Trafic de visas humanitaires : De Block ne retirera pas le visa aux personnes qui ont payé

Les chrétiens de Syrie qui ont payé en échange d'un visa humanitaire ne perdront pas leur titre de séjour. C’est ce qu’a assuré jeudi la ministre en charge de l'Asile, Maggie De Block, devant la Chambre. Leur demande d'asile sera également traitée au même titre que les autres. "Ces personnes sont pour moi d'abord des victimes et je ne compte pas sanctionner des personnes victimes de délits commis par d'autres", a-t-elle souligné en réponse à de nombreuses questions.

Une enquête administrative a été demandée pour faire la lumière dans ce dossier, parallèlement aux poursuites judiciaires en cours. Selon les premiers chiffres reçus de l'Office des étrangers, 600 personnes sont arrivées en Belgique par ce biais, dont 200 par l'intermédiaire de Kucam Melikan, le conseiller communal N-VA de Malines soupçonné de trafic d'êtres humains.

A entendre la ministre, les intermédiaires véreux ne manqueraient pas. "Dès mon entrée en fonction en tant que ministre de l'Asile et de la Migration, j'ai immédiatement fermé la porte aux personnes louches. On a tout de suite su qu'il ne fallait pas venir chez moi pour de telles affaires", a-t-elle déclaré.

Francken pointé du doigt

Tour à tour, au fil des questions, les députés ont pointé du doigt la N-VA et l'emblématique Theo Francken, prédécesseur de Mme De Block. Pour certains d'entre eux, il ne fait plus de doute que la N-VA a préféré quitter le gouvernement fédéral et provoquer sa chute sur le Pacte de la migration pour éviter de subir les affres d'une démission de M. Francken à cause de cette affaire. Tout au long des interventions, la N-VA est restée muette.

La mise sur pied d'une commission d'enquête a été évoquée par plusieurs députés ainsi qu'au sein du gouvernement. "Une audition au cours de laquelle Theo Francken donne ses explications est une première étape. S'il n'y a pas suffisamment de clarté, la commission d'enquête est une option", a lancé sur Twitter le vice-premier ministre CD&V, Kris Peeters.

En attendant, l'heure est à la condamnation, à commencer par le Premier ministre, Charles Michel, qui s'est dit choqué par ces "faits graves", non seulement pour les victimes mais aussi parce qu'ils "sapent l'Etat de droit".

"Il y a quelques mois, Theo Francken n'hésitait pas à assimiler les ONG qui viennent en aide aux migrants à des trafiquants d'êtres humains alors qu'en fait, c'est dans son entourage qu'ils se trouvaient", a lancé Julie Fernandez-Fernandez (PS). "Le parti qui mettait la lutte contre la migration irrégulière au centre de son programme est aujourd'hui au coeur du plus grand scandale de trafic d'êtres humains de ces dernières années", a renchéri Georges Dallemagne (cdH). "La responsabilité politique de M. Francken est grande", a dit pour sa part Véronique Waterschoot (Ecolo-Groen).

Discussions autour du système d’octroi de visas humanitaires

La commission de l'Intérieur mènera des auditions sur la politique d'octroi de visas humanitaires et la façon dont elle a été appliquée ces derniers mois.

Certains députés ont demandé que cette pratique, laissée jusqu'à présent à la discrétion du ministre compétent pour l'asile, soit strictement encadrée. Olivier Maingain (DéFI) préconise que les demandes soient examinées par une instance indépendante.

L'Open VLD se montre beaucoup plus réservé. Tant Mme De Block que le chef de groupe, Patrick Dewael, ont insisté sur l'importance de conserver un instrument qui permet de donner un titre d'accès au territoire pour les catégories de population qui échappent aux autres instruments. "Nous ne devons pas commettre l'erreur de supprimer cet instrument humanitaire très précieux ou mettre des conditions qui le rendraient inutilisable", a souligné Mme De Block.