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Jan Fabre, emporté par la vague #metoo, présente un solo à Paris

Un solo chorégraphié par Jan Fabre est présenté à Paris mais avec un interprète différent de la danseuse originale, celle-ci ayant démissionné en 2018 en accusant, avec d'autres ex-collaborateurs, l'artiste belge d'intimidations et d'humiliations sexuelles.

Chorégraphe, plasticien et metteur en scène de théâtre de 61 ans connu pour ses performances controversées, Jan Fabre n'était pas présent cette semaine dans la capitale française pour présenter son nouveau spectacle au Théâtre de la Bastille, à l'affiche jusqu'au 31 janvier.

Dans le programme distribué aux spectateurs, le directeur du théâtre Jean-Marie Hordé a justifié sa décision de maintenir ce spectacle, affirmant qu'il ne lui revenait pas de "se substituer au juge" ou "d'entretenir un soupçon qui vaudrait, sans preuve, condamnation".

Dans le solo intitulé "The Generosity of Dorcas", le danseur italien Matteo Sedda "danse" avec de longues aiguilles suspendues au-dessus de lui, à travers des tableaux rappelant des numéros de cabaret. Il entre ensuite dans un état de transe et glisse les aiguilles à travers ses vêtements qu'il enlève à la fin du spectacle.

Matteo Sedda a remplacé Tabitha Cholet, qui avait démissionné de "Troubleyn", la compagnie de Fabre.

Elle est parmi les 20 ex-collaborateurs - dont huit femmes identifiées, les 12 autres étant anonymes - qui ont accusé dans une lettre ouverte en septembre l'artiste d'intimidations sexuelles, parlant d'"humiliation quotidienne" au sein de la compagnie. Ces accusations, réfutées par M. Fabre, font l'objet d'une enquête judiciaire à Anvers.

Tracts

Mercredi, jour de la première parisienne, un collectif français, La Permanence, qui milite contre les discriminations dans le milieu de la danse, a distribué des tracts aux spectateurs avant leur entrée au théâtre pour leur rappeler l'affaire Jan Fabre

Sous le titre "pas de sexe, pas de solo", en allusion au chantage présumé auquel se livrait Jan Fabre avec ses danseuses, le collectif affirme qu'"en deux ans, près de six personnes ont quitté la compagnie suite à des cas de harcèlement sexuel ou en dénonçant ce type de comportement".

"Il importe de mettre fin à cette culture du silence dans les environnements professionnels toxiques", souligne le collectif, soutenu par le mouvement belge Engagement.

Provocateur au talent reconnu

Les ex-collaborateurs avaient accusé Jan Fabre d'inviter chez lui des artistes sous prétexte de performances d'art visuel, et de tenter alors une "approche sexuelle". Certains collaborateurs se seraient vu offrir une somme substantielle après ces invitations. Ceux qui refusaient l'argent voyaient leur rôle limité dans les performances, toujours selon les mêmes accusations.

Il est également reproché à Jan Fabre d'avoir humilié des femmes dans des répétitions par des remarques ouvertement sexistes sur leur corps, dans ce texte où certains affirment avoir été victimes, d'autres témoins des faits.

"Nous ne forçons personne ici à faire des choses qui sont considérées pour l'un, l'une ou l'autre comme au-delà de ses limites", s'était défendu Jan Fabre. "Je n'ai jamais eu l'intention d'intimider ou de blesser les gens psychologiquement ou sexuellement", avait-il aussi fait valoir.

Internationalement reconnu, l'artiste qui a collaboré avec de grandes institutions comme Le Louvre est crédité par ses supporters d'un renouvellement radical de la scène. Mais accusé par ses détracteurs de provocation gratuite, comme par exemple un concours de masturbation et des pièces évoquant le sang et l'urine. En 2012, il a dû s'excuser à la suite d'une performance montrant un "lancer de chats" à Anvers et qui lui a valu d'être physiquement agressé.