Querelle ouverte entre le ministre de l'Intérieur et l’avocat d'Abdeslam

Lors de l’émission dominicale "De Zevende Dag" (VRT), le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) s’en est pris à l’avocat de Salah Abdeslam, indiquant qu’il ne comprenait pas la demande d'acquittement faite par Sven Mary sur la base d'un problème de procédure. Des propos auxquels le pénaliste n’a pas tardé à réagir : "Il est temps de rappeler au ministre Jambon les principes de la séparation des pouvoirs".

Salah Abdeslam est jugé depuis lundi à Bruxelles. Il est poursuivi pour tentative de meurtre dans un contexte terroriste et pour possession illégale d'armes à feu, à la suite de la fusillade de la rue du Dries à Forest le 15 mars 2016. Jeudi, son avocat, Sven Mary, a plaidé l’abandon des poursuites contre son client pour vice de procédure. Le pénaliste a en effet estimé qu'il y a eu violation de l'article 12 de la loi sur l'emploi des langues en matière judiciaire et a donc demandé que les poursuites soient déclarées irrecevables.

"Un pont trop loin"

Interrogé lors de l’émission "De Zevende Dag", le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a déclaré ne pas comprendre la demande d'acquittement de Salah Abdeslam. "Je ne comprends pas cela. Un avocat est là pour faire en sorte qu'une personne reçoive une peine correcte", a-t-il commenté. "Que Me Mary demande maintenant son acquittement, c'est aller un pont trop loin."

"Si des erreurs de procédure sont commises, il faut peut-être recommencer le procès, mais cela ne peut quand même pas mener à un acquittement", a-t-il ajouté.

"Le ministre met le tribunal sous pressions"

"Il est temps de rappeler au ministre Jambon les principes de la séparation des pouvoirs", a réagi dimanche Sven Mary. "Il est inacceptable qu'un ministre en fonction s'implique dans une affaire pendante devant un tribunal", a clamé l’avocat. "De cette manière, il met sous pression le tribunal dans un dossier délicat, avec un problème délicat."

"Je prends également acte du fait qu'il estime qu'on ne puisse demander l'acquittement pour quelqu'un comme Salah Abdeslam et affirme qu'un avocat n'est là que pour faire en sorte qu'une personne reçoive une peine correcte", poursuit l'avocat. "Ce n'est pas vrai, un avocat doit avant tout s'assurer que les règles de droit et de procédure sont respectées, même pour quelqu'un comme Salah Abdeslam. Avec ces déclarations populistes, il amadoue peut-être un large public mais ce n'est pas son rôle en tant que ministre", a-t-il ajouté.

"La N-VA doit peut-être aussi s'interroger sur la raison pour laquelle il n'y a plus de juge d'instruction bilingue à Bruxelles", analyse encore le pénaliste. "C'est le résultat de la scission du tribunal de première instance de Bruxelles en un tribunal francophone et un autre néerlandophone."