Les enfants des demandeurs d'asile déboutés vivent un enfer

Chaque année, la Belgique renvoie des dizaines d'enfants dans le pays d’origine de leurs parents. Parfois ils sont expulsés en plein milieu d'année scolaire et renvoyés vers un pays avec lequel ils n'ont aucun lien. Pour la VZW Orbit: "On ne tient pas suffisamment compte de l'impact économique de ces expulsions. Ces enfants ont été scolarisés ici et ont coûté beaucoup d'argent à l'Etat, de l'argent qui est ensuite jeté par la fenêtre". De son côté, Theo Francken (N-VA), le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, pointe du doigt la responsabilité des parents.

Une équipe du journal télévisé de la VRT a été à la rencontre d’une famille albanaise qui se trouve dans un logement de transit. Klejdis Kadriya, 11 ans, sa sœur Kejda, 9 ans, leur petite sœur Sara, 3 ans et leur papa attendent les journalistes à l'extérieur du logement.

"La police est venue nous chercher, nous avions peur, maman et papa ont commencé à pleurer. Nous avons dû être séparés, les enfants dans une voiture, maman et papa dans une autre. Nous avons dû nous rendre dans un bureau. Nous ne savions pas pourquoi". Kedja commence à pleurer. "Je ne veux pas rentrer en Albanie, je veux rester auprès de mes amis à l’école" explique Kedja.

Les enfants qui vivent dans un foyer de transit en attente d'expulsion sont autorisés à aller à l'école. Les Kadrijas vivent, à présent, à 70 km de leur école. Chaque jour, ils doivent s'y rendre en taxi. La course est prise en charge par des bénévoles et par l'école. Cette école, Kejda s' y accroche. Elle est en 3e année primaire et montre fièrement aux journalistes les dessins de ses petites amies. "Je suis ici depuis l'âge de 2 ans, je ne parle pas bien l'albanais, je parle le néerlandais avec ma famille". Elle éclate à nouveau en sanglots. La direction de son école voudrait que la petite fille puisse au moins terminer l'année scolaire.

"L'histoire classique d'une famille qui tente de retarder les choses par des précédures"

Cette famille albanaise a introduit une demande d'asile en Belgique, en 2011. Cette demande a été rejetée après six mois. La famille a entamé ensuite plusieurs procédures d'appel. Le cabinet du Secrétaire d'Etat Theo Francken déclare qu'il s'agit de "l'histoire classique" d'une famille qui "a inutilement enté de retarder les choses en entamant des procédures".

Selon le cabinet,"cette famille a eu l'occasion d'être rapatriée volontairement durant les vacances d'été". "Au lieu de cela, ils ont choisi de prolonger leur séjour, d'entamer une nouvelle procédure d'appel et de renoncer à partir pendant les vacances scolaires.

Selon le cabinet, la famille a reçu diverses invitations de l'Office des étrangers pour parler de l'organisation et du soutien éventuel au retour volontaire dans leur pays d'origine, mais ils ne se sont jamais présentés.

Campagnes de régularisation

Dans le passé, des campagnes de régularisations ont bien eu lieu, elle ont permi à des familles bien intégrées de recevoir des papiers. C’est ainsi que la mère de Narges Ghiasloo (photo), aujourd'hui âgée de 27 ans, est venue d'Iran en Belgique en 2003.

À cette époque, Narges n’avait que 12 ans. Durant toutes ses études secondaires, elle s’est battue pour s’intégrer en Belgique. Elle était en latin-math et aurait voulu faire des études de physique plus tard à l’université. Mais c’était un véritable enfer. A côté des nombreux problèmes pratiques (par exemple elle ne pouvait pas partir à l’étranger avec ses camarades de classe) il y a toujours l’incertitude. La police peut frapper à la porte à tout moment. Et en cas de maladie nous n’avions que l’aide médicale d’urgence. Mes parents devaient travailler car il n’y a pas d’ aide du CPAS pour les sans-papiers.

La délivrance est intervenue lorsque Narges était en dernière année secondaire, sa famille faisait l’objet d’une procédure de régularisation et pouvait rester en Belgique. Mais cette épreuve aura déterminé son avenir. Elle n’a pas pu poursuivre les études qu’elle voulait faire, elle a dû travailler et suit des cours de comptabilité.

Donner plus de droits aux enfants

La Belgique a pourtant signé la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l'enfant. Cette convention stipule que les enfants doivent avoir leur mot à dire dans l’autorisation de séjour. Le Commissaire aux droits de l'enfant veille au respect de cette Convention et a exhorté le Secrétaire d'État à l'asile et aux migrations, Theo Francken (N-VA), à entendre les enfants de la famille Kadrija, car cela ne s'est pas encore produit.

Leur école et le pouvoir organisateur, le réseau catholique, estiment aussi que cette famille albanaise doit rester en Belgique.

La VZW Orbit, qui accompagne des réfugiés et des migrants estime aussi que l’on ne tient pas suffisamment compte de la perte économique que représente une expulsion d’enfants. "Ces enfants ont été à l’école depuis des années ici, ils sont parfaitement scolarisés. Cela a coûté beaucoup d’argent à l’Etat et c’est à présent jeté par la fenêtre" déclare Hilde Geeraets.