Trois médecins aux assises dans le cadre d’une euthanasie, une première en Belgique

La chambre des mises en accusation a décidé jeudi de renvoyer devant les assises de Gand trois médecins de la province de Flandre orientale suspectés de ne pas avoir respecté les conditions de l'euthanasie de Tine Nys, originaire de Saint-Nicolas, en 2010. Les médecins sont poursuivis pour empoisonnement. Il y a deux ans, les soeurs de la jeune femme de 38 ans avaient témoigné dans l'émission "Terzake" des conditions pour le moins douteuses dans lesquelles Tine avait été euthanasiée.

Tine Nys a été euthanasiée le 27 avril 2010 sur la base de ses souffrances psychiques. Selon ses proches, les médecins ont mis un terme à la vie de la jeune femme de manière amatrice et n'ont pas respecté les conditions de la loi sur l'euthanasie. L'une des soeurs de Tine Nys a déposé plainte en se constituant partie civile et la justice a enquêté sur l'affaire.

La chambre des mises en accusation de Gand a jugé qu'elle disposait de suffisamment d'indications sur le fait que les conditions et procédures prévues par la loi sur l'euthanasie n'avaient pas été observées. Les trois médecins, dont un psychiatre, ont été renvoyés devant la cour d'assises pour empoisonnement. 

L’histoire de Tine

Il y a deux ans, les deux sœurs de Tine avaient témoigné dans le magazine télé "Terzake" (VRT). Elles se posaient encore alors beaucoup de question au sujet de la mort de la jeune femme. "Le soir de Noël 2009, elle avait annoncé à son médecin de famille qu’elle comptait faire une demande d’euthanasie. Elle avait alors un passé psychiatrique, mais à ce moment-là, ça faisait quinze ans qu’elle n’avait plus été en psychiatrie, et qu’elle ne suivait plus de traitement", racontaient-elles. 

Le médecin a demandé à notre père de tenir l’aiguille dans son bras. Lorsqu’elle est morte, il a demandé à nos parents s’ils voulaient contrôler à l’aide d’un stéthoscope si son cœur s’était bien arrêté de battre

Les soeurs de Tine dans l"émission Terzake

Pour obtenir l’euthanasie, trois médecins doivent donner leur permission. D’après les sœurs de Tine, cette dernière avait toutefois elle-même choisi les médecins, qui ne s’échangeait en outre pas d’informations.

Les conditions de l’euthanasie semblent en outre poser question: "Il comparait sa mort avec celle d’un animal de compagnie qui souffrait et qui avait reçu une piqure. Il n’avait par ailleurs pas le bon matériel. Il avait déposé la perfusion contenant le liquide mortel à côté d'elle sur le fauteuil. Alors qu’elle était en train de mourir, le sac en plastique lui est tombé sur la figure", témoignaient encore les sœurs au micro de Terzake.

"Le médecin a également demandé à notre père de tenir l’aiguille dans son bras car il avait oublié d’amener les pansements. Lorsqu’elle est morte, il a demandé à nos parents s’ils voulaient contrôler à l’aide d’un stéthoscope si son cœur s’était bien arrêté de battre", ajoutent-elles. 

Un meilleur encadrement

Lors de l’émission Terzake, les deux sœurs de Tine ont insisté sur le fait qu’elles demeuraient en faveur de l’euthanasie. Les deux jeunes femmes voudraient toutefois que la pratique soit mieux encadrée.

Les trois médecins de Tine devront se présenter devant un jury populaire. C'est la première fois que des médecins doivent comparaître pour leur pratique de l'euthanasie depuis l'entrée en vigueur de la loi en 2002.

Tine (au milieu) et ses soeurs