Vives critiques flamandes aux propositions du parti Islam

Plusieurs présidents et ministres de partis flamands ont réagi avec force, vendredi, à la proposition du parti Islam (qui possède 2 élus à Bruxelles) de séparer les hommes et les femmes dans les transports en commun aux heures de pointe. Une interview accordée au quotidien Het Nieuwsblad par Redouane Ahrouch, l’un des cofondateurs du parti Islam, a révélé des éléments de son programme électoral pour octobre, basés sur les principes du coran et de la charia pour l’établissement d’une « démocratie islamiste ». La Secrétaire d’Etat bruxelloise à l’Egalité des Chances, Bianca Debaets (photo), déclarait vendredi vouloir déposer plainte. La N-VA et Open VLD réclament une base juridique pour faire interdire le parti. Des membres des partis Groen, Open VLD, CD&V et SP.A. notamment ont également exprimé leurs critiques via les médias sociaux.

Les propos dans les pages du Nieuwsblad de l'un des cofondateurs du parti Islam, Redouane Ahrouch - conseiller communal à Anderlecht et chauffeur de bus à la Stib depuis plus de 25 ans -, sur la proposition de séparer les hommes et les femmes dans les transports publics ont provoqué vendredi une vive réaction de la Secrétaire d'Etat bruxelloise à l'Égalité des Chances, Bianca Debaets (CD&V). Elle les a qualifiés de "choquants" et d"anticonstitutionnels" dans un communiqué.

"Ces propos sont très choquants et contraire à notre constitution et à la Déclaration européenne des droits de l'homme. Ils constituent une menace pour notre démocratie et notre vivre ensemble. Prôner une séparation entre les femmes et les hommes dans les transports en commun va totalement à l'encontre de nos valeurs fondamentales et de nos libertés. Je vais demander à l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes d'analyser ces propos et de voir dans quelle mesure ils incitent à la discrimination sur base du sexe. S'il est prouvé juridiquement qu'ils constituent une incitation à la discrimination, je ferai en sorte que des mesures adéquates puissent être prises", a ajouté Bianca Debaets, rejointe par son président de parti, Wouter Beke, sur Twitter.

Le parti Islam compte actuellement deux conseillers communaux à Bruxelles - l'un à Anderlecht, l'autre à Molenbeek - et projette de se présenter dans 28 communes en Wallonie et à Bruxelles lors des élections communales du 14 octobre prochain. Plus précisément dans 14 communes bruxelloises, ainsi que dans plusieurs communes liégeoises, à Mons et Charleroi, mais aussi éventuellement en Flandre, à Anvers et Gand.

Jusqu’à présent, le parti Islam ne semble pas remporter beaucoup de succès en Flandre. Lors de l’émission "Terzake", vendredi soir à la VRT, Bianca Debaets indiquait aussi avoir reçu via les médias sociaux de nombreux messages de musulmans résidant en Belgique qui indiquent ne pas soutenir le programme du parti Islam, et certainement pas sa proposition de séparer hommes et femmes dans les transports en commun.

Faire interdire le parti Islam ?

Les propos de Redouane Ahrouch dans la presse suscitaient ce vendredi de nombreuses réactions d’autres personnalités politiques en Flandre, avant tout via Twitter. La présidente d’Open VLD, Gwendolyn Rutten, appelait à résister à "tous ceux qui menacent notre liberté (…) Et cela n’a rien à voir avec la politique". Meyrem Almaci, chef du groupe parlementaire Groen! à la Chambre, rejette avec force la proposition d’Islam, estimant que "l’égalité entre hommes et femmes est fondamentale".

Yasmine Kherbache (SP.A), députée socialiste au Parlement flamand et conseillère communale à Anvers, née de mère belge et père algérien, déclarait via Twitter que "des propositions arriérées comme celles du parti Islam sont hélas un don de dieu pour certains. Il faut davantage que crier 'ne pas céder'. Il est important de se battre activement pour les droits de l’Homme, parce qu’ils sont continuellement menacés". Quant à Sammy Mahdi, président des Jeunes CD&V, il déclarait à la VRT: "La proposition du parti Islam me rend furieux parce qu’elle stigmatise toute une communauté". Mais il estime qu’interdire ce parti n’est pas une bonne idée. "Il faut combattre les opinions idiotes avec des opinions rationnelles".

Nicolas Maeterlinck

La N-VA réclame par contre une base juridique pour pouvoir faire interdire un parti comme Islam. Le Secrétaire d’Etat à la Migration, Theo Francken (photo), motivait ce point de vue via Twitter.

"Un parti politique nommé Islam grandit en Belgique. Ils appellent sans complexe à l'introduction de la charia. La charia est en violation avec les droits de l'homme. Les partis pour la charia sont donc antidémocratiques. De vrais loups déguisés en agneaux! #soumission", a déclaré - en français - le Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA), sur Twitter. "Dans leur monde régi par la charia, les femmes n'ont pas de droits. Et cela commence avec une ségrégation dans le transport public. Ce parti Islam me révolte. C'est pour cette raison que @SafaiDarya (la militante des droits de l'homme belgo-iranienne Darya Safai, qui a rejoint la N-VA, ndlr) et des milliers d'autres femmes ont dû fuir l'Iran. C'est cracher sur l'Europe", a ajouté Francken.

La N-VA et Open VLD, deux partis membres de la coalition gouvernementale au pouvoir en Flandre et au fédéral, ont d’ailleurs annoncé leur volonté d'élaborer une base légale pour interdire les partis extrémistes tels que le parti Islam - ce qui n'est actuellement pas possible en Belgique, contrairement à l'Allemagne. Ils songent à une modification de la Constitution après les élections de mai 2019.

"La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme autorise l'interdiction des partis qui s'opposent aux droits libéraux et à la démocratie", a souligné le porte-parole de la N-VA, Joachim Pohlmann, interrogé par l'agence Belga.

Une opinion partagée par les libéraux flamands. "Nous avons encore trop souvent des problèmes avec les principes fondamentaux des Lumières et ne les appliquons pas tous de manière cohérente, mais je propose de le faire" dans le préambule de la Constitution, a affirmé le chef de groupe Open VLD à la Chambre, Patrick Dewael, dans une carte blanche publié sur le site de l'hebdomadaire 'Knack'.