Umicore opte pour la Pologne: "Un moment douloureux pour la Flandre"

C’est un coup dur pour la Région flamande : le groupe belge Umicore, spécialisé dans la technologie des matériaux et le recyclage, a finalement choisi Nysa, au sud de la Pologne, pour implanter un site de production de matériaux pour cathodes. La nouvelle constitue un revers pour Anvers qui était favorable à l'accueil d'un tel projet. L’usine de batteries rechargeables devrait engendrer la création de 400 emplois.

Nysa se trouve à proximité des clients européens d'Umicore et "donnera accès à une main-d'oeuvre technique compétente ainsi qu'à un approvisionnement en électricité à faible émission de carbone". Les batteries produites seront destinées au marché automobile européen. Cette installation, dont la mise en service est prévue fin 2020, devrait entraîner la création de 400 emplois.

Un revers pour Anvers

La nouvelle constitue un revers pour Anvers, qui était favorable à l'accueil d'un tel projet. Le port d'Anvers était notamment pressenti pour accueillir l'usine. Les syndicats ne sont pourtant pas surpris par l'annonce. "Umicore suit ses clients, et les plus importants se trouvent là-bas (en Europe centrale, NDLR)", souligne Dirk Van der Eycken, de l'ACV-CSC Metea. Selon lui, la Belgique n'a jamais constitué une possibilité réaliste.

Notre pays n'est de toute façon pas en reste. Umicore va en effet construire un nouveau centre de compétence de processus sur son site existant à Olen, où l'un de ses centres de recherche et développement les plus importants est en activité. Une vingtaine de chercheurs seront recrutés pour ce centre qui sera opérationnel fin 2019. Selon le syndicat chrétien, cette démarche est importante pour l'ancrage d'Umicore à Olen, où travaillent déjà environ 1.000 personnes.

"Une décision qui pointe les handicaps de notre région"

L’économiste d’entreprise, Leo Sleuwaegen (KU Leuven) n’est pas vraiment surpris par la décision d’Umicore. "Pour de telles entreprises de production, l’Europe de l’Est a de réels atouts, surtout au niveau des coûts salariaux, de la fiscalité, et des règlementations sur les subsides. Les entreprises internationales comme Umicore vont logiquement rechercher les conditions les plus optimales pour leur implantation. Ils ne sont en effet pas liés à un marché local spécifique", indique-t-il.

Le manque de transparence sur la politique énergétique des 10 à 20 prochaines années joue un grand rôle

Geert Noels

Pour l’économiste Geert Noels, il s’agit ni plus ni moins d’un "moment douloureux pour la Flandre". "Les entreprises ne pensent pas de façon nationaliste, et n’ont pas un réflex du chez soi. Mais lorsque les éléments sont plus ou moins en équilibre, cela peut toujours faire pencher la balance. Dans ce cas-ci, je pense que la décision montre un certain nombre de handicaps de notre région auxquels nous devons remédier", souligne-t-il.

D’après l’économiste, il est clair que la Flandre ne pourra jamais égaler la Pologne en terme de coûts salariaux. En revanche, d’autres facteurs peuvent jour. "Le manque de transparence sur la politique énergétique des 10 à 20 prochaines années, voire plus, joue par exemple un grand rôle. La politique énergétique ne donne pas confiance aux industriels lors de décisions importantes pour les prochaines décennies", explique encore Geert Noels.

Il ne faut pas pour autant tomber dans le pessimisme : "si nous devenons fatalistes, et que nous affirmons avoir définitivement perdu l’industrie de production, on ne deviendra alors plus qu’un hub logistique", conclut-il.