Fusillade de Forest: Abdeslam et Ayari écopent de 20 ans de prison

Le djihadiste français Salah Abdeslam et son complice tunisien Sofiane Ayari ont été jugés coupables de tentative d'assassinat à caractère terroriste, pour leur participation à une fusillade avec des policiers survenue le 15 mars 2016 à Bruxelles. Le tribunal correctionnel de Bruxelles a considéré qu'en tirant sur des policiers avec de armes de guerre, ils ont commis une tentative d'assassinat. Les deux hommes écopent d'une peine de 20 ans de prison.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé, lundi matin, que les prévenus Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Mohamed Belkaïd se sont associés dans un acte de tentative d'assassinat à caractère terroriste sur des policiers. Tout montre, selon les juges, que Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Mohamed Belkaïd évoluaient, au moment des faits, dans la mouvance terroriste et que leur réaction au moment de l'intervention policière était préméditée.

La thèse de la défense, qui avançait que seul Mohamed Belkaïd avait tiré et que les deux prévenus ne pouvaient donc pas être considérés commes les auteurs de tentatives d'assassinats, a été balayée par le tribunal.

Les trois hommes, qui se savaient traqués par les forces de l'ordre, avaient au préalable établi un plan en cas d'intervention, ce qui caractérise la préméditation. Celle-ci est aussi établie par le temps qui s'est écoulé entre l'entrée dans l'immeuble des agents et le début de la fusillade. Les policiers se sont annoncés à plusieurs reprises. Entre-temps, les trois suspects se sont préparés, notamment en chargeant leurs armes.

Ils se sont associés, ont coopéré sciemment, ont favorisé les faits et ne se sont pas rendus. Abdeslam et Ayari ont également pris la fuite, a ajouté le tribunal, qui évoque une "résolution criminelle froidement réfléchie". En outre, les éléments du dossier établissent qu'au moins deux suspects ont fait feu sur les policiers.

Lors du premier incident de tir, deux armes ont été utilisées. La défense avait argumenté que seul Belkaïd avait fait usage de ces fusils. Cette thèse est cependant contraire aux déclarations d'Ayari lors de la reconstitution des faits, a relevé le tribunal. Par ailleurs, les constatations balistiques et les récits de policiers établissent qu'un deuxième tireur se trouvait au côté de Belkaïd. Enfin, puisque ce dernier gisait au sol - Ayari le pensait même mort, selon son témoignage -, ce n'est pas lui qui a pu faire feu sur les agents depuis le pallier alors que ceux-ci étaient en train de se retirer de l'immeuble.

Me Mary avait aussi avancé que l'absence de trace ADN de son client Salah Abdeslam sur l'arme retrouvée rue de l'Eau prouvait qu'il ne l'avait pas utilisée. Le tribunal a également réfuté cet argument, soulignant qu'un témoin de la fuite des deux prévenus avait rapporté que ces derniers avaient porté le fusil à tour de rôle.

Et même si Abdeslam et Ayari n'étaient plus présents dans l'appartement de la rue du Dries au moment du second échange de tirs, le tribunal les a jugés également responsables de celui-ci puisqu'ils en ont été solidaires et y ont apporté consciemment une aide préalable.

"Abdeslam décidera s'il veut faire appel ou non"

"Nous allons analyser le jugement de fond en comble. Il nous paraît assez créatif, surtout pour le problème de procédure", a réagi l'avocat de Salah Abdeslam, Me Sven Mary. "Je verrai avec Salah Abdeslam quel est son souhait, s'il veut faire appel ou non", a-t-il précisé.

"Nous avons entendu le verdict, mais nous n'avons pas encore reçu le jugement en entier. Nous allons l'analyser de fond en comble".

Quant au point de procédure concernant l'emploi des langues qu'il avait soulevé pour réclamer l'irrecevabilité des poursuites, l'avocat ne semble pas convaincu par la réponse du tribunal. "Quand on estime qu'une saisine d'un juge d'instruction n'en est plus une et que ce n'est plus qu'une mesure d'ordre, je pense que c'est une question qu'il faudra revoir."

Pour assurer éventuellement à nouveau la défense de Salah Abdeslam, Sven Mary souligne qu'il lui faudra, comme ce fut le cas en première instance, "un mandat bien spécifique", puisque son client avait dit à l'audience qu'il ne reconnaissait pas les institutions. "Je vais lui faire de recommandations, mais c'est lui qui prendra la décision", a conclu l'avocat.

De son côté, l'avocat de Sofien Ayari, Me Isa Gultaslar, s'est dit perplexe concernant la motivation du jugement. Il estime que le tribunal n'est pas allé au bout de la réflexion, notamment en ne répondant pas à la question de savoir qui a tiré sur les policiers.