Le directeur de l’opéra de La Monnaie réclame le tax shelter

Le "tax shelter" (réduction d’impôts) pour les arts de la scène est d'application pour les institutions culturelles en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Flandre depuis l'an dernier, mais toujours pas pour les institutions fédérales. C’est ce qu’a souligné jeudi le directeur de l’opéra de La Monnaie - l’une de ces institutions fédérales -, Peter De Caluwe (photo), lors de la présentation de sa programmation 2018-19, axée sur le thème du "jeu". Cela pourrait d’ailleurs plonger le théâtre dans des difficultés financières au cours de la prochaine saison. Une production a déjà dû être annulée.

Le tax shelter est un système d'incitant fiscal permettant de bénéficier d'une exonération fiscale de 150% du montant investi. Initialement appliqué à l'audiovisuel, il a été étendu l'an dernier aux arts de la scène.

Pour la saison 2018-2019 qui a été présentée jeudi au Théâtre royal de la Monnaie (photo), à Bruxelles, quelque 2,5 millions d'euros sont directement liés au tax shelter, indiqué le directeur Peter De Caluwe. Or, le mécanisme attend toujours un aval "administratif et politique" pour être applicable aux institutions culturelles fédérales que sont la Monnaie, Bozar et l'Orchestre national de Belgique.

"Il faut que ça soit réglé au plus vite pour que la saison puisse se dérouler au mieux", précisait le directeur de la Monnaie. Un spectacle - l'opéra comique Re Orso de Marco Stroppa - a déjà dû être annulé faute de moyens.

Le tunnel de La Monnaie se fait aussi attendre

Les travaux visant à relier le Théâtre royal de la Monnaie à ses ateliers (situés sur le trottoir d’en face dans la même rue) via un tunnel souterrain ne cessent d'être retardés, a également déploré jeudi le directeur de la maison d'opéra, Peter De Caluwe.

La phase finale des travaux dans la rue Léopold aurait déjà dû commencer début 2017 pour se terminer au printemps 2018. Mais la construction du tunnel a été reportée plusieurs fois, notamment en raison des Plaisirs d'hiver et des soldes de janvier, a indiqué De Caluwe.

"Aujourd'hui, il semblerait que la Ville ne souhaite pas réaliser les travaux avant les élections communales d'octobre", a affirmé le directeur. Le tunnel doit être terminé pour la fin de l'année. Dans le cas contraire, La Monnaie pourrait perdre le financement du fonds Beliris qu'elle avait obtenu pour ce projet important.

Le "jeu" au cœur de la programmation 2018-2019

La notion de "jeu" comme moyen de confronter les discordances entre raison et émotions sera au cœur de la programmation de la saison prochaine du Théâtre royal de la Monnaie (photo). Cette douzième saison sous la tutelle de Peter De Caluwe s'ouvrira sur la "Flûte enchantée" de Mozart, un grand classique. Sous son nom original "Die Zauberflöte", l'opéra mozartien sera l'occasion d'aborder les contrastes entre le jour et la nuit, l'homme et la femme, la raison et les sentiments. Ils sera mis en scène par Romeo Castellucci.

Le public pourra également voir à La Monnaie un coup de cœur de son directeur, "La Gioconda" d'Amilcare Ponchielli. Un opéra "fantastique, mais exigeant", selon Peter De Caluwe. Différentes questions éthiques et philosophiques seront soulevées à travers "Frankenstein", une création mondiale commandée par La Monnaie au compositeur américain Mark Grey. Génétique, informatique, médecine ainsi que la condition humaine y seront approchées.

Durant les fêtes de fin d'années, le public se verra proposer l'opéra comique italien "Don Pasquale" de Gaetano Donizetti, avec le directeur musical de la Monnaie, Alain Altinoglu, comme chef d'orchestre. Ce dernier prendra dorénavant les commandes des programmations de fin d'année. Autres rendez-vous, "Tristan et Isolde" de Richard Wagner, pour lequel La Monnaie fait appel au cinéaste Ralf Pfleger et à l'univers visuel de l'artiste Alexander Polzin.

Pour la première fois, le public belge pourra aussi découvrir en opéra l'histoire de Simon Gronowski, Bruxellois né en 1931 qui a sauté d'un train vers Auschwitz à l'âge de 11 ans. Le compositeur Howard Moody s'est inspiré de son histoire et fournit "un hommage à toutes les victimes de guerres", des mots de Gronowski.

La Monnaie compte également poursuivre les synergies avec les autres institutions fédérales que sont Bozar et l'Orchestre national de Belgique, notamment à travers le cycle Beethoven. "La Monnaie a un ADN très fort, c'est une maison de création qui a aussi ses difficultés, mais empreinte de passion, d'énergie et de créativité", a conclut Peter De Caluwe.