Charles Michel en visite à la frontière des deux Irlandes

Le Premier ministre Charles Michel (photo, centre) a fait le déplacement jeudi sur la frontière actuellement intangible entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, à Ravensdale, devenant ainsi le premier dirigeant d'un État de l'Union européenne à visiter cette frontière depuis l'annonce par le Royaume-Uni de sa volonté de quitter l'UE. La visite est plus que symbolique, alors que le Brexit menace de rétablir une frontière physique entre ces deux entités de l'île, ce que l'UE veut éviter.

A Ravensdale, à quelque 80 km au nord de Dublin, seuls un poste de douane désaffecté, un petit bureau de change et un magasin de feux d'artifices marquent encore la frontière entre les deux Irlandes.
Car leur appartenance à une Zone commune de voyage, à l'Union douanière de l'UE et au Marché unique permet depuis des décennies une circulation sans entraves aux 265 points de passage frontaliers.

Mais l'irruption du Brexit a jeté le trouble: si le Royaume-Uni assure vouloir préserver la souplesse actuelle du régime frontalier, le flou plane toujours sur sa concrétisation sur le terrain.
A Londres, le gouvernement conservateur de Theresa May maintient son intention de quitter le Marché unique et l'Union douanière, ce qui ne manquerait pas de ressusciter des contrôles aux frontières.

"Je suis heureuse que le Premier ministre belge puisse voir ici, de ses propres yeux, combien cette frontière est tranquille actuellement, et avec quelle facilité les gens et les entreprises peuvent la traverser", a souligné la ministre irlandaise du Commerce, Heather Humphreys, qui a accueilli Charles Michel sur place.

Et d'évoquer les complications en tous genres que créerait une frontière physique pour les personnes qui vivent en Irlande du Nord mais travaillent en Irlande - ou vice-versa -, voire pour celles dont le seuil de l'habitation donne sur un pays et le jardin sur l'autre.

A la tête de "Cooperation Ireland", une organisation apolitique prônant la réconciliation sur l'île, Peter Sheridan souligne la crainte, très vive selon lui dans la population, de voir une frontière physique relancer les tensions politiques entre catholiques pro-irlandais et protestants pro-britanniques.

La question est particulièrement complexe

Charles Michel

La libre circulation constitue à ses yeux une dimension essentielle de l'accord de paix du Vendredi saint (1998) pour l'Irlande du Nord. "La frontière est ici une véritable question identitaire", souligne-t-il.

Jusqu'ici, Londres n'a pas encore été en mesure d'avancer une solution aboutie. Des partisans du Brexit assurent que des solutions technologiques pourraient faire l'affaire, en garantissant un contrôle des biens sans devoir installer des infrastructures physiques. Mais la ministre Humphreys est méfiante, et réinsiste sur les tracasseries administratives que cela ne manquera pas de faire peser sur l'économie.

"La question est particulièrement complexe", commente Charles Michel, qui avait eu l'occasion la veille de rencontrer son homologue britannique Theresa May. A ses yeux, le bon sens commanderait de maintenir le Royaume-Uni dans l'union douanière, mais cela reste non-négociable pour les partisans du Brexit, qui souhaitent pouvoir conclure eux-mêmes leurs propres accords commerciaux.

Quoi qu'il en soit, toute solution devra préserver l'accord de paix nord-irlandais, rappelle Charles Michel. "L'Union européenne est un projet fondé sur la paix et la stabilité", a-t-il martelé. Le chef du gouvernement belge doit encore s'entretenir dans la journée avec son homologue irlandais, Leo Varadkar. "Avec l'Irlande, nous partageons beaucoup d'objectifs communs, et la même vision de l'avenir de l'Europe".