La Belgique destination phare des réseaux de prostitution de mineurs nigérians

Dans son rapport annuel d’évaluation 2018, le Centre fédéral migration Myria se concentre sur les mineurs d’âge victimes de la traite et du trafic d’êtres humains. Le nombre croissant de jeunes migrants de transit de moins de 18 ans qui traversent la Belgique rend le sujet particulièrement actuel. Le nombre d’inscriptions de jeunes étrangers mineurs et non-accompagnés auprès du Service de tutelle est passé de 1.108 en 2016 à 1.582 en 2017.

Elles sont nombreuses, enfermées psychologiquement par des rituels vaudous, à traverser la Méditerranée pour être exploitées sexuellement en Europe. Sur les 3.000 mineures nigérianes qui sont arrivées sur le Vieux Continent en 2016 (selon l'Organisation internationale pour les migrations), un grand nombre ont terminé leur route en Belgique.

Or, seuls 20 mineurs non accompagnés (Mena) nigérians ont été signalés dans le pays cette année-là, rapporte ce lundi dans son rapport annuel le Centre fédéral migration Myria. Selon lui, ces chiffres illustrent clairement le fait que "dans le domaine de la détection des victimes de la traite des êtres humains mineurs, la Belgique a des efforts importants à fournir".

Pour Myria, il importe d'intensifier et diversifier des formations à l'attention des acteurs de première ligne que sont les magistrats, tuteurs et services d'aides à la jeunesse. Nombre d'entre eux sont en effet "insuffisamment au courant des indicateurs de traite des êtres humains". Le Centre estime également que "l'accueil de ces mineurs" - quand ils sont détectés et font usage de la procédure spécifique d'octroi de séjour - "n'est pas suffisamment adapté".

Il "est nécessaire de les accueillir dans des structures sécurisées", à l'image du centre Esperanto, pourtant non reconnu, estime Myria. Il conviendrait également d'ouvrir un centre de ce type en Flandre, qui n'en dispose pas encore.

Pour résoudre ces problèmes et améliorer autant que possible l'accompagnement des mineurs en danger, Myria plaide pour la mise en place - par la Cellule interdépartementale de coordination de la politique - d'un groupe d'experts indépendants, chargé de formuler des propositions concrètes pour répondre aux défis de détection, d'accueil et de séjour de ces victimes.

L’affaire Mawda

Le rapport du Centre fédéral migration fait également allusion à la mort tragique et accidentelle de l’enfant kurde de 2 ans, Mawda (photo), en mai dernier sous les balles de la police lors d’une course-poursuite sur l’autoroute E42.

"Cette affaire illustre parfaitement le fait que la lutte contre le trafic d’êtres humains doit être nettement plus efficace. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes constitués partie civile. Afin d’obtenir réponse aux nombreuses questions qui restent en suspens".

"Il est important de marquer une différence plus nette entre les trafiquants et leurs victimes", souligne Myria. "Il faut sévir contre les trafiquants, pas contre les migrants qui leur ont versé de l’argent. Cela nécessite des investissements dans l’accueil des victimes et un meilleur statut de victime de trafic d’êtres humains, afin que leurs déclarations puissent être utilisées comme arme contre les trafiquants "