Steven Vandeput dénonce une "erreur d'appréciation majeure" de la Défense

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a pointé mardi du doigt l'attitude des gestionnaires de la flotte des F-16 de l'armée belge qui n'ont communiqué ni à la lui, ni au chef de la Défense les rapports de Lockheed Martin sur la possibilité de prolonger l'activité des F-16. Il s'agit d'une "erreur d'appréciation majeure", a-t-il affirmé devant la commission de la Défense de la Chambre.

Le ministre ne se prononcera pas davantage sur la responsabilité des gestionnaires. Il attend les résultats des enquêtes interne et externe qui ont été demandées.

Ces rapports du constructeur militaire Lockheed Martin ont été demandés par les gestionnaires de la flotte qui, de la sorte, se tiennent au courant de l'état de celle-ci. La prolongation de 6 ans évoquée est donc à comprendre d'un point de vue théorique.

En fonction du nombre d'heures de vol réelles ou équivalentes des appareils, certains pourraient être prolongés, alors que d'autres devront bel et bien être remplacés dès 2023, comme prévu, lorsqu'ils auront atteint 8.000 heures de vol, a expliqué Steven Vandeput.

Deux rapports ont été remis. Le premier date d'avril 2017. Le second, qui actualise le premier, date du 12 février 2018. Il crée encore un peu plus la confusion car il évoque une prolongation théorique de... 27 ans.

Quant à l'opportunité de prolonger les F-16, elle est écartée par le ministre. Lorsque le gouvernement a pris la décision de commander de nouveaux avions, c'est après avoir étudié tous les scénarios qui permettaient de garantir une capacité opérationnelle pertinente, a-t-il assuré.

"Si vous pensez que moi, comptable de Hasselt, je me suis lancé dans un tel dossier sans vérifier s'il n'y avait pas d'alternative, vous vous trompez. On a fait des études", a-t-il ajouté à l'adresse des députés.

Malgré la révélation de ces deux rapports, le ministre n'entend pas suspendre la procédure en cours, pour laquelle deux avions sont encore en lice (le F-35 de Lockheed Martin et l'Eurofighter). Les offres sont en cours d'évaluation, a-t-il expliqué. Le jour où cette évaluation est prête, il appartiendra au gouvernement de se prononcer sur les pièces supplémentaires dont il faudra éventuellement tenir compte.

Le ministre a insisté sur la volonté de transparence qui anime le gouvernement depuis le lancement de la procédure de remplacement des chasseurs-bombardiers de l'armée belge.
"Je n'ai jamais caché la moindre information au gouvernement et au parlement", a souligné le ministre.

Trop de questions demeurent, estime pourtant l'opposition. Le sp.a a invoqué un courriel remontant à mai 2017 dans lequel une personne au sein de la Défense demande si l'information sur l'étude de Lockheed Martin ne devrait pas être partagée avec le Chef de la Défense et le ministre. Il a également fait référence à un coup de fil courroucé du chef de la composante aérienne, Frederik Vansina, à Lockheed Matrin lui demandant d'arrêter ces calculs sur la disponibilité des F-16.

"Nous sommes face à un marché truqué", a lancé Julie Fernandez-Fernandez (PS). "La Défense vous mène en bateau", a accusé de son côté Benoît Hellings (Ecolo) tandis que Georges Dallemagne (CDH) dénonçait une "atteinte grave à la démocratie".

Des milliards d'euros sont en jeu, a rappelé l'opposition qui demande la suspension de la procédure en cours.

Le trouble est également palpable dans la majorité. "Quel peut encore être votre degré de confiance dans l'état-major? Cela doit être très difficile de fonctionner dans ces circonstances", a dit Damien Thiéry (MR). Selon Veli Yuksel (CD&V), il y "un problème politique clair".