Depuis les élections, les écologistes flamands en voient de toutes les couleurs

"Ce n’est pas facile d’être vert", comme le dirait Kermit la grenouille. D’Ostende à Vilvorde en passant par Gand et Kruibeke et même Anvers, les écologistes flamands en ont vu de toutes les couleurs ces derniers jours. Est-ce un aveux de faiblesse ou au contraire la preuve que Groen est en train de prendre confiance et fait peur aux autres partis ?

Les écologistes sont incontestablement les grands gagnants des élections du 14 octobre. Groen a obtenu 545 conseillers communaux et un score de 13,2 points de pourcentage ce qui est le meilleur résultat de son histoire. "Une vague verte a submergé la Flandre et Bruxelles" a déclaré Groen au soir du scrutin. La question est à présent de savoir ce que les écologistes vont bien pouvoir faire de leur victoire : Comment thésauriser ce succès ? Comment entrer dans des coalitions ? Comment décrocher des postes de bourgmestres ? Le tout n’est pas de remporter les élections, encore faut-il parvenir à s’imposer.

Il faut être rapide, intelligent et rusé si l’on veut jouer dans la cour des grands

Il faut bien le dire, en matière de gouvernance, les verts restent ces derniers jours plutôt sur leur faim. Car face à la vague verte il y a souvent des brises lames. Les politiciens, écologistes inclus, doivent en avoir conscience : la vie politique n’est pas un monde de bisounours. Il faut être rapide, intelligent et rusé si l’on veut jouer dans la cour des grands. Il y a les pré-accords électoraux, qui peuvent tenir, ou non, en fonction des résultats et parfois aussi des reniements de parole.

Les résultats des négociations de ses derniers jours sont plutôt mitigés pour les Verts qui se sont montrés parfois trop naïfs. A Kruibeke, le bourgmestre sortant Jos Stassen a reçu un coup de couteau dans le dos de la part du vieux renard Antoine Denert. La liste de ce dernier va apporter son soutien à une coalition CD&V / N-VA. En 2012, Antoine Denert avait été mis hors-jeu. La vengeance est un plat qui se mange froid et voilà le pauvre écologiste qui perd son écharpe mayorale. Actuellement, il ne reste plus qu’un seul bourgmestre Groen, à Zwijndrecht. C'est donc une régression, pas une progression.

Il faut être le plus rapide si l'on ne veut pas se faire dribler

A Gand aussi, les Verts en ont vu de toutes les couleurs. Le cartel que Groen formait avec le SP.A a perdu 12 points de pourcentage et donc sa majorité absolue, mais reste la plus grande formation de la ville. C’est pourtant la tête de liste Open VLD, Mathias De Clercq, qui est le premier à clamer sa victoire. Il revendique le poste de bourgmestre parce qu’il a le plus de voix de préférence. De Clercq a été plus rapide, les Verts se sont fait dribler. Mais rien n’est encore fait, on négocie toujours et les Verts ont la main.

A Vilvorde, le bourgmestre sortant, le socialiste Hans Bonte, est parvenu à un accord avec les libéraux de l’Open VLD et les démocrates-chrétiens du CD&V. Les écologistes, qui s’étaient pourtant présentés en cartel avec les socialistes, et s’étaient même déjà réparti les postes d’échevins, se voient une nouvelle fois évincés. Meyrem Almaci se dit choquée de cette trahison brutale et même l’Open VLD et la N-VA accusent Hans Bonte d'avoir "renié sa parole".

A Ostende, l’écologiste Wouter DeVriendt n’a pas l’air d’être impressionné par la menace de  Bart Tommelein de s’allier avec les socialistes, en laissant les Verts sur le côté si ceux-ci refusent de rompre le cartel avec le parti du bourgmestre sortant Johan Vande Lanotte.

Le coup de poker anversois

A Anvers, cette même possibilité existe. Wouter Van Besien a toutefois adopté une attitude totalement différente. Pour tester la bonne volonté du bourgmestre sortant Bart De Wever de s’ouvrir aux idées des Verts, il a mis deux propositions sur la table du conseil communal : un centre-ville interdit aux voitures et une diminution des délais d’attente pour les logements sociaux. Mais sa manœuvre a fait un flop, personne au conseil communal n’ayant voté pour.

Les écologistes de Groen ont-ils été trop naïfs ces derniers jours ou ont-ils au contraire fait preuve d’assertivité ? Le parti a en tous cas perdu sa virginité. Est-il devenu adulte ? Groen l’affirme, soulignant qu'il se sent à l'aise dans la position qu'il occupe actuellement. Selon les Verts, c’est justement ce qui rend les autres partis nerveux. "Ils veulent nous mettre hors-jeu, nous tenir à l'écart s'ils le peuvent, comme à Edegem et Duffel. Le fait que cela fonctionne parfois est plus une preuve de notre force que de notre faiblesse" concluent les Verts.

Il va falloir mettre les mains dans le cambouis

Il est clair que les Verts en veulent, ils veulent pouvoir gérer des communes mais pour cela ils vont devoir mettre les mains dans le cambouis, ce qui signifie négocier et accepter des compromis avec des personnes ou des groupes avec lesquels ils ne sont pas toujours en accord, pour faire avancer leur projet. C’est la rançon de la gloire.