Une journée avec les migrants du parc Maximilien: "Nous ne sommes pas ici pour vous attaquer"

Au cœur de Bruxelles, le parc Maximilien abrite aujourd’hui encore des centaines de migrants et de réfugiés. Certains d’entre eux ont déjà reçu un avis négatif après avoir demandé un permis de séjour dans un autre pays. D’autres n’ont pas encore fait une telle demande, et envisagent de solliciter l’asile en Belgique. Beaucoup s’y trouvent toutefois dans l’espoir de pouvoir gagner la Grande-Bretagne. Pour mieux comprendre leur situation, le journaliste de la VRT, Majd Khalifeh, est allé à la rencontre de ces personnes. Muni de son smartphone, il a recueilli leurs témoignages.

Majd Khalifeh a passé une dizaine d’heures dans le parc. Seule une dizaine de personnes ont accepté de se confier à lui. Premier constat du journaliste : la diversité de ces personnes, que ce soit au niveau de leur origine, du chemin qu’elles ont parcouru, de leur situation ou de leur objectif. "Beaucoup veulent effectivement rejoindre la Grande-Bretagne. Mais j’ai aussi remarqué que ces personnes sont nombreuses à être peu, voire pas du tout informées sur la procédure d’asile en Belgique", raconte Majd Khalifeh au micro de Radio 1 (VRT).  

Au cœur du petit espace vert, situé juste en face de l’Office des étrangers, le reporter de la VRT a rencontré Hagos, un Erythréen de 25 ans. Le jeune homme, ancien étudiant en philosophie, refuse de se faire filmer, car sa dernière intervention à la BBC a engendré des représailles d’un groupe armé en Lybie. Hagos raconte le chemin qu’il a parcouru avant d’arriver en Belgique : la Lybie, où il a passé 4 mois derrière les barreaux et où il a été victime de travail forcé, et ensuite le naufrage, en mer Méditerranée, du navire dans lequel il se trouvait, et suite auquel une trentaine de personnes ont péri.

Traumatisé par son expérience, le jeune homme séjourne depuis trois semaines au parc Maximilien. "Nous ne sommes pas ici pour vous attaquer, pour vandaliser ou détruire vos biens", déclare-t-il. "Nous tentons juste l’unique chance que nous avons de nous faufiler vers l’Angleterre", 

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De nombreux mineurs non-accompagnés

Le journaliste du service public flamand a également pu constater la présence de nombreux mineurs au sein du parc. "Heureusement, certaines jeunes femmes mineures sont accueillies pour la nuit dans des familles belges", explique-t-il. "Elles sont toutefois ramenées au parc en matinée pour y passer la journée".

Les autorités belges tiendront-elles compte du fait que j'ai fui la Syrie? 

Maria (16 ans, de nationalité érythréenne)

C’est notamment le cas de Maria, une Erythréenne âgée de 16 ans. La jeune fille travaillait comme employée de maison au sein d’une famille en Syrie. Lorsque la guerre a éclaté, ses employeurs l’ont laissée sur place pour eux-mêmes partir se réfugier au Liban. Maria a alors pris la route vers la Turquie, d’où elle a pris un bateau pour la Grèce. Un voyage qui l’a finalement menée vers la Belgique. 

Contrairement à d’autres migrants, le jeune fille ne cherche pas à rejoindre la Grande-Bretagne. Elle se pose toutefois des questions quant à une éventuelle demande d’asile : "les autorités belges tiendront-elles compte que j’ai fui la Syrie ? Ou bien vont-elles me renvoyer en Erythrée, où je n’ai pas non plus d’avenir… ?". 

Après s’être fait interpellé par la police alors qu’il avait grimper dans un camion pour tenter de passer de l’autre côté de la Manche, un Soudanais mineur d’âge s’est retrouvé dans un bureau de l’Office des étrangers. "J’y ai reçu un document qui me garantit une protection en tant que mineur en Belgique", affirme-t-il. Après avoir inspecté la feuille, Majd Khalifeh constate qu’il s’agit en fait d’un renvoi vers le centre d’accueil pour mineurs non-accompagnés de Sugny, près de la frontière française. "Ce n’est donc pas un document de protection ?", demande-t-il étonné au journaliste. "C’est pourtant ce que j’avais compris", ajoute-t-il. Une explication semble révéler la raison de ce malentendu : le jeune Soudanais n’a pas été assisté par un interprète lors de son entretien avec l’Office des étrangers.