"La double ambition - régionale et fédérale - de la N-VA est une nouvelle phase dans l'évolution du parti"

Le président de la N-VA l’a annoncé ce lundi : Bart De Wever tirera la liste de son parti à Anvers pour les élections régionales. Jan Jambon sera pour sa part tête de liste N-VA à Anvers pour le fédéral. Aux yeux des journalistes politiques de la VRT, Ivan De Vadder et Marc Van de Looverbosch, l’ambition affichée des nationalistes flamands de s’emparer des fonctions de ministre-président flamand et de Premier ministre chamboule le paysage politique, et constitue une nouvelle étape dans l’évolution du parti.

Ivan De Vadder se dit impressionné par les choix de la N-VA, et surtout par l’ambition affichée de Bart De Wever : "La chance qu’il devienne ministre-président flamand est bien réelle, sachant que la N-VA est le plus grand parti de Flandre", analyse-t-il. "Il s’agit réellement d’une nouvelle phase pour le parti. Cela fait 14 ans, depuis 2004, que la N-VA a le même président, en l’occurrence Bart De Wever. Par ailleurs, cela fait 6 ans qu’il est bourgmestre d’Anvers. Ces deux fonctions ne sont pas combinables avec celle de ministre-président flamand", remarque Ivan De Vadder.

Faire ce pas constitue un vent nouveau pour les ambitions du parti

Ivan De Vadder, journaliste politique de la VRT

En d’autres termes, la N-VA devra bientôt trouver un nouveau président, ainsi qu’un nouveau bourgmestre d’Anvers. "Faire ce pas constitue un vent nouveau pour les ambitions du parti", ajoute-t-il.

Marc Van de Looverbosch est également frappé par la décision de la N-VA. "Le parti parvient à totalement chambouler le paysage politique, et probablement à faire grimper tous ses concurrents au rideau. Car c’est en quelques sortes une façon d’annoncer aux autres partis : faites attention : la reconquista de la N-VA a débuté".

Une première au niveau fédéral

En désignant l’ex-ministre de l’Intérieur Jan Jambon comme tête de liste au niveau fédéral, le parti avance pour la première fois explicitement un candidat à la fonction de Premier ministre. "Ce faisant, la N-VA fait comprendre qu’elle veut continuer à diriger au niveau fédéral", explique Ivan De Vadder. "Elle ne désire donc pas se retirer au niveau flamand, mais ambitionne d’être active au niveau national, avec toutefois une politique bénéfique aux Flamands, et qui convient à notre profil socio-économique".

Pour le journaliste de la VRT, le fait que les nationalistes flamands se profilent aux deux niveaux est une nouveauté, et dévoile une grande ambition. "Celle ambition implique à mes yeux un véritable changement de donne, surtout vu l’évidence avec laquelle le parti l’avance", souligne Ivan De Vadder.

Il y avait un vice de construction dans le précédent gouvernement (...) La N-VA ne compte plus refaire la même erreur

Marc Van de Looverbosch, journaliste politique de la VRT

D’après Marc Van de Looverbosch, la N-VA a tiré les leçons de son expérience au sein de la coalition suédoise. "Il y avait un vice de construction dans le précédent gouvernement. La loi au sein de la Rue de la Loi est habituellement : le plus grand parti obtient le poste de Premier ministre. Mais la N-VA l’avait finalement concédé au MR. Elle ne compte désormais plus refaire la même erreur".

Le journaliste se demande toutefois si Jan Jambon parviendra à ses fins. "Il y a de fortes chances d’avoir à nouveau affaire à un clash entre la N-VA et le PS, comme en 2010. Il faudra alors voir où ça mènera".

Qui succèdera à De Wever ?

Jusqu’ici, Bart De Wever avait toujours fait miroiter qu’il resterait bourgmestre d’Anvers durant 12 ans. "Je pense que c’est vraiment ce qu’il avait en tête", estime Ivan De Vadder. "Durant la conférence de presse, il a déclaré que ‘La Flandre passe avant le rêve de BDW’. Il indique ainsi qu’il en rêvait, mais qu’il s’est retrouvé en conflit avec lui-même en tant que président de parti. Cela prouve encore une fois qu’il s’agit d’une nouvelle étape dans l’évolution de la N-VA".

D’après Ivan De Vadder, le premier échevin anversois, Koen Kennis serait bien placé pour succéder à De Wever à Anvers. "Il est celui qui a le plus d’expérience, et le portefeuille le plus important, même si Annick De Ridder était deuxième sur la liste communale".

Marc Van de Looverbosch, aussi, mise sur Koen Kennis. "Mais il ne faut pas oublier que la ministre flamande Liesbeth Homans a longtemps été numéro 1 à Anvers. Quel rôle va-t-elle avoir ? Elle siège également au conseil communal d’Anvers. Peut-être qu’il y a eu un accord à ce sujet ? Je ne l’exclus pas", souligne-t-il.

Quant à la succession de Bart De Wever à la présidence du parti, la situation est moins évidente. "Bart De Wever a lui-même déclaré que les choses seront plus claires après les élections. Pour Theo Francken, ce qui compte avant tout, je crois, est une place comme tête de liste et un mandat dans le prochain gouvernement. Le nom de Sander Loones revient également souvent. Ou alors, qui sait, on choisira quelqu’un de plus jeune ?"