De la viande d’espèces animales menacées toujours vendue impunément à Bruxelles

Pour l’organisation de défense animale GAIA, le trafic illégal de viande d’animaux sauvages vers notre pays n’est pas neuf. "Dès 1991, nous avions déjà dénoncé le fait que de la viande d’animaux sauvages était vendue à Bruxelles. Aujourd’hui cela se fait plus discrètement mais en fait en 30 rien n’a apparemment changé. Les contrôles restent le point le plus vulnérable" a déclaré le président de GAIA Michel Vandenbosch après la diffusion mercredi soir du reportage du magazine Pano sur la VRT.

Chaque année des dizaines de tonnes de viande d’animaux sauvages pénètrent dans notre pays via l’aéroport de Zaventem. Le reportage de Pano mettait en évidence le trafic illégal de « viande de brousse ». Dans le quartier Matongé, à Bruxelles, de la viande d'espèces animales menacées est ainsi vendue, révèle le documentaire. Et la viande vendue n'est pas toujours celle que le consommateur croit acheter.

Les équipes de la RTBF et de la VRT ont trouvé de la viande de brousse, sous caméra cachée. Elles l'ont ensuite fait analyser par l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique. La viande, vendue comme de l'antilope, appartenait en réalité à une autre espèce: du singe à queue rouge. Ce dernier bénéficie d'un programme de conservation. Il a donc été illégalement abattu.

Le journaliste de la VRT, Stijn Vercruysse, s'est également rendu au Congo. A Kisangani, il a réussi à acheter du chimpanzé, une espèce protégée. Il est ensuite revenu avec cette viande dans ses bagages, sans être inquiété par les douanes belges.

Plus de 3 millions de tonnes de viande de brousse capturées chaque année

"Deux tiers du nombre d'animaux sauvages a déjà disparu du bassin congolais", déplore Sofie Ruysschaert, experte Vie sauvage au WWF-Belgique. "Dans certaines régions, des espèces de primates, comme les grands singes, ont déjà disparu localement." Ce qui menace toute la biodiversité, "avec le développement du syndrome des 'forêts vides', conséquence de la disparition d'espèces clés dans les écosystèmes", prévient l'ONG de défense de l'environnement. Le WWF estime que chaque année, plus de trois millions de tonnes de viande de brousse sont captuées dans la forêt tropicale congolaise.

Cette viande peut également présenter un risque sanitaire en Europe. "Il se peut qu'une maladie tropicale telle qu'Ebola soit ainsi importée", avertit le professeur de biologie Herwig Leirs de l'Université d'Anvers, dans l'émission Pano. "Le risque est maigre mais les conséquences sont potentiellement énormes.

Un trafic que dénonce GAIA depuis 1991

Pour Michel Vandenbosch, président de GAIA, le commerce de viande d'animaux sauvages n'est pas quelque chose de neuf. "Dès 1991, nous avions montré avec GAIA que la viande d'animaux sauvages était vendue dans le quartier de Matongé à Bruxelles. Des morceaux de singe étaient même exposés dans des présentoir.s Aujourd'hui, c'est plus discret, mais en près de 30 ans, rien n'a apparemment changé", a-t-il déclaré dans "De ochtend" sur Radio 1 (VRT). "C'était déjà illégal à l'époque, mais ça continue. Le problème du contrôle demeure".

Les contrôles à l’aéroport de Zaventem est le point faible. "Parfois, de la viande est confisquée, il y a des amendes, mais en fait, vous ne risquez pas grand-chose. J'aimerais aussi qu'une enquête soit menée sur ce qui passe par la voie diplomatique. Les diplomates sont inviolables. Il y a un peu de contrebande, sur commande, vous pouvez obtenir à peu près n'importe quoi, tout le monde le sait. Je n'en ai aucune preuve, mais une enquête serait appropriée".
 

AP2004