Nicolas Maeterlinck

Les vacances de Noël sont finies, que vont faire nos parlementaires après la crise politique ?

Après les vacances de Noël, la Chambre des représentants va reprendre ses activités. Les réceptions du Nouvel an des partis politiques vont débuter ce samedi. C’est à ce moment-là que sera lancée la campagne électorale qui risque d’être très longue. Il faut dire que l’enjeu est de taille car après le scrutin du 26 mai, les cartes seront redistribuées à la fois pour le gouvernement fédéral, les exécutifs régionaux et pour le parlement européen. Sauf accident le paysage politique sera fixé pour 5 ans. Une analyse du journaliste politique de la VRT Johny Vansevenant.

Ce que nous allons vivre dans les prochains mois est une situation politique assez unique. En principe, la Belgique est dirigée par un gouvernement en affaires courantes après les élections, lorsque le nouveau gouvernement n’a pas encore été formé. Mais aujourd’hui nous avons un gouvernement démissionnaire en affaires courantes avant les élections. En cause, la date du 26 mai  qui a été fixée depuis longtemps pour les élections européennes et régionales. Cette date est aussi celle des élections fédérales puisque la Sixième Réforme de l’Etat a porté la durée de la législature fédérale de quatre à cinq ans. Par conséquent, la durée de la législature fédérale sera la même que celle des Exécutifs régionaux.

Toutefois des élections fédérales anticipées sont encore toujours possibles en cas de chute du gouvernement. Celles-ci auraient déjà pu avoir lieu, fin janvier mais les libéraux et le CD&V n’étaient pas pour. Ces partis de la majorité ne voulaient pas d’un scrutin si proche de l’approbation du pacte de l’Onu sur les Migrations.   

Et si l’on avait organisé des élections anticipées, le scrutin fédéral n’aurait plus jamais coïncidé avec les élections régionales. La formation du gouvernement fédéral aurait eu lieu chaque fois durant la campagne électorale en vue des élections régionales. Or, former un gouvernement, cela signifie toujours faire des concessions et ce n'est pas ce qui se fait en général lors d’une campagne électorale. C’est la raison pour laquelle nous aurons un gouvernement démissionnaire en affaires courantes durant plus de trois mois.

"Montrer à quel point on est droit dans ses bottes"

Les élections doivent avoir lieu 40 jours après la dissolution des Chambres. Nous pouvons donc supposer que - jusqu’aux vacances de Pâques- des tas de choses peuvent encore être approuvées. Le gouvernement pourrait déposer des projets de loi au Parlement. Et les partis politiques sont libres de soumettre au vote des propositions de loi.

Quelques mois avant les élections, la tentation sera grande de mener campagne électorale avant tout en présentant des propositions et des projets de loi. La technique consistera à présenter au Parlement un projet de loi pour montrer à quel point un parti est "droit dans ses bottes" et à quel point les autres se trompent (antisocial, pour des frontières ouvertes, pour l'énergie nucléaire...). Tout ce qui sera discuté à la Chambre sera donc fait pour tenter de séduire les électeurs.

Les déclarations ou autres propositions faites ces derniers jours par les partis et les hommes politiques nous donnent déjà un avant-goût. La proposition du ministre Pieter De Crem (CD&V) de fusionner les zones de police à Bruxelles après les incidents de la nuit du réveillon à Molenbeek a entraîné immédiatement une opposition entre francophones et Flamands, mais cette proposition n'aboutira à aucun résultat. Une proposition visant à réduire la TVA sur l'électricité à 6 %, comme le veut le SP.A, n'obtiendra pas la majorité non plus. La proposition du ministre Kris Peeters (CD&V) de privatiser partiellement Belfius en avril pour verser des compensations aux coopérants Arco suscite également beaucoup de résistance et ne sera donc pas acceptée.

L’autre proposition de Kris Peeters sur la dégressivité accrue des allocations de chômage contient un volet social qui ne passe pas auprès des autres partis gouvernementaux et de la N-VA. Kris Peeters propose dans un premier temps d’augmenter les allocations des chômeurs qui touchaient auparavant de bas salaires. Pour la N-VA, cela ressemblera trop à ce que veut Beweging.net, la coupole du mouvement ouvrier chrétien flamand. Chaque parti continuera donc à camper sur ses positions pour montrer, juste avant les élections, à quel point il est "droit dans ses bottes".

Légiférer avec parcimonie

Si certaines propositions pourront être toutefois approuvées ce sera avec parcimonie. Des propositions peu controversées. Par exemple l’augmentation des pensions et des salaires les plus bas obtiendrait une majorité.

Limiter ou annuler les avantages dont bénéficient les clubs et les joueurs en matière de cotisations sociales (ONSS), également une proposition de la SP.A, pourrait également obtenir le feu vert des autres partis. Le budget de mobilité des employés du ministre Kris Peeters obtiendrait également une majorité. Les employeurs insistent fortement pour que cela se produise. La N-VA ne voudrait pas décevoir ses électeurs des milieux patronaux, car il y a déjà eu beaucoup de critiques dans ces milieux sur la chute du gouvernement.

Il serait possible aussi de légiférer sur le remplacement des centrales nucléaires par des centrales au gaz. Toutefois, cela risque d’arriver trop tard pour permettre une sortie du nucléaire en 2025.

D'autres réformes de la justice qui étaient en préparation pourraient également obtenir une majorité. La proposition de Kris Peeters pour un "droit à l’oubli" pour les patients atteints d'un cancer qui veulent souscrire une police d'assurance semble également acceptable pour tout le monde. Enfin, les mesures d'urgence dans le cas d'un Brexit dur devraient aussi être avalisées par tout le monde.

En fait, ce n'est pas une catastrophe que le gouvernement Michel n'en fasse pas beaucoup plus. Quelqu'un aurait-il cru que, sans une chute, ce gouvernement accomplirait encore beaucoup de choses après le Nouvel An ?

Les élections auraient de toute façon assombri la fin de la législature. Avec la fièvre électorale à la Chambre il y aura sans aucun doute un besoin pressant d'agir, ce qui risque de remuer beaucoup d’air mais pas de faire voter beaucoup de lois.

L’enjeu est vraiment important

Tout cela est compréhensible. Ce sont des élections cruciales parce qu'elles redistribueront les cartes pour les gouvernements qui seront au pouvoir au cours des cinq prochaines années. Dès lors la campagne électorale risque d’être très rude car l'enjeu est important. 

La N-VA restera-t-elle incontournable avec un score de plus de 30% ? Le parti de Bart De Wever est-il parvenu à colmater les fuites d’électeurs vers le Vlaams Belang en rejetant fermement le Pacte sur les Migrations ? Si oui, y aura-t-il un nouveau gouvernement Michel ?

Si par contre la N-VA obtient un score inférieur à 30%, les autres partis pourraient très bien le rejeter parce qu'il a refusé d’approuver le Pacte de l’Onu sur les Migrations. Il y aurait alors un gouvernement de l’orange bleue, dont certains prétendent que "c'est écrit dans les étoiles". Ou alors une tripartite classique parce que le PS est redevenu trop grand et que le MR a subi une défaite après la chute humiliante du Premier ministre Charles Michel ? 

Et quid du gouvernement flamand ? Sera-t-il possible de former une coalition sans la N-VA ? Si tous les autres partis, à l'exception du Vlaams Belang, sont nécessaires pour former une majorité, cela risque bien de ne pas se produire.

Et si par contre, on forme un gouvernement flamand avec la N-VA et Jan Jambon comme ministre-président, cela deviendrait une sorte de gouvernement de combat flamand puisque les nationalistes flamands ne sont pas au gouvernement fédéral. Comme on l’a dit... l’enjeu est vraiment important.