Près d’un million de Flamands habitent dans de l’air très pollué

Si l’on en croit les résultats de l’opération citoyenne CurieuzeNeuzen - au cours de laquelle quelque 20.000 Flamands ont accepté de mesurer la qualité de l’air et les concentrations de dioxyde d’azote dans leur rue pendant le mois de mai dernier -, dans un tiers des communes de Flandre les normes européennes de pollution seraient dépassées. Près d’un million de Flamands résident ainsi dans un environnement très pollué, et à Anvers la situation serait même dramatique.

A quel point notre air est-il sain ? C’est la réponse que voulaient avoir les initiateurs du projet à participation citoyenne CurieuzeNeuzen (traduisez par "nez curieux" en français), à savoir le quotidien De Standaard, l’Université d’Anvers et la Société environnementale flamande. Quelque 20.000 Flamands ont participé à l’échantillonnage en plaçant à leur fenêtre deux petites éprouvettes. Celles-ci permettaient de mesurer la concentration dans l’air de dioxyde d’azote (NO2).

Le dioxyde d'azote est un composé chimique qui se trouve dans les gaz d'échappement des véhicules. C'est un bon indicateur de la pollution due au trafic automobile. La valeur la plus basse a été mesurée à Rémersdael, dans la commune de Fourons (10,9 µg/m3 - microgramme par mètre cube d'air), tandis que la valeur la plus élevée a été enregistrée le long d'un important croisement à Houthalen-Helchteren (75,3 µg/m3) dans le Limbourg.

La concentration moyenne pour tous les points de mesure est de 22 µg/m3, ce qui est relativement bon. "La majorité des Flamands habite dans des endroits où l'impact de la circulation sur la qualité de l'air est limité", indique Filip Meysman de l’Université d'Anvers, qui a apporté un accompagnement scientifique au projet. Mais le tableau est plus nuancé.

A part quelques oasis d'air pur - dans le Hageland et en Hesbaye, en Campine limbourgeoise, à Fourons, dans les Ardennes flamandes et le Pajottenland -, d'autres endroits font exploser la norme européenne. Cette dernière, sur laquelle se base aussi l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est de 40 µg/m3. Un dépassement a été mesuré dans un tiers des communes de Flandre.

Près de 4 millions de Flamands habitent dans de l’air de qualité moyenne ou médiocre

Il apparait ainsi que 3,9 millions de Flamands résident actuellement dans une zone contenant plus de 20 microgrammes de dioxyde d’azote par mètre cube d’air. Et près de 813.000 Flamands vivent dans une zone qui contient plus de 30 microgrammes.

Et 150.000 Flamands habitent dans un environnement où les 40 microgrammes par mètre cube sont dépassés, ce que l’OMS qualifie de "qualité inacceptable de l’air".

En Flandre, la moyenne est de 22,8 microgrammes, mais on note des différences significatives. Dans les villes, la qualité de l’air varie entre moyenne et très mauvaise. C’est avant tout à Anvers que la situation est dramatique. Nulle part, les mesures n’y ont fait état de bonne qualité de l’air. Et dans près de 32% de points de mesure, la limite de 40 microgrammes est dépassée.

Des concentrations particulièrement élevées - soit plus de 60 microgrammes - ont même été recensées le long des grands boulevards d’Anvers (les Leien), dans le Turnhoutsebaan et autour de l’hôpital du Stuivenberg.

Le fait que les villes soient polluées n’est pas vraiment une surprise, en raison de trafic dense. Dans les rues étroites, la pollution peine à se dissiper. C’est notamment le cas à Alost, où 37% des points de mesure attestaient d’une telle situation. La ville de Flandre orientale enregistre le plus mauvais score à cet égard, suivie par Bruges et Anvers, et Gand à la 6e place.

Feux rouges et manque de circulation

Mais il n’y a pas que les villes qui enregistrent de mauvais résultats en Flandre. Même dans certaines petites communes le seuil de pollution acceptable est dépassé. Cela provient essentiellement d’un manque de fluidité de la circulation routière. Les feux rouges, ronds-points et carrefours forcent les véhicules à s’arrêter et redémarrer sans cesse, ce qui crée davantage de pollution. Ce qui fait monter en flèche les concentrations de dioxyde d’azote notamment à Wuustwezel, Opglabbeek, Lierre et Dixmude.

Parmi les "points noirs" sur la carte de Flandre l’étude pointe Houthalen-Helchteren dans le Limbourg. Au croisement entre la Grote Baan et le périphérique, les plus hautes concentrations de NO2 de Flandre ont été mesurées, à savoir 75,3 microgrammes par m³.

Certaines villes sont aussi des points noirs, comme Gand, dont le centre - qui possède depuis peu un nouveau plan de circulation excluant les véhicules par endroits - enregistre cependant d’assez bons résultats. Mais ailleurs dans la cité, des pics de 70 microgrammes ont été mesurés. Même scénario autour d’Ostende, Bruges et Malines.