Un nouveau carillon de la paix a retenti à Louvain

Ce 11 novembre 2018 retentissait pour la première fois depuis 1914 le carillon de l’église Saint-Jean-Baptiste, l’église paroissiale de l’Abbaye du Parc à Louvain. Il avait été détruit lors de l’incendie qui a ravagé la ville universitaire en 1914 et fait 240 morts parmi les citoyens. Le nouveau Carillon de la paix (40 cloches) a été réalisé grâce à un financement participatif à hauteur de 600.000 euros organisé aussi par la ville allemande de Neuss, dont les forces réservistes étaient partiellement responsables du tragique incendie.

En août et septembre 1914, les villes martyres belges de Dinant (province de Namur), Louvain (actuel Brabant flamand) et Termonde (Flandre orientale) perdaient leur carillon lors d’attaques allemandes. Peu après, ce sont les carillons de Nieuport, Dixmude et Ypres qui étaient détruits, lors de la Première bataille de l’Yser en Flandre occidentale. Ces pertes furent relatées dans des articles de presse et des poèmes publiés même en France et en Angleterre.

Le célèbre écrivain anglais Thomas Hardy publia ainsi en octobre 2014 un "Sonnet sur l’expatriation belge". Il y rêvait que les habitants du "Pays des carillons" se rendaient en Angleterre pour y introduire l’art campanaire. Mais à son réveil, il ne voyait que des réfugiés sans cloches.

Aux Etats-Unis aussi, le sort des carillons belges préoccupait. Ainsi, en 1916, paraissait à Philadelphie un livre intitulé "Vanished Towers and Chimes of Flanders" (‘Les tours et carillons de Flandre disparus’) de l’artiste peintre Georges Wharton Edwards (photo). En texte et images, l’Américain décrivait une série de villes flamandes comme il les avait découvertes et croquées avant la Grande Guerre et le contraste avec leur état après les attaques allemandes. Pas toutes les informations reprises dans cet ouvrage étaient néanmoins correctes.

En 1917 et 1918 c’était cependant au tour des carillons d’Ostende, Oudenaarde, Roulers, Torhout et Wingene (en Flandres orientale et occidentale) de disparaître par destruction ou réquisition. C’est notamment grâce à leur notoriété internationale qu’une partie de ces carillons de Flandre ont pu être reconstruits progressivement après les conflits mondiaux. Trois d’entre eux étaient inaugurés ce 11 novembre, à l’occasion du centenaire de l’Armistice de la Grande Guerre. Il s’agit des carillons de l’abbaye du Parc à Heverlee (Louvain), de l’église Notre-Dame à Aarschot et de celui de Termonde.

Heverlee : grâce à un archiviste et à du financement participatif

C’est pendant la dernière semaine du mois d’août 1914 que le carillon de l’église Saint-Jean-Baptiste fut détruit à Louvain, lors d’un terrible incendie qui tua 240 civils et ravagea des monuments et œuvres d’art. Le carillon condamné par les Allemands datait de 1730.

Un siècle exactement après sa destruction, Jens Metzdorf, l’archiviste de la ville allemande de Neuss, découvrit avec effroi que des forces réservistes de sa localité étaient partiellement responsables de l’incendie à Louvain. Un contact fut établi entre Neuss et Louvain, et le 25 août 2016 les bourgmestres des deux villes signaient une charte de collaboration "pour unir par la culture ce qui fut jadis séparé par le feu " Cent ans après leur confrontation de guerre, Louvain et Neuss ont œuvré ensemble à la fabrication d’un nouveau carillon de la paix pour l’abbaye du Parc (photo).

La fabrication d’une copie de l’instrument datant du 18e siècle a été placée sous le signe de la réconciliation. Le carillon fait maintenant partie du "Réseau international des carillons témoins de guerre et de paix". Il comprend 40 cloches et marteaux, dont les dimensions avaient été dessinées aux alentours de 1880 par le fondeur de cloches Constant Sergeys. Son petit-fils Jacques, qui exerce le même métier, avait conservé le carnet de croquis dans ses archives. Il a servi à la construction du nouveau carillon, lourd de 10,5 tonnes, qui devrait donc posséder la sonorité de l’ancien.

Restait l’aspect financier du projet, évalué à un total de 580.000 euros. Les villes de Louvain et Neuss ont lancé un "crowdfunding" qui a permis de rassembler les fonds nécessaires en deux ans, avec la participation de 300 donateurs. Le symbole de la paix retrouvée était inauguré ce dimanche d’Armistice à Louvain.

Aarschot: première mondiale

Le nouveau carillon d’Aarschot (Brabant flamand) a lui été inauguré (photo) ce dimanche dans le clocher de l’église Notre-Dame. Avec 51 cloches, il est un peu plus grand que celui de Louvain.

Mais il s’agit avant tout d’un instrument de musique de haute technologie - une première mondiale en son genre. Aux moments où la ville est moins bruyante, le carillon pourra en effet être joué moins fort.