Kazerne Dossin

"Shoah et BD", comment traduire l’indicible en images

L’exposition "Shoah et BD" qui vient d’ouvrir ses portes au musée de l’holocauste, à la caserne Dossin à Malines (Anvers), donne un aperçu de la représentation de la Shoah dans le 9ème art au cours des 75 dernières années. Au total, l’exposition regroupe plus de 200 créations, explications à l’appui, le tout sur deux étages du musée.

Cette exposition poignante "Shoah et bande dessinée" a été conçue et présentée l’année dernière au Mémorial de la Shoah à Paris. La version présentée à la caserne Dossin a été complétée par un volet belgo-néerlandais spécialement conçu pour cette exposition.

On peut notamment y découvrir des œuvres de Michel Kichka, Marc Verhaegen Marvano ou Jean-Philippe Stassen mais aussi d’autres dessinateurs ou auteurs classiques de la BD franco-belge comme Jean-Michel Charlier, qui a créé la série des "Les Belle Histoires de l’oncle Paul" dessinée par Jean Graton. Tibet, le père de Chick Bill, ou Jan Bucquoy, scénariste de l’inspecteur Jaunes, dessiné par Tito sans oublier Franquin qui a notamment repris les aventures de Spirou.

Kazerne Dossin

Comment le talent des auteurs de BD s'est-il déployé pour traduire l'indicible en images ?

Les artistes n’ont que tardivement pris conscience de la Shoah, pour la plupart d’entre eux après la guerre, et encore, sans chercher à entrer dans les détails.

S’il y a bien sûr Maus, le chef d’oeuvre de l’américain Art Spiegelman, paru en 1986, beaucoup seront surpris l’originalité des bandes dessinées qui traitent de la Shoah depuis la guerre.

La bande dessinée s’est logiquement emparé de l’impératif du "Devoir de mémoire". Des albums ont été spécialement conçus pour exercer l’intelligence des plus jeunes, le plus souvent à travers des récits centrés précisément sur le destin des enfants, victimes par excellence de la Shoah. Des histoires d’enfants victimes ou cachés, des récits de vie fictionnels comme (auto)-biographiques ont ainsi vu le jour.

La tardive mais véritable consécration de la Shoah dans la BD ne cessera plus d’inspirer de nombreux nouveaux auteurs, notamment avec le succès des romans graphiques, offrant des variations de plus en plus subtiles.

L’album "Deuxième Génération – Ce que je n’ai pas dit à mon père" (2012) de Michel Kichka est ainsi un récit autobiographique à travers lequel l’auteur belgo-israélien retrace ses relations avec son père rescapé des camps de concentrations. Ce sont des instantanés décisifs d'une enfance, d'une jeunesse et d'une vie passées dans l'ombre de la Shoah, de la Belgique à la terre promise, entre cauchemars et souvenirs drôles teintés d’humour juif.

L’exposition "Shoah et BD" se tient à la caserne Dossin à Malines jusqu’au 22 avril 2019.

Un mémorial, un musée et un centre de documentation

L’ancienne caserne Dossin était durant la seconde guerre mondiale un "Sammellager", un camp de rassemblement pour les Juifs et Tziganes. La situation centrale de la caserne (exactement à mi-chemin entre Anvers et Bruxelles, où vivent la plupart des Juifs), les voies ferrées passant juste à côté et sa structure fermée en font un centre de déportation idéal pour les nazis.

Entre juillet 1942 et septembre 1944, 25 274 Juifs et 354 Tziganes y sont rassemblés pour être envoyés à Auschwitz-Birkenau et dans d'autres camps plus petits. Deux tiers des déportés sont gazés dès leur arrivée. Au moment de la libération des camps, seuls 1395 d'entre eux sont encore en vie.

Aujourd’hui l'ancienne caserne est devenue un lieu de mémoire. Un nouveau bâtiment a été inauguré en face en 2012. Le site accueille donc à la fois, un mémorial, un musée et un centre de documentation sur l’holocauste et les Droits de l’homme.