Un centre psychiatrique à Zelzate met ses patients et visiteurs sur écoute

Dans l’aile Levanta du centre psychiatrique Saint-Jean-Baptiste de Zelzate, réservée aux femmes internées et davantage sécurisée, tant les patientes que les visiteurs sont mis sur écoute. C’est ce qu’indique ce mardi le quotidien De Morgen sur base d’un rapport de l’Inspection flamande des soins, qui a été confirmé à la rédaction de la VRT. Des enregistrements vidéo et audio des conversations des patientes avec leurs proches, le médiateur ou les avocats seraient une "routine "

Les services d'Inspection flamande des soins se sont rendus sur place à Zelzate (Flandre orientale) après un article paru en avril dans le quotidien De Morgen. Il était alors ressorti que le nombre de personnes isolées dans l'aile Levanta - une unité médico-légale du centre psychiatrique - était très élevé. Un manque total d'intimité avait également été mis au jour.

Différentes sources faisaient état de caméras de surveillance et d'enregistrements dans les pièces privées, où les patients rencontrent leurs familles. La clinique avait confirmé la présence de caméras dans les espaces de visite. Le médecin en chef avait par contre nié les enregistrement audio.

Le rapport de l'Inspection des soins contredit aujourd'hui ses affirmations. "Nos inspecteurs ont constaté des faits sur place", indiquait Carmen De Rudder de l’Inspection à la VRT. "Un de ces faits est que la surveillance caméra dans la salle des visites peut aussi enregistrer les conversations. Ces enregistrements ne peuvent en outre être stoppés qu’à la demande d’un avocat et lorsqu’il n’y a pas de danger pour la sécurité".

Les prestataires de soins que les inspecteurs ont rencontré ont admis que les retransmissions audio étaient toujours utilisées pour des "raisons de sécurité". "L'écoute des conversations entre patients et visiteurs est donc possible et appartient dans la pratique à la routine", stipule le rapport d’Inspection.

Atteinte à la vie privée

L’avocate Kati Verstrepen (photo), spécialisée dans les droits de l’homme, souligne dans De Morgen que ces écoutes portent une atteinte grave à la vie privée et aux droits des patients.

Des collaborateurs de Levanta soulignent que le système a été signalé auprès de l’ancienne Commission de protection de la vie privée. Mais d’après Willem Debeuckelaere, ancien président de cette commission, le fait de l’avoir signalée n’équivaut pas à une autorisation de cette pratique. Il juge « problématique » l’écoute des conversations dans la salle des visites, même sous prétexte de sécurité.

"Pour mettre quelqu’un sur écoute, il faut réellement pouvoir prouver que c’est nécessaire dans ce cas spécifique. En plus, ce système permettrait aussi d’écouter les conversations entre avocats et clients, ce qui est inadmissible. Ce genre de conversation doit rester secret".

Nous effectuons du travail de pionnier depuis 2016

Eddy Impens, directeur

Le directeur du centre psychiatrique, Eddy Impens, estime que les informations concernant Levanta sont exagérées. "Tout contexte, toutes explications et nuances sont absents des rapports. Nous effectuons du travail de pionnier depuis 2016. Pareils rapports sont aussi un coup dur pour le personnel qui donne chaque jour le meilleur de lui-même".

Il souligne que "la sécurité des patients et des visiteurs passe avant tout. Une fois que les visiteurs ont passé le contrôle de sécurité, nous ne sommes pas toujours présents pour maintenir tout à l’œil. Nous ne pourrions alors pas faire notre travail. C’est pourquoi nous utilisons le système des caméras". Le directeur reconnait que cette pratique doit être clarifiée du point de vue juridique.

Une rencontre entre la direction et l’Agence flamande pour les soins et la santé est prévue prochainement.