Que savons-nous sur François A ., le deuxième enquêteur entendu dans le dossier des tueurs du Brabant ?

François A., un ancien enquêteur dans le dossier des tueurs du Brabant a été entendu ce mardi, sur une possible manipulation d’une découverte d’armes en 1986. L'homme n'a pas été arrêté. Pourquoi est-il auditionné maintenant ? Quels sont ses liens avec Philippe V., un autre ancien inspecteur qui a été placé sous mandat d'arrêt la semaine dernière ? 

Le fait que François A. figure sur la liste des enquêteurs n’est pas surprenant. Après le placement sous mandat d’arrêt de Philippe V., on s’attendait à ce que les enquêteurs poursuivent sur cette même piste.

Cette arrestation serait à mettre dans le contexte de la découverte d'armes ayant servi aux tueries du Brabant le 6 novembre 1986 à Ronquières dans le canal Bruxelles-Charleroi. C’était une découverte importante. François A. aurait remis à Philippe V. le procès-verbal qui aurait permis la découverte des armes. Il n'est pas étranger au dossier, son nom apparaît aussi ailleurs.

Un gilet pare-balles, une arme à feu volée à un policier et des munitions ont ainsi été extraites des eaux. Des recherches avaient été effectuées par la cellule Delta. Précédemment, d'autres enquêteurs avaient déjà procédé sans succès à des fouilles similaires au même endroit. L'examen des preuves, demandé en 2009 par le juge d'instruction, a montré que les objets trouvés, encore en bon état, venaient d'être jetés à l'eau peu de temps avant leur découverte.

Il y a toujours eu des doutes autour de cette découverte, car l’origine des information sur l’emplacement soulève des questions. Le parquet fédéral a donc concentré son enquête sur cette question. Il faut aussi remettre cette affaire dans son contexte historique. Le paysage policier des années '80 est fondamentalement différent de celui que nous connaissons en 2019.

La Bande de Baasrode

En novembre 1986, les enquêtes sur les tueurs du Brabant n'étaient pas encore centralisées. En Flandre, les enquêteurs du groupe Delta (sous la direction du juge d'instruction Troch) enquêtaient sur les tueurs d'Alost. En fait, ils enquêtent sur la bande de Baasrode. Il s'agit d'une bande de criminels comme Philippe De Staercke et Léopold Van Esbroeck qui sont soupçonnés de l'attaque d'Alost. Leurs recherches montrent que cette bande utilise régulièrement le canal Bruxelles-Charleroi comme décharge. C'est pourquoi ils décident de sonder le canal.

Cette décision a été prise à la mi-1986. Comme une partie de la bande de Baasrode se trouvait également dans la région de Halle, il y a une collaboration avec la BSR de Halle (actuellement la police judiciaire). C'est ainsi que la personne de François A. entre en scène, il travaillait à ce moment-là à la BSR de Halle.

François A. apprend que l'on va entreprendre des recherches dans le canal et informe son collègue Philippe V. qu'il existe déjà un procès-verbal à ce sujet dans le dossier Bande du Brabant. Ce PV a été réalisé par la gendarmerie de Soignies en novembre 1985.

Ce PV est le résultat de deux témoignages, celui d'un propriétaire d'une friterie et d'un habitant de la région, qui ont vu des gens jeter quelque chose dans l'eau le lendemain de l'attaque à Alost.

Mais alors que ces témoignages sont directement liés aux faits de la tuerie d’Alost de 1985, le procès-verbal n'a pas été officiellement transféré à la cellule chargée de l'enquête. Elle n’a été transférée officieusement qu’en 1986.

Passé sous la table

La façon dont ces informations sont passées d'une unité à une autre est, pour le moins, curieuse. L'ancien inspecteur François A. copie d'abord secrètement le PV. Une rencontre est ensuite organisée dans un café de Bruxelles. François A. y donnera presque littéralement le PV à son collègue Philippe V. en le faisant passer sous la table.

Cet échange d'informations assez incroyable s'explique par la concurrence particulièrement féroce qui régnait à l'époque, non seulement entre enquêteurs mais aussi entre magistrats.

La découverte des armes en novembre 1986 par les enquêteurs de l'ancien brigade Delta a toujours fait l'objet de discussions. Deux protagonistes de cette question font donc actuellement l'objet de la nouvelle enquête. La semaine dernière, Philippe V. a été arrêté et aujourd'hui François A. était auditionné.

Enquêteur et agent de liaison

François A. avait déjà joué un rôle dans l'enquête sur les tueurs du Brabant. L'un des nombreux faits attribués au gang est le meurtre de José Vanden Eynde (23 décembre 1982). L'homme de 72 ans est tué de huit balles lors du raid sur l'Auberge du Chevalier.

Le juge d'instruction bruxellois Kesteloot a déclaré devant la deuxième commission d'enquête sur les tueurs qu'il avait principalement collaboré avec François A, l'adjudant de la BSR dans cette enquête pour meurtre. François A. est ensuite passé à la BSR de Halle.

A partir de 1985, il assure également la liaison entre Halle et la cellule de recherche du Brabant wallon impliquée dans la recherche sur les tueurs.

Il reste à voir quels seront les résultats de l'enquête, mais il est clair que l'on se préoccupe moins des faits commis par les tueurs du Brabant que de la manipulation de l'enquête. L'interrogatoire de François A. s'inscrit dans ce contexte.