Un reportage de la VRT mène à la libération de victimes soudanaises

Le journaliste Rudi Vranckx montrait mardi, au Journal télévisé de la VRT, la détresse d’un Soudanais victime du chantage de tortionnaires libyens qui réclamaient une rançon en échange de la libération de ses frères torturés. Des images choquantes, qui auraient fait réagir les autorités soudanaises et libyennes. Les forces spéciales libyennes ont entretemps annoncé avoir libéré les deux frères (photo) et quatre autres prisonniers. Amnesty International estime pour sa part, à la suite du reportage de la VRT, que l’Union européenne se rend complice des tortures infligées aux migrants soudanais en Libye.

Dans le reportage diffusé mardi par la télévision publique flamande VRT, le journaliste et reporter Rudi Vranckx (photo, milieu) - spécialisé dans les zones de conflit - montrait des images provenant du téléphone portable d'un migrant soudanais réfugié en France (photo, à dr.). Via son compte WhatsApp, on pouvait y voir comment ses frères étaient torturés en Libye par une bande de trafiquants d'êtres humains qui lui réclamaient une rançon pour la libération des deux jeunes hommes.

Il s’agissait en fait de cinq Soudanais enlevés par des bandes locales pratiquant la torture pour extorquer de l’argent aux familles de leurs victimes. Les deux frères, frappés par leurs ravisseurs et brûlés dans le dos, suppliaient leur famille de "verser l’argent, sinon ils nous tueront". La bande libyenne réclamait l’équivalent de 10.000 euros pour leur libération.
L’Union africaine lançait une enquête sur base du reportage de la VRT et les autorités soudanaises convoquaient l’ambassadeur de la Libye à Khartoum. Le gouvernement libyen annonçait mardi soir qu’il avait pu localiser les migrants soudanais visibles sur la vidéo montrée à Rudi Vranckx.

Les forces spéciales libyennes lançaient une opération de sauvetage mardi soir, qui a permis de libérer les cinq migrants soudanais retenus prisonniers par la bande de trafiquants. Il ont été emmenés à l’hôpital, d’où ils ont pu entrer en contact avec leurs familles. Un homme qui avait été filmé alors qu’il était torturé avec du silicone brûlant a aussi pu être libéré mardi soir. (Images très cruelles au bas de l'article) 

Aussi grand que puisse être le soulagement des familles concernées, l’opération de sauvetage des Soudanais torturés soulève néanmoins des questions. Leur libération par le gouvernement libyen a eu lieu le soir-même de la diffusion du reportage, et ce sont les victimes visibles sur les images vidéo qui ont été sauvées. Les organisations de défense des droits de l’Homme et des témoins sur place soulignent cependant l’ampleur du problème des tortures, exploitations et abus sexuels en Libye.

Un nombre inconnu, mais important de migrants seraient prisonniers dans des situations identiques, notamment dans des communes libyennes à la frontière avec le Soudan. Le gouvernement libyen n’en dit rien. La libération des cinq Soudanais à la suite du reportage semble donc trop peu le fait du hasard, souligne Rudi Vranckx, qui se demande à quel point la Libye pourrait être impliquée dans ce type de pratiques.

"L’Union européenne se rend complice"

En réaction au reportage diffusé par la VRT, l’organisation Amnesty International déclarait ce mercredi que "l'Union européenne se rend complice des tortures infligées aux migrants soudanais en Libye".

Les organisations de défense de droits de l'Homme comme Amnesty International pointent ces pratiques depuis des années. "Malgré nos nombreux avertissements, l'Union européenne continue d'apporter son soutien matériel, technique et logistique à l'Etat failli qu'est la Libye et à ses garde-côtes", déplore l'ONG.

Selon Amnesty, l'Union européenne n'exerce, en outre, aucun contrôle sur la destination de ses fonds, alors que les tortures de migrants dans les centres de rétention en Libye sont de notoriété publique. "L'aide à la Libye ne peut être inconditionnelle", ajoute Amnesty, qui préconise davantage de contrôles sur la politique d'asile mise en œuvre par la Libye.

Le ministre belge de la Coopération au développement, Alexander De Croo (photo), a également déclaré ce mercredi que le silence de l'Union européenne et de la communauté internationale, face au sort de migrants soudanais en Libye "commence à être grotesque".