Les abus sexuels par des membres du clergé se sont surtout produits dans les internats

Les abus sexuels commis par des membres du clergé ne se sont pas produits à l’église mais le plus souvent dans des établissements scolaires. C’est le cas pour 43% des abus signalés lors de l’opération Calice, l'enquête judiciaire relative aux abus sexuels commis au sein de l'église catholique.

Près de la moitié des abus sexuels signalés ces dernières années concernent des établissements scolaires. L’information est révélée par le quotidien De Morgen ce lundi sur base d’un rapport que la Conférence épiscopale belge a commandé à la KU Leuven. "Cela se passait en secret dans les pièces des internats où les enfants se rendaient après leurs cours ", a déclaré Manu Keirse, professeur émérite de psychologie, dans "De ochtend" sur Radio 1 (VRT).

C’est en 2010 que le scandale de pédophilie entourant l’ancien évêque Roger Vangheluwe a éclaté. Dans une lettre, ce qui était encore évêque de Bruges avoue qu'il a abusé sexuellement d'un garçon durant plusieurs années. Il s'en est suivi un flot de témoignages sur les abus sexuel au sein de l’église, des faits datant parfois d’il y a plus d'un demi-siècle. Pour cette raison, dix centres d'accueil ont été mis en place cette année-là pour les signalements d'abus sexuels commis par des hommes d’église.

Et cet appel aux victimes aura été entendu. Entre 2012 et 2015, 426 victimes d’abus sexuels commis par des hommes d’Eglise se sont manifestées auprès des centres mis sur pied par l’Eglise et parmi ces signalement 43% ont en réalité été commis dans des établissements scolaires. "C’est une confirmation de ce que nous savions déjà, y compris à travers le rapport Adriaenssens. Ce n'est pas du tout surprenant", déclare Manu Keirse, professeur émérite de psychologie à la KU Leuven. "Les enfants des pensionnats étaient loin de chez eux et les prêtres vivaient dans ces écoles. Cela se passait en secret, dans la pièces où les enfants se rendaient après les cours. Environ 60 % des victimes étaient des garçons".

A côté des centres mis sur pied par l’Eglise, 628 cas d’abus ont été signalés auprès du centre d’arbitrage ouvert à la demande de la Commission spéciale du parlement pour le traitement des plaintes pour abus sexuels, il s’agit d’une alternative pour les victimes qui ont perdu toute confiance en l’Eglise.

Au total, plus de 4,5 millions d'euros d'indemnisation ont déjà été versés aux victimes. "Les victimes ont souffert durant des années en silence en se demandant : qui suis-je pour qu'une telle chose me soit arrivée ? Ils se sentaient coupables mais à présent l’Eglise a assumé ses responsabilités. Les évêques et les supérieurs ont reçu des victimes et ont assumé les fautes du passé dont ils n'étaient pas responsables.

Je ne comprends pas qu'à l'époque personne n'ait pris la responsabilité de briser le silence

A noter que de nombreuses victimes se sont murées dans le silence pendant de longues années, dans certains cas durant plus de 50 ans. "C’est ainsi que 56% des victimes ont rapporté des faits qui se sont produits il y a plus de 48 ans".

Manu Keirse ne comprend pas qu’à l’époque personne n’ait pris la responsabilité de briser le silence. "Je ne comprends toujours pas que lorsque de telles situations se produisaient dans des écoles, elles n'ont pas été dénoncées. Je ne peux pas croire que des collègues et des directeurs ignoraient ce qui se passaient".

Travail préventif au sein des écoles

Aujourd’hui, il est important de tirer les leçons du passé et de travailler de manière préventive dans les écoles, souligne encore Manu Keirse. "Il faut informer les élèves sur les limites qui ne peuvent être franchies dans leurs relations et quand ces limites sont dépassées. C'est la responsabilité de chaque école. Nous avons également créé une brochure dans laquelle les parents peuvent informer leurs enfants sur les atteintes à leur intégrité physique".