"Les francophones ne veulent plus apprendre le néerlandais, ils trouvent que ce n’est pas une belle langue"

En Belgique francophone, seul un élève sur trois choisi le néerlandais comme seconde langue au cours des deux premières années de l’enseignement secondaire. Il y a huit ans c’était encore un sur deux. "Le néerlandais n’est pas attrayant en Belgique francophone" a déclaré Laurence Mettewie, professeure à l’Université de Namur. De son côté, le journaliste Christophe Deborsu plaide pour une obligation du néerlandais pour les élèves du secondaire en Wallonie comme c'est le cas à Bruxelles.

Moins d’une semaine après la publication de l’ étude de la KU Leuven montrant que la moitié des élèves flamands de 6ème année n’obtenaient pas le niveau nécessaire en lecture en français, il semble à présent que de l’autre côté de la frontière linguistique, la connaissance du néerlandais soit en net recul. En 2010, 50% des lycéens des deux premières années du secondaire avaient choisi le néerlandais comme deuxième langue, aujourd’hui ce n’est plus que 35%.

Le néerlandais n'est pas assez attrayant

"Nos recherches montrent que le néerlandais n’est pas très attrayant en Belgique francophone", a déclaré Laurence Mettewie lors de l’émission "De wereld vandaag" sur Radio 1 (VRT) . Laurence Mettewie est professeure à l’université de Namur et effectue des recherches sur la connaissance du néerlandais en Wallonie.

"Ce n’est pas nouveau, c’est comme cela depuis 20 ans. Les élèves francophones trouvent toujours que le néerlandais n’est pas une belle langue. S’ils ont conscience qu’elle est utile et qu’ils en auront besoin dans leur carrière professionnelle, la manière dont ils perçoivent cette langue continue de déterminer leur choix"
 

Encourager les contacts entre les deux communautés

Laurence Mettewie voit tout de même une signe positif. "Nous constatons que les élèves de Belgique francophone qui entretiennent de bons contacts avec des élèves néerlandophones de Flandre ont une meilleure image du néerlandais et trouvent cette langue plus attrayante. Ils voient aussi moins de conflits entre francophones et néerlandophones. La solution réside donc, en partie, dans des contacts plus intensifs et de bonne qualité entre jeunes des deux groupes linguistiques".

Contrairement au français en Flandre, le néerlandais n’est pas obligatoire dans l’enseignement en communauté française de Belgique. Il existe cependant une spécificité bruxelloise, prévue par la loi linguistique de 1963, qui rend obligatoire l’apprentissage du néerlandais dans la capitale. Mais selon Laurence Mettewie cela ne servirait pas à grand-chose de le rendre obligatoire en Wallonie. "L’imposer ne serait pas une solution. Nous devons le rendre plus attrayant et plus intéressant. Dans les écoles où je vais j’essaie de montrer que la communauté flamande a beaucoup à offrir. Je mets mes élèves en contact avec la langue néerlandaise par le biais de programmes tv, de films, de musique ou de littérature".
 

J'ai honte

Christophe Deborsu

"Je trouve cela scandaleux" a déclaré de son côté le journaliste Christophe De Borsu lors de l’émission "De afspraak" (VRT), à propos de la connaissance du néerlandais en communauté française. "J'ai honte. Je suis toutefois partisan d'une obligation de l'enseignement du néerlandais en Belgique francophone, mais je crains qu'il ne soit trop tard. Un directeur d'école m'a dit récemment que cela déclencherait une révolution parmi ses élèves. Ils préfèrent apprendre l'anglais et oublient apparemment que le néerlandais est la première langue parlée en Belgique".

"Le problème est aussi politique avec un parti séparatiste comme la N-VA. Avec tout le respect que je dois à la N-VA, qui est un parti démocratique, mais avant sa percée en 2010, la moitié des élèves francophones de Belgique choisissaient le néerlandais, maintenant c'est un tiers. Beaucoup de gens pensent que cela ne sert à rien et que la Belgique va bientôt disparaître. Alors pourquoi devraient-ils apprendre l'autre langue ? Et pour la N-VA c'est du pain béni".