Le film "Ne tirez pas" pose problème à la fille d'une des victimes des tueurs du Brabant

La première représentation film "Niet schieten" (Ne tirez pas),  du réalisateur flamand Stijn Coninx, a eu lieu mercredi soir à Anvers. Pour notre collègue et journaliste judiciaire Caroline Van den Berghe (VRT) qui suit depuis des années le dossier des tueurs du Brabant, ce film était nécessaire pour que les victimes ne soient pas oubliées. Un avis que ne partage pas Nathalie Palsterman, la fille d’une des victimes qui a des sentiments mitigés envers ce film.

Le film de Stijn Coninx est basé sur le livre "Niet schieten, dat is mijn papa! " de David Van de Steen qui a perdu ses parents et sa sœur dans l’attaque du Delhaize d’Alost en 1985, dernier forfait attribué aux Tueurs du Brabant. David Van Steen était âgé de 9 ans au moment des faits et a été blessé physiquement et mentalement. Plus de trente ans plus tard, l’histoire de David n’est pas seulement d’importance historique, mais reste aussi très actuelle.

Mais alors que David Van Steen soutient ce film et était présent lors de la première à Anvers, Nathalie Palsterman, qui a perdu son père le 9 novembre 1985 dans le Delhaize d’Alost, émet de grandes réserves et a des sentiments mitigés.
"Il s’agit d’un film de fiction qui a bénéficié de subventions" a-t-elle déclaré mercredi soir lors de l’émission "De afspraak" (VRT). "Cela me pose un grand problème, j’estime qu’une telle chose n’aurait pas dû se faire. Les subventions ont été obtenues en 3 ans alors que l’aide financières pour les proches des victimes n’a pas encore été versée depuis 32 ans. Comment est-ce possible?"

Nathalie Palsterman émet des réserves également sur le contenu même du film notamment parce que certaines scènes évoquent de mauvais souvenirs pour elle ou s'approchent trop de la réalité alors qu'il s'agit d'une fiction. Mais c'est surtout le marketing qui entoure le film qui lui pose le plus de problèmes. "Les gens ont droit à 2 tickets de cinéma gratuits s'ils placent un autocollant de "Ne tirez pas" sur leur voiture. Je ne peux pas passer dans une rue d’Alost sans voir cet autocollant".
 

"Pour que les victimes ne soient pas oubliées"

Pour la journaliste Caroline Van den Berghe cependant ce film était nécessaire car le risque est grand que le dossier des Tueurs du Brabant ne tombe dans les oubliettes. "Comment les victimes peuvent-elles vivre depuis 30 ans avec les mêmes questions ? Qui sont les auteurs et pourquoi ? C’est quelque chose d’à peine imaginable. Or c’est la réalité que l’on voit dans le film de Stijn Coninx. La lutte de David Van de Steen et de ses grands-parents. Un combat contre la douleur et le chagrin. Une recherche incessante de la vérité. Il y a eu 28 morts et des douzaines de blessés dans les attaques de la Bande du Brabant, comment se fait-il que la justice ne parvienne toujours pas à trouver les auteurs ? C'est une honte, c'est aussi le message du film. Une mise en accusation d'une tel échec, qu'il soit voulu ou non, c’est en tous cas une des pages les plus sombres de notre histoire de Belgique", écrit Caroline Van den Berghe sur VRT NWS.

"Et même si certaines personnes ont un avis partagé sur le film. C’est une bonne chose qu’il ait été réalisé. Parce que les victimes ne doivent jamais être oubliées."
 

Wim Kempenaers