"Les discours qui tuent", un forum européen organisé par des psychanalystes à Bruxelles

Samedi un forum européen est organisé à Bruxelles par des psychanalystes du mouvement ZADIG, préoccupés par les dérives extrémistes de certains discours populistes en Europe.

Le mouvement psychanalytique ZADIG organise samedi 1er décembre, un grand forum européen à l’Université Saint-Louis à Bruxelles intitulé "Les discours qui tuent". Plus de 650 personnes sont déjà inscrites à ce forum qui rassemblera des psychanalystes mais aussi des juristes, des philosophes, des hommes politiques, des professeurs d’université et des travailleurs de rue ainsi que des représentants de la Plateforme-Citoyenne de soutien aux réfugiés.

Le mouvement psychanalytique international Zadig (Zero Abjection Democratic International Group ) fondé en France en mai 2017, avant le 2ème tour des élections présidentielles par Jacques-Alain Miller appelle les psychanalystes à un débat politique.

"Dévoiler ce qui est réel derrière ce qui est dit"

Pourquoi les psychanalystes s’impliquent-ils aujourd’hui dans ce débat sur les discours envers les migrants? C'est un des messages légués par Freud, explique Gil Caroz, psychanalyste et président de l’Ecole de la Cause Freudienne et un des organisateurs de ce forum européen. "Pour Freud, la civilisation a toujours été animée par un "combat entre la pulsion de vie et celle de mort" c’est ce que Freud a appelé le "Malaise dans le civilisation".

Avec la question de l’ouverture des frontières géographiques et l’accueil des migrants, certains discours qu’on croyait disparu ressurgissent. Leur caractère est insidieux car ils n’ont rien de véhément. Ils n’appellent pas à la mise à mort, leur langue est lisse, politiquement correcte. Ils se présentent comme étant l’expression de nécessités incontestables. On ne dit pas qu’il faut fermer les frontières du continent et laisser les migrants se noyer dans la mer. On dit plutôt : "on ne peut pas accueillir tout le monde". L’action criminelle de non-assistance à des personnes en danger est camouflée derrière une éthique légaliste : "je ne fais qu’appliquer la loi".

"Le psychanalyste n'est pas neutre"

Ces discours ne sont pas haineux. Ils sont froids et rationnels, opérant au nom du bien-être des nations. Les agents de ces discours qui tuent se présentent comme des grands serviteurs de l’Etat, voire même comme des héros modernes sacrifiant leur humanité pour faire leur devoir. Ils prétendent qu’ils ne font que dire et faire ce que tout le monde pense.

De fait, ils mettent les pulsions les plus meurtrières au service d’un soi-disant bien commun. Rien n’est plus facile que de mobiliser ces pulsions puisqu’elles font partie de nous. Mais en faisant appel à ce mal qui est en chacun de nous, c’est la dimension éthique qui est bafouée. Car le fait que nous pouvons tous avoir des fantasmes assassins ne justifie pas de les faire passer à l’acte.

A se laisser endormir par ces discours qui banalisent le pire, grand est le risque de s’en rendre complices. Gil Caroz explique encore que le fait de s’impliquer et de dénoncer le malaise de la civilisation est un des messages légué par Freud. C’est la raison pour laquelle les psychanalystes sortent maintenant de leur cabinet pour dévoiler ce qui est réel derrière ces discours insidieux. Ces idéologies qui se prétendent neutres, mais qui sont criminelles dans leurs conséquences, ne peuvent pas compter parmi les éléments légitimes de la démocratie. Il s’agit donc de produire un discours qui résiste et combat les  "discours qui tuent".

"Il n’est pas nécessaire d’aimer l’autre pour le sauver", ajoute Gil Caroz, "la psychanalyse ne prêche pas l’amour de l’autre, ça c’est le rôle de la religion, mais c’est une question d’éthique : "quand quelqu‘un se noie dans la mer, on doit le sauver".