Suspicion de fraude dans le milieu du football : ce qu’en dit la presse flamande

L'enquête sur des soupçons de fraude dans les hautes sphères du football s'apparente à un coup de pied dans la fourmilière qui peut s'avérer salutaire, estiment les éditorialistes belges. Au nord comme au sud du pays, les constats des éditorialistes sont sévères.  

"Opération mains propres", "magouilles dans le foot", "bombe judiciaire"... les mots sont durs. Le football belge se réveille groggy au lendemain de l'important coup de filet de la justice dans le cadre d'une affaire présumée de blanchiment d'argent et corruption privée. Mercredi, une quarantaine de perquisitions ont été menées en Belgique et plusieurs figures importantes du football ont été interpellées, dont l'un des agents de joueurs les plus influents du pays, Mogi Bayat, l'ancien manager d'Anderlecht, Herman Van Holsbeeck, l'entraîneur du club vainqueur du dernier championnat, Ivan Leko, et deux arbitres de premier plan.

Des mots durs

"De foute makelaars moeten eruit" ("Les agents fautifs doivent dégager"), "Ons voetbal is rot" ("Notre football est pourri"), "Gerecht tackelt voetbal" ("La justice tacle le football")... les constats de la presse flamande sont sévères.

L’éditorialiste du Morgen, Bart Eeckhout, pointe le fait qu’en Belgique, le secteur du football profite de règles sociales et fiscales très favorables. "S’il s’avère qu’une partie de ces avantages financiers disparaissent dans des comptes voilés, on pourra clairement parler d’un grave problème moral".

Het Nieuwsblad se penche, lui, sur le rôle des arbitres. "Le dernier symbole d'intégrité dont jouissait encore le monde du football est discrédité", dit le quotidien, qui voit dans cette affaire une "catastrophe pour le sport".

Pour Jan Segers, du quotidien Het Laatste Nieuws, il est encore trop tôt pour pouvoir juger qui est coupable et qui ne l’est pas. "Mais si les marges sur tous ces transferts sont si importantes, pourquoi les autorités concèdent-elles des avantages fiscaux à nos clubs ? Supprimons ces petites faveurs". L’éditorialiste parle par ailleurs de fake foot. "Bien sûr, il y a de plus grandes injustices dans ce monde. Mais le plus beau sport du monde mérite d’être joué de façon honnête".

Selon Inge Ghijs du Standaard, cette enquête constitue aussi un plaidoyer en vue de continuer à développer le système d’assistance vidéo à l’arbitrage. "Il est urgent d’établir un code éthique pour les arbitres, car pour l’instant ils peuvent tout se permettre", conclut-elle. 

Remise en cause du système

Pour les quotidiens francophones, c'est tout le "système" du foot belge qui pose question. Il est "opaque, non régulé, propice à tous les excès et toutes les dérives", écrit Le Soir. "Dans le foot belge, il n'y a qu'une règle, c'est qu'il n'y a pas de règles", avance le journal, citant un "insider lucide".

Ce dossier met au jour la relation entre dirigeants de clubs et agents de joueurs, estime La Libre, qui souligne "les dérives d'un football professionnel devenu un énorme marché mondial où tout, à commencer par les hommes, s'achète, se vend, se négocie". "Au milieu de tout ce jeu détestable, le public naïf des fans qui croient encore, envers et contre tout, à la beauté du sport et demeure prêt à payer (cher) pour applaudir les stars du ballon rond", dit La Libre, évoquant aussi le rôle des journalistes: "Un public dont nous faisons partie, nous qui sommes trop souvent enclins à fermer les yeux sur des dérives pourtant insupportables."

La Dernière Heure va plus loin en évoquant un "système Mogi Bayat", ce numéro un du milieu en Belgique devenu quasi incontournable auprès de nombreux clubs. "La justice va s'atteler à dépatouiller ce panier de crabes."

Le travail des enquêteurs est d'ailleurs applaudi par L'Echo: "Soyons fiers de ces enquêteurs, de ces magistrats qui - avec des salaires de misère - luttent contre la corruption qui assassine ce grand sport populaire. On a suffisamment tapé sur la tête du parquet fédéral ces dernières années - entre autres au moment des attentats de Bruxelles - pour reconnaître aujourd'hui que ces gens effectuent un travail remarquable."