire de leur mieux et, par exemple, effectueront tout leur travail scolaire.

Et cela crée une spirale négative. Parce que d'autres recherches ont montré que les enseignants qui ont peu confiance en leurs élèves ont aussi de faibles attentes à leur égard, ce qui conduit les élèves à obtenir de moins bons résultats scolaires. Parce que les élèves s'adaptent aux attentes de leurs enseignants.

Paradoxe

"Nous nous trouvons face au paradoxe suivant : la politique de langue unique a comme objectif de donner à tous les élèves la possibilité de bien réussir à l’école, mais à cause de cette dynamique nous obtenons en fait l’effet contraire", ajoute Reinhilde Pulinx.

Les discussions entre le chercheur et les enseignants ont également montré qu'ils sont bien conscients que leur approche actuelle ne fonctionne pas. "Ils se débattent avec cela parce qu'ils constatent que leurs élèves ne progressent pas suffisamment et qu'ils recherchent une approche différente, mais qui n'est pas encore disponible", dit encore Reinhilde Pulinx.

La chercheuse a découvert des failles dans la politique de langue unique. "Dans les classes on trouve déjà des enseignants qui tentent de gérer d’une autre manière le multilinguisme" ajoute-t-elle. "Et puis le pouvoir organisateur du réseau officiel comme le réseau catholique ont mis en évidence les avantages du multilinguisme à l'école".

"Il s’agit d’une approche didactique de l'utilisation d'autres langues pour apprendre le néerlandais et d’acquérir de nouvelles connaissances", explique le chercheuse. Selon elle, "il faut se débarrasser de l'idée que les élèves doivent d'abord connaître parfaitement le néerlandais avant de pouvoir commencer leur scolarité. Ils doivent avoir une connaissance de base du néerlandais, mais ils peuvent l’améliorer au cours de leur scolarité".

Les partis politiques divisés

Il y a un mois GO !, le pouvoir organisateur de l’enseignement officiel en Flandre, avait estimé que les élèves des écoles flamandes qui parlent une autre langue que le néerlandais à la maison doivent pouvoir l’utiliser pendant les récréations, voire même en classe. Interdire aux jeunes de s'exprimer dans d'autres langues que le néerlandais serait contreproductif. Une attitude positive envers les langues maternelles permettrait au contraire aux élèves de se sentir mieux à l'école, d’avoir davantage confiance en eux-mêmes et donc de faire plus facilement le pas vers le néerlandais.

Le parti socialiste SP.A soutient également l'approche proposée par GO! , la qualifiant de "pragmatique et logique". La présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, ainsi que la députée Groen Elisabeth Meuleman ont aussi réagi de manière enthousiaste. Des opinions que ne partagent absolument pas la N-VA et le Vlaams Belang, qui s'opposent à une telle initiative.