Maisons délabrées et graffitis seront conservés dans le village de Doel ?

Il y a près de trois semaines, on apprenait que le gouvernement flamand a approuvé une nouvelle étape de l’agrandissement du port anversois qui devrait permettre de conserver le village de Doel (photo), près de Beveren (Flandre orientale). Des étudiants en architecture de Louvain et de Gand ont rassemblé des idées sur l’aspect que pourrait avoir le village portuaire à l’avenir. De façon surprenante, ils estiment que les maisons délabrées et les graffitis doivent être préservés.

Le village de Doel, qui côtoie la centrale nucléaire et les installations du port anversois, semblait depuis des années être condamné à disparaître en raison de l’agrandissement programmé des infrastructures portuaires et de l’expropriation de nombreuses habitations. De nombreux habitants ont aussi déjà quitté le village, dont beaucoup de maisons sont couvertes de graffitis et en état de délabrement. Mais le gouvernement flamand a finalement choisi une 9e version du plan d’extension portuaire, qui devrait permettre de préserver le noyau du village dans les Polders.

Doel devrait donc revivre lentement ces prochaines années, du moins si l’on en croit les idées, plans et dessins élaborés par des étudiants en architecture de Louvain et Gand. Ils ont étudié Doel de fond en comble ces quatre dernières années.

Les jeunes architectes estiment notamment que les maisons délabrées doivent être laissées dans leur piteux état actuel, comme souvenir. Les bords de l’Escaut doivent devenir un parc écologique et former un tampon avec la zone portuaire.

"Il y a quatre ans, nous nous sommes rendus à Doel avec nos étudiants", explique le professeur Daan Devolder. "A l’époque déjà, nous avions trouvé que le village présentait une série de potentiels. Nous nous sommes lancés dans une étude pour voir quel aspect Doel pourrait avoir si le village était sauvé. Au cours des quatre ans, nous avons parlé avec des habitants, des agriculteurs et des responsables du port. Nous avons coulé les idées dans un plan de notre vision", précise Daan Devolder.

Le village fantôme comme atout

"Pour nous il est très important que le village reprenne vie", explique l’étudiant Sander Wallays. "Nous y voyons un grand potentiel, même à l’heure actuelle où il fait figure de village fantôme". Les habitants craignant l’expropriation sont partis en masse du village, laissant les habitations à l’abandon. Les squatteurs y sont nombreux.

La plupart des façades sont couvertes de graffitis. "Mais nous les voyons justement comme un élément positif à reprendre dans notre projet d’aménagement du village. Beaucoup de maisons ont aussi été abattues. Les espaces libres qui sont ainsi apparus sont également repris dans notre plan".

Mais il n’y a pas que les graffitis qui caractérisent Doel. "Nous avons remarqué l’espace entre le port et la zone habitée". Les étudiants veulent aussi l’utiliser de façon intelligente. "Cette berme de viabilité est très importante dans notre plan d’avenir", précise Sander Wallays. "Nous estimons que la digue peut être utilisée comme intermédiaire entre le port et Doel. Dans un premier temps, cette digue doit retenir le bruit venant du port. Mais nous pensons aussi que la digue peut être davantage que cela".

"Nous voulons faire en sorte qu’il soit agréable de s’y promener. Je ne sais pas si c’est possible du point de vue juridique. Mais du point de vue technique et écologique, cela ne pose pas de problème".  

Conserver aussi les moulins

Les étudiants voudraient avant tout conserver le caractère unique et authentique du village de Doel. "Il y a toute une série de bâtiments qui sont reconnaissables pour les gens du village", explique Sander Wallays. "Beaucoup de bâtiments ont une grande valeur pour les habitants et nous voulons donc les préserver. Nous pouvons remettre Doel en valeur en partant du caractère typique des bâtiments. Parmi les bâtiments uniques il y a le moulin, l’ancien couvent et l’église".

Mais il n’y a pas que les monuments et grands bâtiments qui sont conservés dans les plans des jeunes architectes. Les maisons aussi. "Nous estimons qu’il serait absurde de n’avoir que des maisons modernes. Les bâtiments qui subsistent actuellement à Doel en déterminent l’atmosphère. Ce serait vraiment dommage de les abattre".