La crise gouvernementale durcie à la suite d’une campagne controversée de la N-VA

La réunion du comité ministériel restreint sur le Pacte de l’Onu sur les migrations, qui devait débuter ce mardi vers 15h30, a été annulée in extremis et reportée à un moment indéterminé dans le contexte de crise gouvernementale aigüe. La commission des Relations extérieures de la Chambre a reporté ses travaux jusqu'à mercredi, à la demande de la majorité qui souhaite laisser au Premier ministre Charles Michel le temps de mener ses consultations politiques. La crise a été alourdie par une campagne lancée par la N-VA sur Twitter ce mardi après-midi sur la migration et le Pacte. Condamnée également au sein de la majorité, ses images ont été retirées des médias sociaux, le ministre Jambon évoquant "une faute" du service de communication du parti nationaliste flamand.

Des experts ont été entendus ce mardi au parlement pour apporter un éclairage sur le pacte (et notamment son caractère juridiquement contraignant ou pas) et un débat s'est engagé au sujet de résolutions parlementaires invitant le gouvernement à adhérer au pacte. Ensuite, elle était censée examiner les propositions de résolution de l'opposition qui demandent au gouvernement d'approuver sans réserve le Pacte des Nations-Unies sur la migration.

Etant donné le blocage politique qui persiste, la majorité a demandé que les travaux soient ajournés. Entretemps, la N-VA a lancé sur Twitter une campagne controversée sur la migration et le pacte (photo ci-dessous), avec des images choc. Celle-ci a été condamnée avec force jusque dans les rangs de la majorité.

Les slogans utilisés sont totalement contraires à la vérité, a dénoncé le chef de groupe Open VLD, Patrick Dewael. Le chef de groupe CD&V, Servais Verherstraeten, a demandé à son collègue de la N-VA de prendre ses distances avec cette campagne. "De deux choses l'une: soit on négocie, soit on mène campagne", a-t-il ajouté.

Certaines images utilisées par la N-VA dans cette campagne l'ont également été par l'Afd, parti d'extrême-droite allemand, ont fait remarquer plusieurs internautes ainsi que des parlementaires. "La N-VA veut sans doute, par sa campagne, rompre toute forme de dialogue avec quelque parti démocratique que ce soit", a dit Olivier Maingain, tandis que Julie Fernandez (PS) dénonçait une initiative digne de l'extrême-droite et que le PTB se demandait si la N-VA essayait de dépasser le Vlaams Belang par la droite.

Le Vlaams Belang, quant à lui, a félicité la N-VA pour sa campagne. Les écologistes ont réclamé que la commission aille jusqu'au bout, et vote les résolutions demandant au gouvernement d'approuver le Pacte. "Depuis des semaines, la N-VA nous empoisonne avec des mensonges. Cela doit cesser. Il faut arrêter cette machine de haine", a déclaré Kristof Calvo. L'Open VLD a proposé d'amender les textes de l'opposition en précisant que l'adoption du Pacte se déroulerait moyennant une déclaration interprétative. Il n'a pas exclu une majorité de rechange.

Le comité ministériel a été reporté in extremis et le Premier ministre Charles Michel poursuivait en fin d’après-midi ses consultations politiques. Il n'y a aucune certitude quant à la suite du calendrier.

"Une faute du service de communication de la N-VA"

"La situation n'est pas bonne et la responsabilité est à imputer à ceux qui organisent des campagnes qui ne sont absolument pas conformes au pacte global", indiquait après l’incident le vice-Premier ministre Kris Peeters (CD&V). Ce dernier se dit scandalisé par la campagne. Tout en appelant au calme, le ministre Peeters a qualifié la situation de "sérieuse".

Quant au ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre, Jan Jambon (N-VA), il parle d’une erreur. "Le service de communication du parti a commis une faute dans le choix des images et du moment. Les gens commettent des fautes, cela arrive également dans notre parti", a commenté Jambon à son arrivée au Lambermont.

La campagne controversée des nationalistes flamands contre le pacte sur les migrations a tendu un peu plus les relations entre partenaires en pleine crise gouvernementale. "Nous avons retiré cette campagne", a ajouté Jan Jambon, invitant à une discussion sur le fond du pacte sur les migrations.

Le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever (photo ci-dessus), a reconnu l’erreur de la campagne. "Elle a semé la confusion à un moment où nous aurions pu nous en passer". De Wever admet que des images ont été choisies qui ne correspondaient pas au contenu du message, et qu’il aurait mieux fallu dépenser cette énergie à chercher une solution à la crise.

Filip Dewinter du parti d’extrême-droite Vlaams Belang a indiqué qu’il soutenait pleinement la campagne avortée de la N-VA. Son parti a d’ailleurs repris les photos et slogans et lancé sur Twitter en fin d’après-midi sa propre campagne, contre le commet des 10 et 11 décembre à Marrakech où le Pacte de l’Onu sur les migrations devrait être signé.