Jonas Roosens

Pacte sur les migrations: débordements lors de la manifestation de protestation à Bruxelles 

La "marche contre Marrakech", organisée ce dimanche à l'appel d'associations de droite et d'extrême-droite flamandes opposées au pacte de l'Onu sur les migrations approuvé lundi au Maroc, a donné lieu à des débordements du côté du rond-point Schuman, où elle s'était immobilisée pour des discours. La police a répondu aux jets de projectiles et fenêtres brisées avec des canons à eau et du gaz lacrymogène. Selon la police, quelque 5.500 personnes prendraient part à cette manifestation statique. Une contre-manifestation a également eu lieu dans la capitale, devant les locaux de l'ACOD, à l'appel d'une quanrantaine d'associations. Elle a rassemblé un millier de personnes. 

La marche, organisée par plusieurs associations de droite et d'extrême-droite flamandes comme KVHV, NSV, Schild & Vrienden, Voorpost et Vlaams Belang Jongeren qui dénoncent le Pacte de l'Onu sur les migrations - formellement approuvé lundi à Marrakech (Maroc) - avait dans un premier temps été interdite par le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, et par le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (tous deux PS). Tout comme une contre-manifestation à l'appel d'une quarantaine d'organisations sur fond de possible irruption de hooligans.

Mais le Conseil d'Etat avait suspendu vendredi soir l'interdiction des manifestations défavorables et favorables au pacte des Nations Unies sur les migrations, à la suite d’une procédure en urgence introduite par les organisateurs de la marche.

Prenant acte de la décision du Conseil d'Etat, les autorités bruxelloises ont prévenu samedi dans un communiqué qu'elles ne tolèreraient "aucun débordement" dimanche et que la police prendrait toutes les mesures nécessaires pour maintenir l'ordre sur le territoire de la Région. Elles ont précisé que la "marche contre Marrakech" devrait - au lieu d'un cortège partant et revenant à la gare du Nord - se limiter à une manifestation statique sur le rond-point Schuman, au cœur du quartier européen de Bruxelles.

Sur la page Facebook de l'événement, quelque 12.000 personnes avaient annoncé leur intention d'y participer, alors que 36.000 autres ont manifesté de l'"intérêt". Selon la police, 5.500 personnes y ont finalement participé. Dès 11h, les environs de la gare étaient déjà remplis de personnes opposées au pacte de l'Onu. Dans la foule, on pouvait apercevoir de nombreux drapeaux flamands et des slogans tels que "linkse ratten, rol uw matten" ("rats de gauche, reprenez vos matelas"). Le groupe de manifestants s'est dirigé vers la place Schuman en passant par le Mont des Arts.

Vers 13h, des représentants des organisations présentes ont prononcé des discours, au pied des institutions européennes. C'est après ces prises de parole que l'ambiance a dégénéré, avec des jets de projectiles vers les policiers présents, dont des pavés arrachés. Des fenêtres de bâtiments environnants ont été brisées. 

La police a riposté avec des canons à eau et du gaz lacrymogène, tentant de repousser les fauteurs de trouble vers le rond-point Schuman, puis vers le parc du Cinquantenaire. La situation s'est calmée vers 15h, la police dispersant les derniers participants. 

Soixante-neuf personnes au total ont été arrêtées administrativement, pour dégradation de biens publics. 

Jonas Roosens

Contre-manifestation, sans recherche de confrontation

Des organisations qui soutiennent le Pacte de l’Onu sur les migrations ont tenu une contre-manifestation ce dimanche midi. Elle a eu lieu entre 12 et 14h, rassemblait un millier de personnes selon les services de l'ordre et se concentrait sur le Parc Maximilien. "Symboliquement, c’est un endroit très important, car c’est là que se trouvent les migrants", indiquait Barend Claessens de la section jeunes du syndicat chrétien bruxellois. 

"Le but est de montrer avec notre meeting que nous n’acceptons pas que l’extrême-droite vienne remplir les rues de Bruxelles. Les gens ont le droit de manifester contre Marrakech, mais cela représente un problème pour nous que cette action émane d’organisations très extrêmes-droites", précisait Claessens.

La contre-manifestation souhaitait, de ses propres dires, de "tous temps" éviter une confrontation avec la manifestation d’extrême-droite. "Nous allons avant tout veiller à rester très loin les uns des autres", précisait Claessens (ACV jongeren) avant l'événement.  Il n'y a eu aucun débordement. 

"Je partage votre colère et votre frustration"

Dans un message diffusé via les réseaux sociaux, l’ancien Secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Theo Francken (photo archives), avait déclaré qu’il soutenait la manifestation contre le Pacte de l’Onu sur les migrations et pouvait comprendre l’inquiétude et la colère des citoyens. Son parti, la N-VA, a d’ailleurs refusé de donné son soutien au Pacte et ses ministres ont donc quitté il y a une semaine le gouvernement fédéral.

"Je partage l’inquiétude, la colère et la frustration des personnes qui veulent manifester", indiquait Francken dans un message vidéo sur Facebook. Mais il mettait aussi en garde les manifestants de ne pas s’en prendre "à des migrants, à des personnes individuelles".

"Nous avons vu plusieurs manifestations très mauvaises, entachées de violence. Il ne faut pas que cela se reproduise. Préserver l’ordre", mettait en garde Theo Francken.