Michel courtise la N-VA, mais les nationalistes flamands ne cèdent pas (encore) aux avances

Mercredi, en séance plénière de la Chambre, les anciens ministres et secrétaire d’Etat de la N-VA ont pour la première fois rejoint les bancs de l’opposition. Le Premier ministre a cherché à obtenir le soutien de son ex-partenaire dans le cadre d’une coalition minoritaire. Mais pour le chef de groupe des nationalistes flamands à la Chambre, Charles Michel devra d’abord lever le voile sur le projet du gouvernement pour ces prochains mois. Une pression qui vient s’ajouter à la motion d’ordre approuvée par la Chambre, et soutenue par la N-VA, proposant au gouvernement orange-bleu de présenter son programme et de chercher la confiance du Parlement. 

D’entrée de jeu, le CD&V, partenaire de la nouvelle coalition, a demandé le soutien de la N-VA. "Une parole est pour nous une parole", a déclaré le chef de groupe des chrétiens démocrates flamands, Servais Verherstraeten. "J’espère que le groupe de la N-VA continuera à la tenir, qu’elle ne rejettera pas ce qu’elle défendait hier encore, et qu’elle votera pour les projets de loi que ses ministres ont approuvés, soutenus et élaborés ".

La métaphore de l’infidélité

Pour la N-VA, les choses ne sont toutefois pas si évidentes. Le parti se sent en effet trahi par le Premier ministre. "On peut difficilement s’attendre à ce que le conjoint qui a été trompé vienne quelques jours plus tard offrir le petit déjeuner", a indiqué, non sans ironie, le chef de groupe des nationalistes flamands, Peter De Roover. "La naissance du nouveau gouvernement est la conséquence d’une infidélité sauvage et fougueuse. Vous avez échangé de partenaire aux dépens de votre allié le plus fidèle", a-t-il ajouté.

Ces reproches n’ont pas empêché le Premier ministre de jeter des fleurs à son ex-partenaire de coalition : "Je voudrais clairement remercier la N-VA pour ces quatre dernières années", a lancé Charles Michel. "J’assume les résultats économiques et sociaux. J’assume aussi le bilan concernant la sécurité. Grâce aux mesures que nous avons prises conjointement, avec quatre partenaires, nous avons aujourd’hui un pays qui compte plus de 200.000 jobs supplémentaires, un marché du travail que nous avons réformé, et nous avons davantage de sécurité et de capacité dans la lutte contre le terrorisme".

De son côté, l'opposition de gauche et du centre a une nouvelle fois exhorté le gouvernement à faire un choix entre la recherche du soutien de la N-VA, qui lui permettrait d'approuver le budget 2019, et un soutien au cas par cas pour d'autres projets, en fonction de leur contenu.

Demande de confiance

Toujours en séance plénière, la Chambre a approuvé une motion d'ordre du chef de groupe PS Ahmed Laaouej, cosignée par le SP.A, les écologistes, le CDH et DéFI, proposant au gouvernement orange-bleu de présenter son nouveau programme et chercher la confiance du parlement au plus tard mardi. Une demande soutenue par la N-VA.

Mardi prochain, des interpellations au Premier ministre sont prévues. Pour une majorité au parlement, il ne fait pas de doute que le gouvernement Michel II, qui ne réunit plus que le MR, le CD&V et l'Open VLD, est bien un nouveau gouvernement, qu'il doit dès lors présenter une nouvelle déclaration et donc requérir la confiance. En réponse, l’orange-bleu a suggéré à l'opposition de déposer une motion de méfiance.

Le gouvernement a également dénoncé le fait que l'accord, qui avait été conclu en conférence des présidents de la Chambre de se limiter à un échange de vues avec le gouvernement lors de la séance de mercredi, a été "déchiré" avec le vote de cette motion d'ordre.

La N-VA a les clés en main

Si la Chambre venait à s’exprimer mardi prochain sur la confiance accordée à la coalition Michel II, le nouveau gouvernement pourrait être mis en péril. Les clés sont désormais entre les mains de la N-VA, car en cas de vote, tout dépendra de sa position. Si les nationalistes flamands s’abstiennent, cela pourrait pousser davantage de partis à accorder leur confiance et permettre au gouvernement de poursuivre son travail. S’ils votent contre, la Belgique sera une nouvelle fois confrontée à un gouvernement en affaires courantes, une situation qui peut mener à des élections anticipées. 

Sommet Benelux annulé

Le Sommet Benelux qui était prévu ce jeudi matin avant le Sommet européen a été annulé en raison de la situation politique. Le Premier ministre Charles Michel "travaille ardemment", a ainsi indiqué son cabinet. Le chef du gouvernement participera cet après-midi et vendredi au Sommet européen alors que se tient jeudi la séance hebdomadaire de la Chambre.