Tollé politique à propos d’un rappeur anversois soutenant un proxénète de mineure

La classe politique flamande a condamné ce dimanche le dernier texte en date du rappeur anversois Soufiane Eddyani (20 ans) qui soutient son ami et confrère Bilal "Moreno" A., condamné en 2016 pour avoir forcé à la prostitution une adolescente de 15 ans. Sur les réseaux sociaux, Eddyani (photo) a lancé une campagne hashtag #freemoreno. La députée Zuhal Demir (N-VA), ex-Secrétaire d'Etat à l'Egalité des Chances, ne comprend par ailleurs pas pourquoi la chaîne pour les jeunes de la VRT, Ketnet, a choisi Eddyani comme invité d'honneur d'une cérémonie de remise de prix. La VRT a fait savoir qu’elle ne passait pas le nouveau morceau du rappeur populaire.

"Amigo", le nouveau morceau du rappeur anversois Soufiane Eddyani, était à peine sur YouTube depuis deux jours qu’il avait déjà été consulté plus de 325.000 fois. Le jeune homme de 20 ans est d’ailleurs très populaire auprès des jeunes et ses chansons remportent des centaines de milliers de "clics" via les réseaux sociaux.

Eddyani prend la défense de son ami Bilal A. - actif aussi sous le nom d’artiste Moreno. Il raconte comment ils fumaient des joints lorsqu’ils étaient encore jeunes et comment son ami "n’a pas eu le choix" parce qu’il vivait dans la pauvreté et s’est laissé "prendre par le système". Sur Instagram, Eddyani a lancé un hashtag #freemoreno. “Depuis deux semaines je ressens ton absence. Ton passé te poursuit depuis des années à cause d’une affaire médiatisée”, écrit le rappeur anversois à son ami.

Sur les médias sociaux, les réactions choquées face à ce message sont nombreuses. Des citoyens reprochent au rappeur de vouloir jouer au gangster, et d’oublier qu’il y a eu des victimes des agissements de son ami.
 

"Ne passez plus ce type de messages"

Le monde politique flamand réagit également au message de Soufiane Eddyani ce dimanche. La députée Zuhal Demir (N-VA), Secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances démissionnaire, estime qu’il faut "mettre des limites" à ce type de message. "Son public est surtout composé d’adolescents, de jeunes filles, qui sont souvent vulnérables. Et il leur demande de relativiser les abus d’enfants et les pratiques de loverboys. Je trouve cela pathologique", déclarait Demir.

"Je voudrais que les organisateurs de festivals et responsables de chaines télévisées sachent quel type de message promouvoir. Soufiane est admiré. Prenez vos responsabilités, sachez quel message il divulgue, dénoncez-le auprès des enfants. Mais surtout ne lui donnez plus de podium avec ce type de message", concluait Zuhal Demir (photo).

Elu d'Anvers, le ministre fédéral Kris Peeters a également dénoncé les paroles du rappeur, rappelant la vulnérabilité des victimes, souvent très jeunes, de la prostitution. Le ministre CD&V a souligné l'extrême popularité de Soufiane Eddyani, qui lui confère une responsabilité auprès de la jeunesse. "Plutôt que de défendre des proxénètes de mineures, il ferait mieux d'apporter un éclairage sur la problématique. Il ferait mieux de s'entretenir à cette fin avec des victimes de cette prostitution. Cela lui permettrait de se rendre compte qu'il n'y a aucune empathie à avoir pour des proxénètes de mineures", a déclaré Kris Peeters.

Egalement anversois, le ministre libéral Philippe De Backer a condamné avec fermeté les paroles du rappeur et appelé au respect de la femme. Un point de vue appuyé par sa présidente de parti Gwendolyn Rutten, qui a renvoyé à l'importance du choix rationnel, qui vaut aussi pour la VRT et sa chaine pour enfants Ketnet, a-t-elle dit.

La présidente de Groen, Meyrem Almaci, a dit partager l'indignation générale, jugeant ce soutien "dégoûtant" et "immoral". La seule option est la défense des victimes, a-t-elle conclu.

Quant au président des socialistes flamands, John Crombez, il se propose d’inviter le rappeur anversois à rencontrer quelques victimes de la prostitution de mineures. "Il est scandaleux que des rappeurs qui ont beaucoup de jeunes admirateurs défendent des faits aussi atroces que la prostitution d’adolescentes", estime Crombez.

La VRT réagit : "Nous ne passons pas ce morceau"

"Le numéro ‘Amigo’ d’Eddyani ne passe pas actuellement sur nos antennes, et nous n’avons pas l’intention de le faire à l’avenir", indique ce dimanche le service de Communication de la radiotélévision publique flamande. "Nous continuons à suivre l’affaire concernant Eddyani".

Sur Facebook, Zuhal Demir reproche aussi à la chaine Ketnet (VRT) de promouvoir Soufiane Eddyani et de soutenir passivement son message négatif parce qu’elle l’a invité au "Gala van de Gouden K’s". Le manager de Ketnet, Maarten Janssen, répond que "la chronologie de Madame Demir n’est pas correcte. Cela fait déjà un an qu’Eddyani a participé au Gala et qu’il y a effectivement remis un prix".

"A la même époque, il est apparu au journal de Ketnet, "Karrewiet", à la suite du gros succès d’un de ses morceaux précédents sur YouTube. Cette chanson était tout à fait correcte. Plus récemment, il n’est plus apparu sur Ketnet", précise Maarten Janssen.  

© VRT Thomas Geuens

Soufiane Eddyani réagit aussi

Le rappeur anversois a également réagit par écrit au tollé provoqué par son nouveau morceau. Il affirme "vouloir justement maintenir les jeunes sur le droit chemin avec ma chanson".

"Il y a quelques années, Moreno a été condamné pour des faits répréhensibles, dont je n’étais pas au courant. Je suis très choqué par ce qu’il a fait et je le condamne absolument. Il m’a été difficile d’accepter ce qu’il a fait, mais aussi de perdre un ami cher. Mais je suis convaincu que tout le monde a droit à une seconde chance et c’est dans cette optique que je veux soutenir Moreno lors de son retour dans la société. Je mets l’accent sur notre amitié et pas sur ce qu’il a fait. Moreno regrette aussi son passé et est fermement décidé à marcher sur le droit chemin".

Eddyani souligne qu’il veut donner un message positif aux jeunes à travers sa musique. Il avait été cité dans les médias par le passé pour sa condamnation des stupéfiants. "Via mon expression artistique, je cherche toujours des manières de donner un message aux jeunes. Avec ‘Amigo’ aussi, je veux les convaincre de rester sur le droit chemin".