La restauration du Conservatoire royal de Bruxelles enfin en phase de préparation

Les travaux de rénovation des toitures des musées d’Art et d’Histoire, de l’Armée et de l’Autoworld ont débuté tout récemment. L’annonce officielle en avait été faite au début du mois d’octobre, notamment par le vice-Premier ministre Didier Reynders, qui avait également annoncé deux jours plus tôt le lancement officiel des études en vue de la restauration du Conservatoire royal de Bruxelles, qui connait depuis des années un état de décrépitude très avancé. Alors que le gigantesque chantier de rénovation des toitures des musées du Cinquantenaire devrait être terminé en 2022, la restauration du Conservatoire devrait pouvoir réellement débuter en 2023. Les premiers résultats des études, menées par une association momentanée de trois bureaux d’architecture récemment désignée, sont attendus dans un an.

Joyau architectural de style néo-renaissance, construit entre 1872 et 1876 sur les plans de l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar (photo) dans le cadre d’un grand projet d’embellissement soutenu par le roi Léopold II, le Conservatoire de Bruxelles est réputé dans le monde pour la qualité acoustique de sa grande salle de concert. Et pour son orgue d’une richesse unique datant de 1880. Le site s’étendant entre la Rue de la Régence et la Rue aux Laines est aujourd’hui presqu’entièrement classé et comprend plusieurs hôtels particuliers dont l’état d’origine a pu partiellement être préservé.

Mais l’édifice de Cluysenaar, qui fut le premier de l’histoire belge à être spécifiquement dédié à l’enseignement de la musique, a besoin d’urgence d’une restauration en profondeur. Depuis des années maintenant il connait en effet un état de délabrement avancé, de nombreux locaux ne pouvant plus être utilisés par mesure de sécurité, par risque d’écroulement du plafond notamment. On n’y compte plus les fuites d’eau, les murs pourris. Il y a quelques années, le prestigieux Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique annonçait ne plus pouvoir garantir la sécurité des équipes de radio et télévision qui suivaient au Conservatoire les premières épreuves de ses concours de piano, violon et chant et déménageait ces épreuves au centre d’art Flagey, à Ixelles.

Ce fut sans doute l’un des éléments symboliques qui secouèrent les pouvoirs publics dans ce dossier qui s’enlisait par manque de moyens financiers et de volonté politique de collaboration. Alors que le gouvernement fédéral est propriétaire du complexe architectural, ce sont les deux occupants qui sont responsables de l’enseignement. Les conservatoires flamand et francophone dépendent cependant de leur Communauté respective, qui ne parvenaient pas à s’entendre pour lancer une restauration.

En mars 2013, le gouvernement fédéral proposait à la Communauté flamande et à la Fédération Wallonie-Bruxelles (Communauté française) de participer chacune à hauteur de 20 millions d’euros dans la rénovation du bâtiment classé dans sa quasi-totalité. C’est un budget de 60 millions d’euros qui est actuellement mis à la disposition du gigantesque projet, grâce à la participation à hauteur du dernier tiers de Beliris - une collaboration entre l’Etat fédéral et la Région de Bruxelles-Capitale qui se concerte avec six ministres fédéraux et six ministres régionaux pour des projets de rénovation et de restauration du patrimoine.

Pour simplifier la gestion du projet de restauration, la société anonyme Conservatoire a été créée. Elle est propriétaire et gestionnaire des lieux depuis 2016. Elle a procédé à la sélection du bureau d’études pour la restauration. Il s’agit de l’association momentanée des trois bureaux d’architecture Origin, A2RC Architects et FVWW. Les deux premiers sont bruxellois, le troisième anversois. Avec un budget de 515.000 euros, ils ont pour mission de réaliser une analyse historique et un état des lieux complet des bâtiments, un examen approfondi des besoins et contraintes des utilisateurs du Conservatoire, une analyse acoustique et une recherche spécifique pour la restauration de l’orgue de la salle de concerts (photo).

"Une phase décisive a été lancée"

C’est en sa qualité de ministre fédéral compétent pour Beliris que Didier Reynders assistait début octobre à la conférence de presse donnée au Conservatoire royal, en présence des trois bureaux d’architecture et du directeur de l’établissement Frédéric de Roos, pour annoncer une première étape importante vers la restauration des lieux historiques. "C’est une phase décisive qui est lancée maintenant avec la désignation du bureau d’étude", précisait le ministre Reynders. L’objectif est double : restaurer et mettre en valeur un ensemble à haute valeur patrimoniale, tout en répondant aux besoins spécifiques des utilisateurs (étudiants, professeurs, membres du personnel et chercheurs, mais aussi le public mélomane). Beliris dispose d’un budget de 2,35 millions d’euros pour mener à bien les premières étapes du projet, dont l’analyse initiale confiée aux trois bureaux d’architecture.

Ceux-ci devront notamment prévoir des travaux structurels pour le bâtiment de Cluysenaar et les hôtels particuliers de la Rue aux Laines, le renouvellement des installations électriques, de chauffage et de ventilation, la restauration minutieuse et l’insonorisation de la grande salle de concert, mais aussi la création d’une nouvelle salle pour des concerts de musique de chambre et de jazz, d’une salle de répétition pour un orchestre symphonique et l’aménagement de classes supplémentaires pour les cours et des master classes. Le Conservatoire, qui compte 1.200 étudiants issus d’une quarantaine de pays, devra ainsi redevenir un bâtiment fonctionnel et performant, un lieu d’enseignement artistique de haute performance, ouvert sur le monde qui l’entoure.

Le bureau d’études désigné a en effet été choisi notamment pour la vision d’ouverture qu’il propose. En utilisant l’espace non-bâti du complexe architectural, il suggère de créer une "rue" intérieure (photo) qui permette une traversée depuis la Rue de la Régence jusqu’à la Rue aux Laines et la création d’un jardin intérieur avec un café ouvert au public. Les hôtels particuliers de la Rue aux Laines accueilleront les fonctions administratives et une "guesthouse" pour les professeurs invités. L’actuelle bibliothèque avec ses 5 à 8 kilomètres de rayonnages contenant de précieux documents musicaux sera abattue et remplacée par un bâtiment moderne en hauteur, qui s’élèvera au-dessus du bâtiment de Cluysenaar (photo principale, simulation du bureau d'études) et symbolisera le nouvel élan du conservatoire.

La nouvelle bibliothèque y sera logée en sous-sol et surmontée d’étages contenant des classes de cours et salles de répétitions, bénéficiant de lumière naturelle. Dans le bâtiment historique aussi, des ajouts qui ont progressivement bloqué le passage de la lumière du jour seront enlevés. Quant à la grande salle de concert, elle sera totalement rénovée, y compris ses balcons supérieurs inutilisés depuis quelques années. Elle devrait aussi retrouver sa polychromie d’origine aux accents dorés mêlant le mauve-rose au vert tilleul.

Une future petite salle de concert pour le Conservatoire

Où installer les étudiants pendant la phase des travaux ?

Les premiers résultats de l’étude et du "masterplan" sont attendus dans un an. Suivra ensuite une deuxième étude pour la réalisation concrète des travaux, et la phase d’obtention des permis. Réaliste, le ministre Didier Reynders estime que les travaux de restauration à proprement parlé devraient débuter vers 2023. La durée de ces travaux est actuellement difficile à évaluer. Pendant qu’ils auront lieu, les cours devront être donnés dans un autre endroit. Le directeur du Conservatoire royal, Frédéric de Roos, souligne qu’il ne sera pas facile de trouver dans la capitale un lieu vraiment adéquat et suffisamment grand.

Entretemps, ce flûtiste, musicologue et pédagogue qui dirige depuis 2003 le Conservatoire bruxellois s’est montré vraiment heureux du coup d’accélération donné enfin dans le dossier de restauration, alors qu’il doit jongler depuis des années avec les espaces encore disponibles pour permettre aux divers cours de musique et théâtre et aux répétitions de se dérouler en sécurité dans le bâtiment historique. "Pour moi, c’est une totale satisfaction par rapport à cette étape cruciale », déclarait Frédéric de Roos en octobre. "Le calendrier est à présent lancé. Les travaux ont un visage. Le projet du bureau d’études qui a été retenu répond très bien aux préoccupations du Conservatoire".

Et alors que Frédéric de Roos ne semble plus trop angoisser par rapport au nombre d’années qui séparent encore le Conservatoire du début des travaux de rénovation à proprement parler, le directeur artistique du festival d’été Midis Minimes, qui se déroule essentiellement au Conservatoire, commence lui à se tracasser. Bernard Mouton, qui programme ce festival musical depuis18 ans, craint de ne pouvoir trouver à Bruxelles une salle de concerts de taille moyenne, d’aussi bonne qualité et aussi polyvalente que celle de la Rue de la Régence, qui soit encore libre pour accueillir un concert de midi tous les jours ouvrables en juillet et en août.

Salle de répétition proposée par les bureaux d’architecture Origin, A2RC Architects et FVWW
Le Conservatoire rénové devrait disposer d'un jardin intérieur avec un café ouvert au public