Portrait : Anuna De Wever, l’activiste pour le climat qui ne veut être "ni fille, ni garçon"

A 17 ans, elle est devenue la figure emblématique du mouvement de grève scolaire, Youth for Climate, qu’elle a lancé avec son amie Kyra Gantois. Mais qui est donc Anuna De Wever ? La jeune activiste s’est dévoilée dans un entretien accordé à Het Laatste Nieuws.

Anuna De Wever est née en juin 2001, dans un hôpital anversois, neuf minutes après sa sœur jumelle. Ses parents lui choisissent un prénom qu’ils ont eux-mêmes inventé. Si Anuna et sa sœur Luka sont physiquement identiques, leur maman se rend vite compte de leur "différence".

Je trouve ça idiot que l’on pousse les enfants dans des cases dès leur plus jeune âge

Anuna De Wever, initiatrice du mouvement Youth for Climate

"Je marchais à peine et je disais déjà que j’étais un garçon", raconte-t-elle au journal Het Laatste Nieuws. "Pour moi c’était très simple, dans ma tête j’étais réellement un garçon… Lorsque je jouais, ou quand je choisissais des habits. Je trouve ça idiot que l’on pousse les enfants dans des cases dès leur plus jeune âge", confie Anuna.

A la maison, ses parents et ses sœurs parlent ouvertement de sa situation. A l’école primaire aussi, la direction est au courant. Personne ne lui demande jusque-là si elle préfère être une fille ou un garçon. 

Harcèlement

L’atmosphère change toutefois dès son entrée en secondaire. Anuna De Wever y subi brimades et méchancetés de la part de certains camarades. "J’ai senti la pression. Il fallait que je prenne une décision. J’ai alors choisi d’être une fille", raconte-t-elle. "J’ai laissé pousser mes cheveux, et j’ai tenté de m’habiller de façon plus féminine. Je voulais m’intégrer. J’ai finalement tenu trois ans".

Je me suis coupé les cheveux, et je suis simplement redevenue telle que je me sentais. J’ai dit : ‘Fuck you’, vous et vos stéréotypes de genre

Anuna De Wever, initiatrice du mouvement Youth for Climate

Dès la 4e secondaire, Anuna décide de s’imposer. "Je me suis coupé les cheveux, et je suis simplement redevenue telle que je me sentais. J’ai dit : ‘Fuck you’, vous et vos stéréotypes de genre".

Selon Anuna De Wever, ces années de harcèlement durant lesquelles elle a dû se battre pour s’affirmer l’ont rendue plus forte, et lui ont donné confiance en elle. Grâce aux réseaux sociaux, elle découvre aussi la fluidité des genres, et se rend compte qu’elle n’est pas la seule à ne pas "entrer dans une case".

Une sexualité assumée

A l’âge de 15 ans, Anuna De Wever se sent mieux que jamais dans sa peau, et assume pleinement sa situation. "Si vous voulez absolument diviser les gens entre hommes et femmes, faites-le, mais ce n’est plus mon problème, car je suis ni l’un ni l’autre. Celui à qui ça ne plaît pas peut aller voir ailleurs", raconte-t-elle.

Au sein de sa famille, son esprit critique se développe, grâce à de nombreux débats d’actualité qui se tiennent sans tabou durant les repas. En classe, Anuna découvre les atrocités perpétrées dans certains abattoirs et devient végétarienne. Elle choisit également de ne plus acheter de vêtements fabriqués par des enfants. La protection de l’environnement, aussi, devient une priorité.

Engagement en faveur du climat

A 16 ans, Anuna De Wever a l’opportunité d’accompagner sa mère à New York dans le cadre d’une conférence sur les femmes. Elle y découvre alors que ces dernières sont, à cause de leur vulnérabilité sociale, davantage victimes des catastrophes liées au changement climatique.

A son retour, la lycéenne décide de passer à l’acte. Après un été 2018 particulièrement sec et chaud, elle choisit de s’inspirer de la jeune suédois Greta Thunberg, et lance avec son amie Kyra Gantois le mouvement Youth for Climate. Son projet est un succès : 3.000, puis 12.500, puis 35.000 élèves les ont en effet rejointes ces trois derniers jeudis pour demander plus d’action politique en faveur de la protection de la planète.

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Kyra Gantois et Anuna De Wever ont lancé ensemble le mouvement Youth for Climate

Notoriété internationale

Depuis le succès de son mouvement, les mails affluent, tout comme les coups de fil. Une grande partie de la presse internationale, allant du Washington Post au New York Times, veut savoir qui est Anuna De Wever.

Je ne crois pas au système politique, et je ne veux donc pas en faire partie. L’environnement est apolitique, et concerne tout le monde

Anuna De Wever, initiatrice du mouvement Youth for Climate

Les responsables politiques, aussi, s’intéressent à la lycéenne Mais Anuna reste de marbre à ces tentatives de séduction : "je ne crois pas au système politique, et je ne veux donc pas en faire partie. L’environnement est apolitique, et concerne tout le monde", indique-t-elle.

L’an prochain, Anuna envisage des études de droit pour devenir diplomate. En attendant, son combat continue. Jeudi prochain, elle brossera à nouveau les cours pour se rendre à Bruxelles et manifester.

Quant à son identité sexuelle, elle indique qu’elle continuera de refuser les étiquettes. "Nous adoptons des comportements modèles, des comportements que nous copions. C’est si profondément ancré en nous que nous ne nous posons même plus de questions. Pourtant, chacun a le droit de se comporter comme il l’entend. Laissez donc les gens être des gens, voilà ce que j’aimerais", conclut-elle.

(Note de la rédaction: dans le cadre de ce portrait, nous avons choisi d'utiliser le pronom personnel féminin de la 3e personne pour se référer à Anuna De Wever, l'activiste étant née fille.)