"Mon client est réduit à quelqu’un qui ne peut plus marcher tout seul"

Au procès de Salah Abdeslam et Sofien Ayari pour la fusillade de la rue du Dries le 15 mars 2016, c’est au tour des parties civiles de s’exprimer, ce jeudi matin. Me Bauwens, qui représente deux agents des unités spéciales, constitués parties civiles au procès a déclaré que son client avait été "réduit à quelqu’un qui ne pouvait plus se déplacer tout seul. Voilà la réalité de ce procès".

L’audience a repris ce jeudi matin devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Sven Mary, l'avocat de Salah Abdeslam, a confirmé à la présidente qu'il acceptait de représenter son client malgré l'absence de ce dernier. Les débats ont repris avec la suite des plaidoiries des parties civiles.

Me Bauwens a souligné jeudi que le faits que des membres des unités spéciales se constituent partie civile constituait une première dans notre pays. "Ils sont présents 24 heures/24 et 7 jours/7 pour protéger nos valeurs. L'un de ses clients, qui a subi une incapacité de travail totale, a vu sa carrière s'arrêter à la suite des faits après 22 ans de service", a-t-il souligné.

"Je suis content qu'il soit resté dans son lit"

L'avocat s'est dit "fatigué" par l'attitude des prévenus, et plus particulièrement par celle de Salah Abdeslam. "Je suis content qu'il soit resté dans son lit", a-t-il ajouté en référence au fait que ce dernier ait décidé de ne pas se présenter à l'audience de jeudi.

Me Bauwens a fustigé "l'opportunisme" des suspects, qui sont "musulmans quand ça les arrange, djihadistes quand ça les arrange". Salah Abdeslam "insulte notre Etat de droit, il ne reconnait pas le tribunal, mais il construit une défense basée sur cet Etat de droit", déplore l'avocat.

"Il se fait par moments porte-parole du monde musulman alors que c'est précisément ce monde qu'il est en train de heurter."

Le représentant des deux agents s'en est aussi pris indirectement à Sven Mary (petite photo), et plus particulièrement au fait que celui-ci avait contesté la recevabilité de certains éléments du dossier sur la base de l'emploi des langues.

Enfin, Me Bauwens a insisté sur le caractère exceptionnel de la démarche de ses clients. "C'est la première fois que des agents des unités spéciales se constituent partie civile, c'est leur métier de se faire tirer dessus." L'un d'eux, qui était en première ligne tant à Forest qu'à Verviers en janvier 2015, a subi une incapacité permanente de plus de 55%, ce qui a provoqué la fin d'une carrière longue de 22 ans.

"Un policier a vu la mort défiler devant ses yeux"

Les faits survenus le 15 mars 2016 rue du Dries à Forest ont "marqué tout un pays, mais aussi les victimes et leurs proches, de manière indélébile", a souligné jeudi Me Laeila Toomi, qui représente un policier intervenu sur les lieux. Son client "a vu la mort défiler devant ses yeux", a-t-elle ajouté.

L'avocate de la partie civile a commencé par rappeler l'implication de Salah Abdeslam dans les attentats de Paris. Le prévenu, qui a "brillé par son silence" lundi, "brille ce jeudi par son absence", a-t-elle résumé.

Selon son audition le lendemain des faits, le policier se trouvait vers 14h30 avec sept collègues, dont deux Français, devant l'appartement conspiratif de la rue du Dries, pour perquisitionner un logement qu'ils pensaient vide. Après avoir appris du concierge que trois jeunes vivaient depuis six mois au premier étage, les huit agents se sont postés devant l'entrée et se sont annoncés.

Dès que la porte a cédé sous la dizaine de coups de béliers, de très nombreux coups de feu ont été tirés. Les policiers ont alors décidé de battre en retraite. Dans la précipitation, une chute de sa collègue française a fait tomber l'agent représenté par Me Toomi, qui en a même perdu son arme. Alors qu'il était à l'extérieur de l'immeuble en compagnie de sa collègue, blessée, il a entendu via sa radio qu'une fusillade était en cours.

Pour le policier, qui a "vu la mort défiler devant ses yeux", la "reconnaissance comme victime est très importante pour sa reconstruction", a souligné son conseil. Il souffre encore de troubles mentaux, d'anxiété, de stress post-traumatique et subit une incapacité de 5 à 8%.