"Même la N-VA opte pour la Belgique à papa"

Une troisième génération de la famille industrielle francophone Frère a été nommée à la régence de la Banque nationale. Aux yeux du professeur en droit fiscal, Michel Maus (VUB), il s’agit là d’un nouvel exemple d’une "Belgique à papa". La méthode est depuis toujours décriée par le Mouvement flamand. C’est pourtant un ministre N-VA qui est à l’origine de cette nomination.

"Vous le voyez sur la photo ? Cédric Frère ? Il serre la main du roi. Son père est à gauche. Son grand-père, Albert Frère, se trouve tout souriant à droite", écrit Michel Maus dans une opinion parue sur VRT NWS. "Et bien chers lecteurs, Cédric Frère est le petit fils du magnat industriel wallon Albert Frère, qui, avec un patrimoine de 6,2 milliards d’euros, trône à la quatrième place des Belges les plus riches. Le problème, me direz-vous ? C’est que récemment, Cédric Frère a été nommé par le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), à la régence de la Banque nationale".

"Qu’y a-t-il de si spécial à cette situation", demande encore Michel Maus. "En soi, rien, si ce n’est que Cédric Frère marche sur les traces de son père, et de son grand-père. Trois générations de Frère nommés régent à la Banque nationale… cela fait tout de même sourciller". D’autant qu’il s’agit d’un "organe crucial de l’une des plus importantes institutions de notre pays".

La régence de la Banque nationale de Belgique exerce notamment son influence sur la politique monétaire, et sur la situation économique du pays et de l’Union européenne. "On ne peut pas nier que la régence pèse sur les politiques menées", souligne Michel Maus.

Non-sens

La régence de la Banque nationale compte dix membres, dont la moitié est désignée par le gouvernement. Interrogé sur les ondes de Radio 1 (VRT), le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a défendu cette nomination en indiquant que la régence était un reflet des forces socio-économiques, et que Cédric Frère était le représentant de l’entreprenariat francophone de Belgique.

Johan Van Overtveldt a par ailleurs fait savoir qu’il n’avait fait que suivre la procédure, et que Cédric Frère avait été nommé sur proposition du MR. "A entendre un tel non-sens, l’ancien journaliste Johan Van Overtveldt (ex-rédacteur en chef des hebdomadaires Knack et Trends, ndlr) aurait immédiatement rédigé un papier au vitriol", écrit encore Michel Maus.

Aux yeux du professeur en droit fiscal, "nous devrions tous être indignés par cette nomination". "L’entreprise Albert Frère et fils n’a apparemment aucun problème à imposer au politique de lui garder une place chaude à la Banque nationale".

Vieille tradition politique

Michel Maus s’étonne également de l’absence de critiques en provenance de l’entreprenariat et du monde politique. Une situation qui prouve, selon lui, l’influence de la richissime famille.

"La nomination de Cédric Frère démontre que la vieille culture politique est de retour, ou plutôt, n’a jamais vraiment disparu. Nous avons encore récemment pu le constater avec la désignation de Martin Selmayr au poste de secrétaire-général de la Commission européenne".

"Pourtant, de nombreux représentants de la nouvelle génération politique se sont insurgés ces dernières années contre les nominations politiques. Il est très choquant de devoir constater que ces critiqueurs tombent à leur tour et sans honte dans les mêmes méthodes", conclut Michel Maus.