"On instrumentalise la mort d’un enfant pour faire tourner le lobby des frontières ouvertes"

D’après le président de la N-VA, qui s’exprimait au micro de VTM, les parents de Mawda, la petite fille de deux ans tuée par une balle de la police la semaine dernière, ne sont pas que des victimes, mais portent aussi une responsabilité dans cet évènement tragique. Les déclarations de Bart De Wever ont provoqué une vague de réactions outrées. Mais le leader des nationalistes flamands estime qu’"on abuse des émotions et des sentiments à des fins politiques".

"Il y a toute une histoire concernant cette famille irakienne", a-t-il indiqué alors qu'une enquête est en cours pour élucider ce drame au cours duquel la fillette a pris une balle dans la tête, tirée par un policier. "Ils ont été demander l'asile en Allemagne. Ils sont entrés illégalement en Angleterre d'où ils ont été expulsés vers l'Allemagne. Apparemment, l'asile leur a été refusé fin de l'année dernière et depuis lors, ils ont déjà été interceptés à trois reprises dans notre pays alors qu'ils tentaient à nouveau de gagner illégalement l'Angleterre", a déclaré Bart De Wever.

"Lors d'une des interceptions, ils se trouvaient même avec leurs enfants dans un camion frigorifique. Dans ce cas, aussi tragique que soit la mort d'un enfant, et un enfant est par nature innocent, il faut aussi mettre en avant la responsabilité des parents. Ne parler de ces gens qu'en termes de victimes, je trouve que ce n'est pas correct", a ajouté le président de la N-VA.

"Je ne vois pas ce qu’il y a de polarisant à ce que je dis", s’est-il encore défendu au micro de la VRT. "Je constate qu’on réagit de façon très émotionnelle. Cela me dérange depuis des années qu’on utilise/abuse des émotions et des sentiments à des fins politiques. C’est de ça qu’il s’agit au bout du compte. Ce n’est pas la première fois qu’on instrumentalise la mort d’un enfant pour faire tourner le lobby des frontières ouvertes. Et ça me pose problème. Je l’explique toujours de façon calme et sereine. Je ne peux pas en dire autant de tout le monde dans ce débat", a conclu Bart De Wever.

Indignation générale

Les avocats des parents de Mawda n’ont pas souhaité réagir à ces déclarations. De son côté, la Ligue des Droits de l’Homme estime que Bart De Wever cherche des excuses, car c’est bien la police qui a tiré sur la gâchette. Le fait que les parents étaient prêts à des solutions aussi extrêmes prouve uniquement leur désespoir.

Au niveau politique, Kristof Calvo (Ecolo-Groen), a réagi via un tweet : "La réaction de De Wever est la plus inhumaine jamais exprimée en politique belge", a-t-il écrit. Meryame Kitir (SP.A) a également exprimé son indignation : "Les parents se sentent toujours coupables par rapport à leurs enfants quand quelque chose se passe mal ! Le pire que quelqu’un puisse faire est d’exacerber ce sentiment de culpabilité. Ça ne se fait pas".

Réactions au sein de la majorité

Au sein de la majorité, la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten a appelé à la retenue. "Pouvons-nous, au-delà des frontières qui séparent les partis politiques, réagir avec humanité, certainement lorsqu'il s'agit de drames humains?", a-t-elle demandé.

"Je viens de voir mes filles partir vers l'école. Pensées horribles que cela pourrait être la dernière fois. Celui qui perd un enfant a le droit à la compassion. Pas aux reproches. Quelles que soient les circonstances", a pour sa part réagi le président du CD&V, Wouter Beke. 

Entouré de membres de son gouvernement, le Premier ministre Charles Michel a rappelé que les enquêtes du Comité P établiront des responsabilités. "Nous devons rester le plus sereins possible et respecter l'indépendance de l'enquête", a-t-il souligné.
 

"De Wever n’avance que des faits établis"

Pour le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), qui s’exprimait au micro de l’émission de Radio 1 "De ochtend" (VRT), Bart De Wever n’avance que des "faits établis", et "c’est bon pour le débat". Le ministre ne comprend pas les critiques émises à l’égard de son président de parti. "On peut se chamailler dans tous les sens, mais lorsqu’il prend la parole, c’est soudainement un gros problème", a-t-il souligné. "Si je suis bien informé, les parents ont une certaine responsabilité à l'égard de leur enfant... c'est du moins toujours comme ça que j'ai traité mes enfants", a-t-il ajouté à son arrivée au conseil des ministres.

De son côté, le secrétaire d'Etat à l'Asile, Theo Francken (N-VA), s'est également rangé derrière les propos du président de son parti. "Je n'ai pas l'habitude de ne pas être d'accord avec Bart De Wever, vous le savez bien. Tous les éléments exposés sont corrects", a-t-il commenté. "Les parents ont pris des risques énormes", a ajouté Theo Francken. Selon les informations du secrétaire d'Etat, ces personnes sont originaires d'une région sûre d'Irak et non d'une région en guerre. "Ils doivent revenir en Irak (sur ordre) de l'Allemagne. Ce n'est pas moi qui le dit, ce n'est pas M. De Wever qui le dit, ce sont les services allemands".