La Fête du travail deviendra-t-elle bientôt la fête des robots ?

Ce mardi 1er mai, nous célébrons la Fête du travail de par le monde. De nombreux évènements d’actualité, tels que la grève dans les magasins Lidl, nous rappellent quotidiennement que le travail est mis sous pression, notamment par le phénomène de robotisation. Quelle serait dès lors la meilleure solution ? Lutter contre la robotisation, ou tendre la main aux machines pour favoriser nos conditions de travail ? C’est la question que se pose la cellule de réflexion Pointcaré, composée de plusieurs professeurs de l’Université flamande de Bruxelles (VUB).

Nous commémorons ce mardi la lutte en faveur de la semaine de huit heures. Depuis 128 ans, cette journée met traditionnellement en avant les droits des travailleurs. Aujourd’hui pourtant, une nouvelle question se pose: le capitalisme aurait-il désormais fait place à un nouvel ennemi, en l’occurrence, les nouvelles technologies ? Pour les membres du think tank Pointcaré, qui s’expriment dans une opinion publiée par VRT NWS, la situation est claire : les dernières évolutions ont un lourd impact sur le marché de l’emploi.

Depuis l’invention du Home Banking, de nombreuses banques ont procédé à des licenciements. Dans les grandes-surfaces, les caissiers et caissières ont été remplacés par des scans pour clients. Même topo dans les aéroports, où le check-in se fait désormais par les voyageurs eux-mêmes. Les machines ont également pris les place des étudiants dans les célèbres chaînes de fast-food, alors que se profilent déjà les voitures Uber sans chauffeurs. La liste d’exemple est sans fin, et la numérisation et l’automatisation de la société ne viendra qu’amplifier le phénomène.

Pertes d’emplois

A première vue, il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour les travailleurs et les travailleuses. Pour les employeurs, le choix est effectivement vite fait : les robots ne se fatiguent jamais, ils ne se plaignent pas de leur salaire, et peuvent travailler 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Ils ne prennent pas de congé parental, n’expriment pas de mécontentement face aux heures supplémentaires, et ne sont pas représentés par des syndicats.

La crainte des pertes d’emplois est donc belle et bien réelle. Les plus pessimistes pourraient même croire que le travail humain disparaîtra durant ce siècle encore. Mais l’intelligence artificielle représente-t-elle un vrai danger pour l’emploi de millions de personnes ?

Il y a 128 ans, c’est grâce à l’automatisation que les machines ont pu répondre à une grande partie de nos besoins de base, et que nous avons dès lors pu introduire la semaine de huit heures, et améliorer dans la foulée nos prestations dans des domaines tels que ceux de la santé, de l’enseignement ou de la culture. Pour les experts de la cellule Pointcaré, mieux vaudrait dans cette optique accueillir à bras ouvert l’actuelle révolution technologique.

L’avenir nous appartient

D’après une étude de l’Université d’Oxford (2013), la moitié des jobs existants seront remplacés par des machines d’ici 2033. D’autres rapports sont toutefois plus optimistes. En 2018, une étude de l’OCDE estimait que 14% des emplois étaient automatisables. Parallèlement, 32% des emplois existants allaient, dans un avenir proche, être exercés de façon différente. Selon le think tank de la VUB, ces études démontrent que le futur n’est pas prévisible, et que rien ne nous empêche aujourd’hui de le construire nous-mêmes.

Une question d’adaptation

Globalement, il s’agira principalement de se conformer au marché de l’emploi dans un nouveau contexte. Tout comme les employés ont dû s’adapter au début du siècle dernier à la ligne de montage industrielle, ils devront aujourd’hui s’adapter à la ligne de montage technologique.

Il faudra pour se faire développer un agenda robotique inclusif, afin de faire en sorte que la société évolue avec la technologie, et que les ordinateurs demeurent au service des êtres humains.

Pour les professeurs de la cellule Pointcaré, une série de mesures s’impose. A commencer par une réforme de contenu de l’enseignement. Des initiatives devront en outre être prises pour répondre aux nombreuses questions sociétales qui accompagnent l’évolution technologique : devons-nous ou non imposer des droits et devoirs aux robots ? Qui paiera nos impôts et notre sécurité sociale si nous sommes remplacés par des robots ? Comment la technologie contribuera-t-elle aux défis auxquels nous faisons face, tels que le vieillissement de la population, ou la hausse des coûts sanitaires ? De nombreuses questions qui requièrent d’urgence la mise en place d’un débat social.