Katowice : les ONG déçues par la réponse des Etats à l’urgence climatique

Alors que la COP24 se terminait, samedi soir à Katowice en Pologne, "il est clair que les gouvernements ne sont pas parvenus à répondre adéquatement aux conséquences catastrophiques des changements climatiques", a dénoncé l'organisation non-gouvernementale CAN Europe (Climate action network), une coupole de 150 organisations provenant de 35 pays européens. Greenpeace estime que "la Belgique porte une responsabilité historique écrasante".

Maintenant que la communauté internationale a approuvé les règles de mise en œuvre censées faire vivre l'Accord de Paris sur le climat, les deux prochaines années doivent être mises à profit pour atteindre le niveau d'ambition requis par les constats scientifiques, et notamment ceux du dernier rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), selon CAN Europe.

Ce rapport souligne qu'il est encore possible de contenir le réchauffement à +1,5°C mais via une réduction drastique de près de 50% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010. CAN Europe regrette le manque d'ambition dans la lutte climatique, mais également les "progrès limités" dans le financement prévu à destination des pays en voie de développement. "Les faibles résultats de cette COP sont en contradiction avec les sérieux avertissements du rapport du Giec et la demande croissante d'action émanant des citoyens", estime le directeur de CAN Europe, Wendel Trio.

Inter-environnement Wallonie (IEW) constate pour sa part que la COP24 "se termine sans avoir obtenu d'engagement solide et universel des Etats à revoir rapidement leur ambition climatique à la hausse". "Cette question restera au centre des prochains rendez-vous climatiques, car le réchauffement global poursuit sa dangereuse progression", estime Noé Lecocq, responsable climat à IEW, tout en soulignant qu'avec l'adoption des règles de mise en œuvre de l'Accord de Paris "le processus multilatéral des Nations unies en sort renforcé, dans un contexte pourtant difficile."

Enfin, Greenpeace évoque une "COP24 sans promesse pour nos enfants" et parle de "négligence coupable collective". Pour l'ONG, la Belgique refuse également de faire preuve d'ambition climatique et porte une responsabilité historique écrasante avec les autres pays qui bloquent toute avancée. "Il est désolant que la Belgique ait refusé de soutenir une large coalition de pays qui souhaitent des plans climat plus ambitieux", fustige Juliette Boulet de Greenpeace Belgique.

"La différence entre ce que certains de nos ministres disent devant la caméra et leurs actions est maintenant cruellement visible. Leur comportement irresponsable est un coup dur pour les citoyens belges qui attendent massivement et énergiquement une action climatique de la part de la politique".

AFP or licensors

WWF : "La Belgique risque de rater complètement le bateau"

Pour l'ONG de protection de la nature, la COP24 a permis des avancées - comme l'adoption des règles d'application de l'Accord de Paris pour sa pleine mise en œuvre ainsi que le signal envoyé par les Etats sur le besoin de renforcer leur ambition climatique -, mais le WWF n'en reste pas moins "très préoccupé quant à l'incapacité collective des Etats à ce jour à répondre à l'urgence climatique".

A propos de la Belgique, l'ONG regrette qu'elle n'ait pas rallié - la Flandre ayant mis son veto - une coalition d'une trentaine de pays (dont tous ses voisins) se voulant à la pointe du combat climatique à Katowice. "La Belgique risque maintenant de rater complètement le bateau. Néanmoins, nous avons entendu des politiciens de nos gouvernements qui souhaitent travailler avec un niveau d'ambition plus élevé ou une loi climatique belge. Nous appelons ces politiciens à ne pas se cacher derrière les critiques, mais à peser de tout leur poids politique afin d'obtenir l'unanimité nécessaire au sein des gouvernements", poursuit le WWF.

Selon l’organisation, "l'absence de politique cohérente entre les Régions et les différences politiques qui ne prennent en compte que le court terme empêchent la mise en place d'une politique climatique sérieuse" en Belgique. L'organisation plaide dès lors pour l'adoption en Belgique d'"un cadre législatif", via une "loi sur le climat" permettant "d'établir, de planifier et de mettre en œuvre l'objectif à long terme, à savoir la neutralisation du CO2, bien avant 2050."

L'ONG souhaite aussi la mise en place d'un "Conseil Climat" indépendant, composé d'experts qui conseilleraient tous les gouvernements, ainsi qu'un plan d'investissement sur cinq ans permettant la réalisation de mesures concrètes pour une transition vers une société décarbonnée.