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Catalogne : l’Espagne rompt ses relations avec la Flandre

L'Espagne a levé le statut diplomatique du délégué du gouvernement flamand à Madrid. La décision intervient après les déclarations du président du Parlement flamand Jan Peumans (N-VA). Ce dernier aurait "insulté" l'Espagne dans une lettre adressée à Carme Forcadell, l'ancienne présidente du Parlement catalan actuellement en détention, provoquant ainsi la colère de Madrid. D’après un quotidien espagnol, Peumans aurait également comparé l’Espagne à la Bosnie des années 90 lors de l’ouverture d’une exposition au Parlement flamand. Une information qui aurait précipité la décision des autorités espagnoles. Le principal intéressé dénonce la mesure espagnole et parle d'un "grossier mensonge". 

Selon un communiqué, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, cesse "de considérer le délégué du gouvernement flamand, André Hebbelinck, comme agent diplomatique de l'ambassade du Royaume de Belgique". M. Hebbelinck pourra rester en Espagne comme simple employé de l'ambassade belge à Madrid mais "sans statut diplomatique" et Madrid n'accréditera plus d'autre diplomate comme représentant du gouvernement flamand en Espagne, a précisé le ministère.

Cette décision a été communiquée par le chef de la diplomatie espagnole en personne à l'ambassadeur belge Marc Calcoen. Celui-ci a été convoqué mardi pour lui faire part du "mécontentement" de Madrid face aux déclarations jugées "inacceptables et inconvenantes de la part d'un pays ami et allié tel que la Belgique", proférés par le président du parlement flamand Jan Peumans, ajoute le communiqué.

Une missive qui passe mal

En septembre dernier, Jan Peumans avait envoyé une lettre à une indépendantiste catalane emprisonnée, dans laquelle il affirmait que la détention de responsables politiques catalans prouvait que "le gouvernement central en Espagne ne remplissait pas les critères d'une Union européenne démocratique et moderne".

La missive présentait aussi comme "une action scandaleusement antidémocratique" les violences policières lors du referendum catalan d'autodétermination illégal du 1er octobre 2017. Elle était adressée à l'ancienne présidente du Parlement catalan Carme Forcadell. Cette dernière fait partie du groupe de dirigeants indépendantistes en détention provisoire pour leur rôle dans la déclaration avortée de sécession de la Catalogne en octobre 2017.

Comparaison avec la Bosnie des années 90

D’après un quotidien espagnol, Jan Peumans aurait en outre comparé l’Espagne à la Bosnie des années 90 lors de l’ouverture d’une exposition au Parlement flamand consacrée à la lutte catalane pour l’indépendance. Une information que le principal intéressé dément formellement : "Je n’ai pas fait de telle comparaison. Ce sont de grossiers mensonges", a-t-il vivement réagi au micro de Radio 1 (VRT). 

Dans mon pays, j’ai encore le droit de dire ce que j’ai à dire

Jan Peumans (N-VA), président du Parlement flamand

"Il s’agit d’une manipulation de l’opinion publique. Le ministre espagnol des Affaires étrangères devrait correctement s’informer avant de faire de telles déclarations", a-t-il ajouté. "Jusqu’ici, je n’ai été rappelé à l’ordre par personne. Et l’Espagne n’a d’ailleurs pas à le faire non plus. Nous vivons toujours dans une démocratie. Dans mon pays, j’ai encore le droit de dire ce que j’ai à dire", renchéri Jan Peumans.

Sur les ondes de la VRT, le président du Parlement flamand persiste et signe : "Il est pour moi exclu que des politiques qui défendent leur opinion soient incarcérés. Ce n’est pas digne d’un Etat de droit". Quant à la présence de l’ex-leader catalan Carles Puigdemont à l’inauguration de l’expo, Jan Peumans a souligné que "tout le monde avait le droit de visiter le bâtiment du Parlement flamand. Je ne l’ai pas spécialement accueilli, il était juste présent", a-t-il précisé.

Le ministre-président flamand a également déploré la décision des autorités espagnoles. "Il s’agit d’un acte hostile envers un autre Etat-membre, c’est du jamais vu", a commenté Geert Bourgeois (N-VA). 

"Une rupture prévisible"

D’après le correspondant de la VRT en Espagne, Sven Tuytens, cette rupture était prévisible. "Cela fait un certain temps qu’on pouvait sentir la colère de Madrid grandir". La sympathie de certaines personnalités politiques flamandes pour la cause catalane irrite en effet le gouvernement espagnol. Et l’ambassade de Belgique sur place en ressent les effets : "Ces dernières années, l’ambassade n’a jamais vécu autant de tension. La pression n’est pas uniquement diplomatique. Il y a aussi eu de nombreux mails et coups de fil haineux de la part de citoyens. L’image de la Flandre est particulièrement ternie ici", explique encore le journaliste.

Sven Tuytens rappelle également l’arrivée des élections locales, régionales et européennes qui se tiendront en Espagne en 2019. "Chaque parti politique se positionne, et les socialistes du gouvernement sont clairs : ils n’accepteront pas d’ingérence d’autres pays". D’après le correspondant, la démarche des autorités envers une région de l’UE est très rare. "En termes diplomatiques, c’est une mesure vraiment radicale", conclut-il. 

VRT