Salah Abdeslam, jugé à Bruxelles, refuse de répondre aux questions

Salah Abdeslam, seul membre encore vivant des commandos jihadistes qui ont attaqué Paris le 13 novembre 2015 a exprimé lundi dès l'ouverture de son procès sous haute sécurité son refus de répondre aux questions. Abdeslam, et le Tunisien Sofien Ayari, sont poursuivis pour avoir, le 15 mars 2016, commis une tentative d'assassinat sur plusieurs policiers de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, deux policiers français et des membres des unités spéciales, avec la circonstance aggravante que ces actes ont été commis dans le cadre de faits de terrorisme. Il leur est aussi reproché d'avoir détenu des armes prohibées, en l'occurrence deux fusils d'assaut ainsi que des munitions. Les deux hommes encourent jusqu’à 40 ans de prison.

Extrait dans la nuit de la prison de Fleury-Mérogis en région parisienne, l'ex "ennemi public numéro un" s'est présenté peu avant 9 heures devant le tribunal correctionnel. Vêtu d'une veste claire et d'un pantalon noir, barbe fournie, des cheveux mi- longs gominés et plaqués en arrière, le Français d'origine marocaine âgé de 28 ans a exprimé son refus de parler dès les premières questions de la présidente du tribunal Marie-France Keutgen.

"Vous êtes bien Salah Abdeslam né à Bruxelles le 15 septembre 1989?", a interrogé Mme Keutgen. "Je ne souhaite pas répondre aux questions", a répondu le prévenu, déclinant l'invitation à se lever pour les premiers échanges.

"On m'a demandé de venir, je suis venu. Il y a un procès et j'en suis l'acteur, on m'accuse, je suis ici, je garde le silence", a-t-il déclaré. "Mon silence ne fait pas de moi un criminel, c'est ma défense", a-t-il en outre lancé au tribunal, avant d'évoquer Allah et à sa religion, l'islam. "C'est en mon Seigneur que je place ma confiance (...) Ce que je constate c'est que les musulmans sont jugés et traités de la pire des manières".

A l'ouverture, son avocat Sven Mary a aussi fait savoir que son client ne souhaitait aucune image de lui par les médias.

Par ailleurs une association de victimes du terrorisme, V-Europe, a vu le débat sur sa demande de constitution de partie civile repoussé à fin mars, hors du cadre du procès. Cette demande a été contestée par Me Mary. Le débat a pu reprendre après une courte suspension.

Un dispositif de sécurité hors norme

Ce procès en correctionnelle n'est qu'un préambule à celui qui aura lieu en France pour les attentats qui y ont fait 130 morts. Mais il est très attendu pour savoir si le petit délinquant qui a grandi à Molenbeek sortira de son mutisme.

Un dispositif de sécurité hors norme était en place dans et autour du Palais de justice, un hélicoptère survolant l'imposant bâtiment du 19e siècle, tandis que des véhicules blindés de la police en protégeaient l'accès.

Salah Abdeslam, jugé avec un complice présumé de sa fuite, Sofiane Ayari, apparaît au coeur d'une cellule jihadiste impliquée dans au moins trois dossiers terroristes majeurs. Les attentats de novembre 2015 à Paris, ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles (32 morts) et l'attaque avortée dans le train Thalys Amsterdam-Paris en août 2015 relèvent "peut-être d'une unique opération" de l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), estime le parquet fédéral belge.

Les faits jugés de lundi à vendredi - avec relâche mercredi - remontent au 15 mars 2016. Des enquêteurs français et belges avaient été surpris par des tirs pendant une perquisition de routine dans une des planques bruxelloises de la cellule, située rue du Dries à Forest. Trois policiers avaient été blessés et un jihadiste algérien de 35 ans, Mohamed Belkaïd, tué en leur faisant face avec une kalachnikov pour couvrir la fuite d'Abdeslam et de Sofiane Ayari.

Jusqu’à 20 ans de prison

Cet épisode avait précipité la fin de la cavale de celui qui était alors l'homme le plus recherché d'Europe, et dont l'empreinte ADN avait été découverte dans la planque. Il avait été interpellé avec son complice Ayari trois jours plus tard, le 18 mars, à Molenbeek, une arrestation considérée par les enquêteurs comme l'élément déclencheur des attentats du 22 mars 2016, quand trois kamikazes se sont fait exploser à l'aéroport et dans le métro de la capitale belge.

Ce procès avait été repoussée mi-décembre pour laisser le temps à Sven Mary, l'avocat de Salah Abdeslam tout juste rappelé à ses côtés, de prendre connaissance du dossier. Ce pénaliste belge réputé l'avait assisté après son arrestation mais avait jeté l'éponge sept mois plus tard, convaincu que son client ne collaborerait pas avec la justice.

Les deux prévenus sont jugés pour "tentative d'assassinat sur plusieurs policiers" et "port d'armes prohibées", le tout "dans un contexte terroriste", et encourent jusqu'à 20 ans de prison. Salah Abdeslam sera par ailleurs jugé en France pour les attentats du 13 novembre, un procès autrement plus lourd, dont la date n'a pas encore été fixée.

Sofiane Ayari est lui aussi suspecté dans l'enquête sur ces attentats parisiens, où il apparaît sous plusieurs fausses identités. La justice française le réclame, vraisemblablement pour l'inculper à son tour. Ce Tunisien de 24 ans, arrivé en Europe via l'île grecque de Lesbos en se mêlant au flot de réfugiés principalement syriens, fait partie de la dizaine de jihadistes que Salah Abdeslam a convoyés depuis l'Europe centrale entre août et octobre 2015. Il avait été pris en charge par Abdeslam à Ulm (Allemagne) le 3 octobre 2015 en compagnie de deux autres hommes dont Ossama Krayem, un des suspects-clés des attentats de Bruxelles.

Abdeslam avait été transféré fin avril 2016 à Fleury-Mérogis en région parisienne, où il a toujours été maintenu à l'isolement, sous vidéosurveillance 24 heures sur 24. Dès lundi soir et pendant la durée du procès à Bruxelles, il doit être hébergé dans une prison du nord de la France, à Vendin-le-Vieil, permettant de "dupliquer" ces conditions de détention.