"Une aventure hasardeuse", "terra incognita", la presse flamande pas tendre avec Michel II

Avec le gouvernement Michel II, nous entrons dans une période d’incertitude, écrivent les éditorialistes flamands. Les défis restent importants, mais il n’y a aucune garantie d’obtenir une bonne gouvernance, en lieu et place nous allons avoir droit à une campagne électorale féroce. Il n’y aura ni gagnants ni perdants et le "cirque" risque de durer pendant un certain temps.

Pour De Morgen : "Le gouvernement fédéral a enfin trouvé ce qui lui manquait : l’unité". Mais ce cabinet minoritaire se lance dans une aventure hasardeuse, écrit Bart Eeckhout. Il ne doit s’attendre à recevoir aucun cadeau ni de la part de la droite ni de la gauche. En cas de panique ou de désaccord, de longs mois pourraient s’écouler dans un climat difficile. Dans l’émission dominicale de la VRT "De zevende dag", les principaux ministres du gouvernement Michel I ont saluer avec une sympathie sincère leur ancien collègue de la N-VA, Jan Jambon. Mais lorsqu'on leur a demandé leur opinion sur Theo Francken, c’était le silence.  L'approche calme et professionnelle de ( la nouvelle ministre en charge de l’Asile) Maggie De Block (Open VLD) est apparemment aussi un soulagement pour les partenaires de la coalition. Cela montre que ce gouvernement a peut-être trouvé ce qui lui manquait tant : l'unité.

Maggie De Block a déclaré avoir découvert un véritable chaos dans le département Asile et Migration, une crise provoquée artificiellement par son prédécesseur. Avec des quotas très serrés imposé inutilement Theo Francken voulait apparemment créer une ambiance d’apocalypse avec des migrants sans abris et des familles à la rue. Maggie De Block est familière de ce département. Ceux qui se souviennent  de sa politique se rendent bien compte qu'elle n'est pas exactement une propagandiste de l'ouverture des frontières. Elle a déjà dirigé ce département et le fera encore sans doute parfois de façon rigoureuse et sévère. Mais dans le respect de l'approche européenne et belge.

C’était devenu de plus en plus difficile avec Theo Francken, surtout après les élections du 14 octobre, ce n’est qu’à ce moment-là que la N-VA s’est réveillée au sujet du Pacte des Nations Unies sur les migrations.

Het Laatste Nieuws : "Monsieur le Premier ministre, arrêtez tout"

Jan Segers s'étonne du naturel avec lequel le gouvernement fédéral a redistribué les pouvoirs en un tournemain. Comme si tout allait bien. L'enthousiasme renouvelé manifesté hier par le gouvernement était touchant. Personne ne semblait remettre en question la légitimité de ce gouvernement. Bizarre. Si un gouvernement ne représente qu'un tiers de l'électorat, des élections doivent avoir lieu. Point à la ligne. Aucun argument n'est assez bon.

Responsabilité ? Continuité ? Incertitude juridique ? Chaos ? Bien sûr il faut que quelqu’un tienne la boutique mais est-ce que la démocratie doit-être mise pour cela au frigo pour un temps indéfini ? Aurait-il été stupide de présenter la démission du gouvernement et d’organiser de nouvelles élections ? Souvenez-vous d’Yves Leterme. Comme Premier ministre il n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il était Premier ministre durant cette période infinie en affaires courantes. Charles Michel pourrait faire de même. Mais si, ajoute l’éditorialiste, il n'est certainement pas celui qu’il faut blâmer pour la situation actuelle. Il aurait préféré garder la N-VA à bord - malgré tout.

Il n’y a aucune garantie de bonne gouvernance. Charles Michel pense-t-il vraiment qu’il bénéficiera d’une opposition constructive et d’un soutien loyal ? Pourquoi les socialistes wallons, qui s’opposent à lui depuis le premier jour, devraient-ils le maintenir en selle. Quant à la N-VA, elle n’apportera son soutien qu’à la carte. Les gouvernements minoritaires ne peuvent tenir que si des accords préalables ont été conclus sur un soutien politique. Par conséquent, Monsieur le Premier ministre, vous feriez mieux d’arrêter, conseille Jan Segers.
 

Het Belang van Limburg : "Ingouvernable"

L'inévitable s'est produit : le gouvernement n'a pas survécu au week-end. Cela met fin à une crise qui a pris la rue de la Loi en otage pendant des semaines. Selon Timmie van Diepen, la dispute pour savoir qui a débranché la prise se poursuivra probablement jusqu'à la veille des élections, le dimanche 26 mai.

Le cabinet des querelles s'est finalement effondré et ce n'est pas une surprise. Après des années passées à combattre l'incendie et à déminer, Michel Ier voyait sa fin arriver depuis longtemps. Oui, ce gouvernement a pris des mesures efficaces dans les domaines de la sécurité, des migrations, de la fiscalité, de d'emploi et des pensions, mais la question est de savoir combien ce qu'il aurait pu faire de plus s'il n'y avait pas eu autant de temps perdu en querelles.

Le nouveau gouvernement minoritaire sera en place au cours des prochain mois, mais au lieu d'une politique, nous aurons une campagne électorale féroce. On l'a déjà constaté, lorsque le président de la N-VA, Bart De Wever, parle constamment d'une coalition de Marrakech". Jusqu'où la N-VA peut-elle et veut-elle aller à droite sans laisser échapper ses électeurs du centre ainsi que le courant flamingant. En mai la distribution des cartes risque d'être compliquée.

Gazet van Antwerpen : "Le cirque politique va encore durer"

La chute du gouvernement a clarifié un certain nombre d'éléments mais ne changera rien, estime la rédactice en chef de GVA Kris Vanmarsenille.  "Si vous écoutez les commentaires des ministres et des anciens ministres, ils trouvent tous cela très dommage. En même temps, la plupart tentent de blâmer les autres pour la chute du gouvernement. Michel tente de charmer les partis d'opposition, notamment sur le climat, et compte sur le soutien de la N-VA pour d'autres dossiers, "mais il est plus qu'incertain qu'il puisse continuer à gouverner de cette manière. Le moindre désaccord pourra conduire à une nouvelle crise", assure-t-elle estimant par ailleurs que Bart De Wever utilisera la chute du gouvernement pour renforcer sa campagne. "Le danger est réel que ce cirque politique dure encore", conclut-elle.

Het Nieuwsblad : "Cela nous évite un part d’hypocrisie"

"La nouvelle situation nous évite une part d'hypocrisie" même si le travail du gouvernement Michel II ne sera pas évident, écrit quant à elle Liesbeth Van Impe dans Het Nieuwsblad. Selon cette dernière, "le palmarès de l'exécutif n'est pas vide mais il a moins fait que ce qu'on aurait pu espérer et il a coulé comme il a vécu: dans un état de guerre totale".

De Standaard : "Le niveau fédéral peut-il encore être dirigé ?"

Dans De Standaard, Bart Brinckman se demande, lui, si ce gouvernement minoritaire peut encore être dirigé. "Une campagne polarisée autour du thème de l'identité peut être le signe avant-coureur d'une formation extrêmement difficile au niveau fédéral", écrit-il, ajoutant que l'expérience d'un gouvernement minoritaire demande une grande maturité, tant de la part du gouvernement que de l'opposition. "Ils devront se méfier des 'package deals', où tout est lié et à la suite desquels, finalement, rien n'est possible", analyse-t-il.

De Tijd : "La fenêtre d'opportunité pour une reprise socio-économique s'est refermée"

Enfin, dans De Tijd, Bart Haeck estime qu'un Premier ministre qui n'a le soutien que de 52 parlementaires sur 150 puisse continuer à gouverner sans convoquer d'élections anticipées en dit long sur la gestion de la Belgique.

Ce gouvernement minoritaire pourrait toutefois durer plus longtemps que ce que l'on imagine même si Charles Michel s'avance en terrain inconnu et devra trouver une majorité pour chaque décision.

La "fenêtre d'opportunité pour une reprise socio-économique s'est refermée", les élections du 14 octobre ayant "réveillé tous les démons de la politique belge", regrette enfin l'éditorialiste du Tijd. Selon ce dernier, le fossé entre une Flandre de droite et une Wallonie votant à gauche est en effet "plus grand que jamais".