Fin de la plus longue période sans élections depuis 20 ans

Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche à 8h du matin dans les 589 communes du royaume. Plus de 8 millions d'électeurs sont appelés à renouveler 581 conseils communaux (en Flandre, 15 entités fusionnent pour en former 7 nouvelles), ainsi que les 10 conseils provinciaux pour ceux qui habitent en Flandre ou en Wallonie.

En Wallonie, où l'on vote sur papier à l'exception de la Communauté germanophone (vote électronique), les bureaux fermeront partout à 13h. Ce sera également le cas dans les communes de Flandre où l'on vote sur papier. Mais dans les 163 communes flamandes où le vote est électronique, l'ouverture des bureaux est prolongée jusqu'à 15h.

Quant aux électeurs des 19 communes de la Région bruxelloise, ils ne votent que pour l'échelon communal, en l'absence de province. Ils peuvent pour leur part accomplir leur devoir civique jusqu'à 16h, tous de manière électronique. Au total, 8.135.774 électeurs sont appelés aux urnes, dont 130.559 non-Belges inscrits, qui ne peuvent voter que pour les communales.

La diversité du pays se traduit dans plusieurs spécificités locales. Ainsi à Anvers, les électeurs doivent aussi renouveler les conseils de districts, niveaux administratifs infra-communaux. Dans huit communes à facilités (les six de la périphérie bruxelloise, plus les Fourons et Comines-Warneton), les citoyens élisent directement les conseillers de CPAS.

A Zuienkerke (Flandre occidentale - photo), le scrutin communal n'aura tout simplement pas lieu, car une seule liste y a été présentée. Les candidats sont donc immédiatement élus et désigneront entre eux le bourgmestre. Ce sera le bourgmestre sortant, ont-ils déjà annoncé. La procédure n'est pas la même au sud du pays: dans les six communes wallonnes à liste unique (Verlaine, Attert, Vaux-sur-Sûre, Chiny, Rouvroy et Bièvre), le passage dans l'isoloir reste nécessaire pour permettre de désigner comme bourgmestre le candidat ayant récolté le plus de voix, conformément à la législation régionale.

Quatre ans sans scrutin

Ces élections mettent fin à une période de quatre ans sans scrutin, ce qui ne s'était plus produit depuis près de 20 ans.

Le scrutin local obéit à des enjeux locaux et à des stratégies qui ne correspondent pas nécessairement aux stratégies nationales. Il est pourtant de toute première importance car il assure aux partis un ancrage précieux à un échelon du pouvoir proche du citoyen. C'est là que le contact avec celui-ci est le plus direct, que les problèmes sont les plus pratiques voire terre-à-terre, c'est là que la politique s'exerce souvent presque bénévolement mais aussi que bon nombre de personnalités se constituent un fief qui leur assure des voix et leur permet de se projeter vers un échelon supérieur, ou au contraire de se replier en cas de déconvenue.

En Wallonie et à Bruxelles, deux séries d'affaires touchant le niveau local et provincial ont marqué la législature: le scandale Publifin, d'un côté, celui du Samusocial de l'autre. L'ensemble de la classe politique a été éclaboussée même si les affaires ne concernaient que quelques mandataires. Au-delà des réformes auxquelles ils ont donné lieu, ces dossiers ont éclairé d'une lumière crue une certaine façon d'exercer le pouvoir et le fonctionnement des structures supra-locales: concentration du pouvoir entre les mains de quelques-uns, indéboulonnables, indemnités sans rapport avec la tâche remplie, attribution opaque des mandats. L'ouverture et le label "citoyen" semblent depuis lors à la mode dans la confection des listes. Les années qui suivent marqueront-elles un changement?

En avril 2017, le président du PS, Elio Di Rupo, entrevoyait une évolution vers un modèle suédois, plus transparent, avec moins de cumul mais où le mandataire qui sacrifie tout à sa carrière politique aura cédé la place à un mandataire plus soucieux de l'équilibre entre sa vie privée et sa vie publique.

A l'échelon local, les clivages politiques ne sont pas le reflet de la scène nationale. Les listes du bourgmestre ou d'intérêts communaux qui intègrent souvent différentes tendances en sont l'illustration. Les alliances aussi sont multiples. Elles permettent toutefois de prendre la température des relations entre les partis. S'ils s'écharpent aux étages supérieurs, PS et MR ne rechignent pas à s'allier dans les communes et provinces et l'après-scrutin de dimanche ne devrait pas faire exception à la règle.

Bruxelles-Ville et Liège seront scrutées avec intérêt. Quel prix paiera le CDH après avoir évincé le PS en Wallonie? Son éviction de Charleroi est vraisemblable. Son déclin à Liège pourrait marquer la fin d'une alliance de 30 ans avec le PS. Ecolo pourrait poursuivre son implantation locale et gagner des maïorats, ou à tout le moins fournir l'appoint nécessaire à des majorités.

Deux partis vont aussi tenter de (mieux) s'installer. Le PTB profitera-t-il de sa notoriété fédérale pour étendre un maillage local encore faible, voire entrera-t-il dans des "alliances de gauche" avec socialistes et écologistes? Et DéFI joue une carte importante: les ex-FDF, affranchis du MR, essaient non sans mal de s'implanter également en Wallonie. Quant au PP, il espère être la surprise des prochaines élections en profitant de la vague populiste en Europe.

En Flandre les enjeux prennent un tour plus national

La N-VA veut devenir le premier parti local après avoir conquis les autres échelons du pouvoir et supplanter ainsi définitivement le CD&V. Le jeu des alliances sera crucial. Les nationalistes flamands vont-ils favoriser les alliances de leurs adversaires là où ils sont menaçants? Ou au contraire provoquer un basculement de certaines localités en ralliant d'autres partis, en particulier l'Open VLD ?

Le SP.A joue une partie serrée dans un contexte européen de crise des partis sociaux-démocrates. La perte de plusieurs bastions, après Anvers en 2012, pourrait être un coup très dur. Anvers concentrera toutes les attentions. Le président de la N-VA, Bart De Wever (photo archives, à dr.), brigue un second mandat de bourgmestre, de préférence en renouvelant son alliance avec l'Open VLD et le CD&V. Or, selon les derniers sondages, la coalition ne pourrait être reconduite. La métropole risque de s'enfoncer dans de difficiles négociations.

L'attitude de l'un des partenaires sera particulièrement observée: le CD&V qui a dépêché dans la métropole le vice-Premier ministre Kris Peeters (photo archives, à g.) pour tirer la liste. Cette venue ne semble pas susciter un grand engouement populaire mais les chrétiens-démocrates tiennent peut-être l'occasion soit de faire payer cher leur soutien au président des nationalistes, soit de signifier une rupture qui pourrait être lourde de conséquences aux autres échelons de pouvoir.