Didier Reynders inquiet de la situation à deux jours des élections en RDC

Le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders (photo), a exprimé ce vendredi son "inquiétude" face à l'évolution de la situation en République démocratique du Congo (RDC), à deux jours d'élections générales plusieurs fois reportées et qui s'annoncent chaotiques. Le gouvernement congolais vient en outre d'ordonner l'expulsion de l'ambassadeur de l'Union européenne à Kinshasa.

"C'est une situation qui inquiète très fortement", a déclaré le ministre Reynders en citant l'émergence de violences liées aux élections prévues dimanche, le report partiel des scrutins présidentiel, législatif et provinciaux dans quatre circonscriptions en crise et l'"état d'impréparation", selon lui, de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Le chef de la diplomatie belge a néanmoins exprimé l'espoir que les élections - initialement prévues en 2016, puis reportées à 2017 puis 2018 et enfin du 23 décembre dernier au 30 décembre prochain, sauf dans les régions de Béni (province du Nord-Kivu, à l’est) et de Yumbi (province de Maï-Ndombe, à l’ouest) - se déroulent dans un "contexte pacifié" et soient crédibles aux yeux des Congolais eux-mêmes. Il a salué à ce titre les efforts de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a prévu de déployer 1.026 observateurs à long terme et 40.000 observateurs à court terme sur l'ensemble de l'immense territoire de la RDC, en l'absence d'observateurs européens et américains, refusés par le régime de Kinshasa.

L’ambassadeur de l’Union européenne en RDC expulsé

Didier Reynders a également jugé "sans fondement" la décision annoncée jeudi soir par Kinshasa d'expulser - en fait de demander son rappel dans les 48 heures - l'ambassadeur de l'UE en RDC, le diplomate belge Bart Ouvry, en invoquant "la réciprocité" après la prolongation par les 28 États membres des sanctions visant 14 responsables du régime du président Joseph Kabila accusés de violations des droits de l'homme, dont son dauphin pour la présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary (dit ERS).

"On a coutume de cela du côté belge", a souligné Reynders, en référence aux mesures prises en 2017 et 2018 par Kinshasa à l'encontre de la Belgique pour des critiques antérieures sur l'évolution politique en RDC qui ont plongé les relations bilatérales dans une grave crise diplomatique - désormais élargie à l'UE. Le ministre a une nouvelle fois dénoncé vendredi les "retards inacceptables depuis deux ans" dans l'organisation des élections générales et le non-respect des accords de la Saint-Sylvestre, qui avaient permis en décembre 2016 à Joseph Kabila (photo), à l'expiration de son second mandat constitutionnel, de se maintenir au pouvoir un an de plus en échange de la formation d'un gouvernement élargi à - une seule frange de - l'opposition.

Le chef de la diplomatie belge a également noté que les chefs d'État de la région avaient eux aussi exprimé leur inquiétude. Lors d'une réunion d'urgence mercredi à Brazzaville, les chefs d'État des pays membres de deux organisations sous-régionales - la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) - ont discuté du processus électoral en RDC, condamné les actes de violence et appelé à la retenue et au bon déroulement des élections.
 

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