Les petites communes flamandes pas équipées pour faire face à l’hébergement des SDF

Les SDF ne vivent pas que dans les grandes villes, il y en a de plus en plus dans les petites communes et même dans les villages. Et si dans les grandes villes, il y a de nombreux centres d’hébergement, dans les petites communes ce n’est pas le cas. La journaliste Hilde Mertens (VRT) a rencontré un jeune SDF de 20 ans qui habite actuellement dans un logement de transit du CPAS de Turnhout (Anvers).

Jordy a aujourd’hui 20 ans, il habite dans un logement de transit du CPAS de Turnhout, en principe il peut y rester 6 mois, le temps de retomber sur ses pattes et de trouver son propre logement. Si après ce délai, il n’a toujours rien trouvé, il pourra y rester 6 mois supplémentaires.

Les problèmes de Jordy ont commencé quand il avait 15 ans. Il a beaucoup manqué l’école et à la maison, il était laissé à lui-même. Son père ne mettait pas de limites et était souvent absent. Il a dû se débrouiller et préparer ses repas tout seul. C’est alors qu’il a mal tourné.

A 18 ans, Jordy se retrouve à la rue. Il est majeur et est censé être capable de se débrouiller tout seul. Jordy demande alors à ses amis et à sa famille de lui offrir un hébergement temporaire. Pas une fois, mais des dizaines de fois. Si la pression devient trop forte ou s'il y a des conflits, il change d'endroit. Un canapé, un lit, un matelas, peu importe. Et même s'il ne dort pas dans la rue, la pression qu'il subit chaque jour est incroyablement forte.

Il ne prend conscience que tardivement qu’il a besoin d’aide. Ce sont des amis qui lui conseillent de s’adresser au CPAS d’Herentals. Mais cette commune ne dispose de quasi aucune structure pour les sans-abri. Une longue recherche commence alors pour lui.

A Turnhout, il finit par obtenir un hébergement de courte durée. Il est autorisé à y rester quatre semaines. C'est un répit, mais pas plus. Grâce à une initiative d'accueil privée où il trouve refuge pendant quelques semaines, il finit par se retrouver dans une maison de transit du CPAS à Turnhout.

Cette quête est un exemple poignant de l'approche non-coordonnée de la problématique des sans-abri en Flandre. Chaque ville et commune doit se débrouiller de son côté. Et alors qu'il existe un Plan global pour les SDF 2017-2019 au niveau flamand, rien n'est réellement fait dans la pratique. On ne dispose même pas de chiffres précis sur le nombre de sans-abri.

C'est raison pour laquelle chaque ville ou commune adopte une approche différente, en fonction des équipements disponibles et des priorités fixées par les autorités locales.

Anvers, en tant que plus grande ville flamande va le plus loin en matière d’hébergement. Il existe un refuge pour les personnes qui résident légalement dans le pays mais qui n'ont pas de toit au-dessus de leur tête. Il existe une résidence séparée pour les sans-papiers et les demandeurs d'asile. Et il y a un refuge pour les sans-abri toxicomanes. La ville est fermement convaincue qu'elle peut en principe offrir un lit à chaque sans-abri. Mais, selon le professeur Koen Hermans de la Faculté des sciences sociales de l'Université de Leuven, "cette opération vise avant tout à prévenir les nuisances, et non à résoudre le problème de l'exclusion liée au logement. Et quiconque n' a aucun lien avec la ville n'est pas non plus le bienvenu".